Ce dimanche 15 juin 2025, elle se tient sur le pont du navire océanographique l’Atalante au mouillage dans le port de Brest. Les yeux rivés sur le sous-marin de recherche en eau profonde, dont l’équipage teste la mise à l’eau. Emmitouflée dans une veste sans manches, les mains posées sur les rambardes du navire. Sabine Charmasson se prépare à prendre le large pour une dernière mission avant de tirer sa révérence. « À 61 ans, c’est raisonnable, j’ai pu exercer ma passion pendant des années, et puis l’océan, c’est à mes yeux le plus bel environnement qui puisse exister », explique-t-elle, sourire aux lèvres.
Observer l’océan, sa passion
Alors que nous la suivons dans sa cabine, elle raconte : « J’ai fait partie des premières missions menées par l’Ifremer, dans cette zone, au nord-est de l’Atlantique. C’était dans les années 80, il y en a eu une en 84 puis deux en 88. J’ai eu la chance de pouvoir photographier pour la première fois les fûts nucléaires qui reposent à 3 500 mètres de fond. »
Dans sa « spacieuse cabine », comme elle aime à le dire, l’océanographe sort un livre rempli de schémas, de cartes et de photographies relatant ses recherches. « Je travaillais avant d’intégrer l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, en mer Méditerranée. Notamment sur un crustacé, le rattail et les échanges qu’il avait avec son environnement. Un petit crustacé de la taille d’une crevette qui vit à six kilomètres de profondeur. Un fantastique objet de recherche. »

Sa thèse, Sabine l’a publiée fin 1984, relatant la première expédition en Atlantique Nord-Est. Titulaire d’un master en océanographie et d’un autre en études du nucléaire, l’océanographe a débuté par une licence de biologie. « Lors de la première mission, en tant que stagiaire, j’effectuais les traitements et les prélèvements. Mais j’ai toujours été sensible au vivant et à la compréhension de son environnement. »
Toujours le goût de l’aventure
« C’est vrai que je ne suis plus toute jeune maintenant », glisse-t-elle en plaisantant. Parcourant les pages de sa thèse, elle poursuit : « Ce sont toujours les mêmes sensations à chaque départ, à chaque mission passée à bord d’un bateau. Pour ne rien oublier, je me fais une check-list, je prends tout ce dont j’ai besoin, et je prévois plus, car il y a toujours des imprévus. »
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Ce sont ces imprévus qui l’animent à chaque fois. Quand on lui a proposé d’embarquer pour cette nouvelle expédition, elle n’a pas hésité une seule seconde. « Lorsque Javier Escartin, le chef de mission, m’a proposé d’y participer, j’ai tout de suite accepté. »
Transmettre son savoir est aussi l’une de ses nombreuses passions. « Je suis un peu la doyenne de l’expédition, je vais apporter mon regard et mon expertise. Je vais, entre autres, analyser les éléments de radioactivité. »
Il est important de bien dormir, de trouver son rythme, et j’ai habituellement mes écouteurs sans-fil, mais que j’ai oubliés cette fois-ci.
Durant une mission, « aucune journée ne se ressemble. On est sans arrêt à faire des allers-retours entre les labos, le pont, les cabines, le réfectoire. Je me souviens d’une fois où le temps était tellement mauvais en mer qu’on n’a pas pu travailler pendant cinq jours entiers à cause du roulis », se remémore-t-elle. Contre le mal de mer ? Sabine à la solution : des pastilles contre les maux de ventre et de bons repas.
Une évolution depuis ces premières expéditions.
Alors que nous déambulons sur la poupe du navire, elle relate : « La technique a bien changé depuis ma première expédition. Quand je vois ce sous-marin, qui dispose d’une autonomie de quatorze heures et qui peut descendre à 6 000 mètres de profondeur, c’est génial. À l’époque nous ne descendions pas très bas. »
Outre les évolutions techniques de la recherche, l’océanographe constate que l’aventure humaine vécue lors d’une expédition, n’est plus même. « Je me souviens il y a quarante ans, les scientifiques et l’équipage se mélangeaient, les marins chantaient le soir, nous les écoutions. Aujourd’hui c’est beaucoup moins le cas. Alors oui, l’entente est très bonne, mais c’est différent. Chacun est plus dans son coin, sur son téléphone. »
Alors que nous déambulons dans les coursives de l’Atlante elle nous montre : « Regardez la taille des couloirs, des cabines, ils sont plus spacieux qu’il y a 40 ans, les douches individuelles, nous n’en avions pas ! »
De nouveau sur le pont elle regarde désormais vers la mer, alors que le temps se couvre. Le navire a quitté le port de Brest lundi 16 juin à 8 h : « C’est une belle aventure, j’ai commencé ma carrière sur un bateau, je la finis sur un bateau en exerçant ma passion, la boucle est bouclée ! »
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