Au bon beurre
Au bon beurre ou dix ans de la vie d'un crémier
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| Préface |
Jean Dutourd |
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Blanche |
| Œuvre dérivée |
Au bon beurre est un roman de Jean Dutourd, dédié à Jacques Silberfeld, dit Michel Chrestien. Le livre parait aux éditions Gallimard le et reçoit le prix Interallié la même année[1].
Résumé
[modifier | modifier le code]Ce roman se déroule pendant la période de l'occupation allemande de la France.
L'histoire se concentre sur l'enrichissement du couple Poissonard, qui tient la crèmerie « Au bon beurre » à Paris, dans le quartier des Ternes, pendant les années 1940, et sur le destin du jeune Léon Lécuyer, fils d'une cliente du magasin.
Les crémiers sont décrits comme opportunistes, frustes, et sans scrupules : ils parviennent à faire fortune, notamment grâce au marché noir, sans jamais remettre en cause le bien-fondé de leurs actes. Léon est décrit comme un idéaliste aux grandes ambitions, que le temps et les épreuves durciront tout en préservant son honnêteté.
Personnages
[modifier | modifier le code]- Charles-Hubert Poissonard, propriétaire de la crèmerie
- Julie Poissonard, sa femme, habile marchande
- Jeannine Poissonard, leur fille, lectrice passionnée
- Henri Poissonard, leur fils, enfant gâté
- Madame Lécuyer, cliente de la crèmerie
- Léon Lécuyer, son fils, évadé d'un camp pour officiers
Déroulement du livre
[modifier | modifier le code]Le récit est composé de 4 parties se déroulant pendant l'Occupation, et d'un épilogue, qui résume ce que deviennent les protagonistes après la Libération.
Première partie
[modifier | modifier le code]Chapitre 1
[modifier | modifier le code]La famille Poissonard, déçue de son exode à Bordeaux, décide de retourner à Paris pour rouvrir la crèmerie « au bon beurre » après avoir entendu « que les Allemands étaient corrects ». Le couple Poissonard accumule d'énormes stocks de nourriture, anticipant la mise en place d'un rationnement pendant l'Occupation.
Chapitre 2
[modifier | modifier le code]Malgré les recommandations du capitaine Legrandier de la Ravette, Léon Lécuyer s'échappe fortuitement d'un Oflag et revient à Paris. Julie Poissonard le dénonce, ce qui le force à fuir précipitamment.
Chapitre 3
[modifier | modifier le code]Les Poissonard triomphent quand le rationnement devient réalité. Ils se ravitaillent à la campagne, truquent leurs marchandises et font du marché noir.
Chapitre 4
[modifier | modifier le code]Les Poissonard dinent dans l'opulence, comme d'habitude. Charles-Hubert pense collaborer avec les Allemands pour améliorer sa situation.
Chapitre 5
[modifier | modifier le code]Léon Lécuyer se réfugie chez une fille du quartier, Émilienne, et en tombe amoureux. Elle lui donne des vêtements et de l'argent pour prendre le train jusqu'en zone libre.
Chapitre 6
[modifier | modifier le code]Jules Lemercier, un résistant, découvre que Léon Lécuyer est un évadé et l'aide à passer la ligne de démarcation.
Deuxième partie
[modifier | modifier le code]Chapitre 1
[modifier | modifier le code]Les époux Poissonard prospèrent dans un environnement difficile et sont grisés par l'étendue de leur pouvoir. Charles-Hubert philosophe : « Ce qui fait le malheur des uns fait le bonheur des autres. C'est la vie quoi. La roue tourne. On aurait bien tort de ne pas en profiter. C'est pas nous qu'on l'a voulu, alors, comme je dis, on aurait tort de se gêner, hein, madame Poissonard ? »
Chapitre 2
[modifier | modifier le code]Josette, une jeune fille chétive et naïve, est embauchée comme vendeuse et bonne à tout faire. Elle est maltraitée par la famille.
Chapitre 3
[modifier | modifier le code]Les Poissonard continuent à développer leurs affaires. Ils jugent cependant plus avisé de cesser de collaborer avec les Allemands.
Chapitre 4
[modifier | modifier le code]La boutique est devenue un lieu de discussions entre clients, notamment grâce à Mme Lécuyer et M. Lebugle : la première prenant fait et cause pour les gaullistes et leurs amis, le second se rangeant sans hésitation du côté du maréchal Pétain et des occupants. « La constance avec laquelle ces deux vieillards, pendant quatre ans, se repurent de chimères est vraiment remarquable ».
Chapitre 5
[modifier | modifier le code]Josette, poussée par la faim, vole un morceau de Port-Salut. Elle est surprise par Jeannine, puis violemment réprimandée. Elle démissionne quelques mois plus tard : en colère, ses employeurs ne lui payent pas les jours de vacances qu'ils lui doivent.
Chapitre 6
[modifier | modifier le code]Durant l'été 1942, les Poissonard ressentent les désagréments de leur régime alimentaire trop riche : ils ont mal au foie. Ils décident de fermer boutique pendant un mois et de rendre visite au maréchal Pétain, à Vichy, pour lui offrir une cassette d'œufs de cane, plus volumineux que ceux de poules.
Troisième partie
[modifier | modifier le code]Chapitre 1
[modifier | modifier le code]Léon Lécuyer s'installe à Lyon, écrit des poésies médiocres et tombe amoureux de Mlle Madeleine Gagnepain. Léon fait « de menus travaux patriotiques ».
Chapitre 2
[modifier | modifier le code]Léon épouse Madeleine, qui attend un enfant de lui. Un travail acharné lui permet d'obtenir l'agrégation. Toujours insatisfait, il décide de se sacrifier pour la France et de poignarder Pierre Laval.
Chapitre 3
[modifier | modifier le code]Léon rencontre l'attaché de cabinet Gérard Legrandier de la Ravette après avoir prétendu que son frère, le capitaine prisonnier avec Léon, voulait lui donner des nouvelles. Mis en confiance par Gérard, Léon dévoile son projet d'assassinat : peu de temps après, il est arrêté sous les yeux des Poissonard.
Chapitre 4
[modifier | modifier le code]Les Poissonard offrent leur cadeau au maréchal Pétain, en prétendant même que leurs œufs sont bien gros parce que leurs poules « se sont dit : on veut que le Maréchal il soit fier de nous ». Outrageusement enjolivé par la propagande d'un article de René Benjamin publié en première page de Gringoire, cet événement inspire de la fierté aux crémiers ; croyant que l'auteur de l'article est Juif, Charles-Hubert renonce à son antisémitisme.
Chapitre 5
[modifier | modifier le code]Madeleine vient vivre à Paris, chez Mme Lécuyer, à qui elle apprend l'arrestation de son fils.
Chapitre 6
[modifier | modifier le code]Les Poissonard rentrent très orgueilleux de leur voyage. Ils embauchent une nouvelle employée, Léonie Jaquet : celle-ci les vole, se moque d'eux, et n'hésite pas à rejoindre ses amants durant le travail ; elle menace aussi de révéler la malhonnêteté des crémiers.
Chapitre 7
[modifier | modifier le code]Léonie, devinant l'hostilité croissante des Poissonard, prévient le service de répression des fraudes, qui intervient et fait fermer la crèmerie un mois. Léonie est renvoyée.
Quatrième partie
[modifier | modifier le code]Chapitre 1
[modifier | modifier le code]Condamné à 20 ans de prison, Léon a pour camarades de cellule Albert Delahausse, un trafiquant sans convictions politiques, et un détenu qui ne parle jamais prénommé Alphonse. Delahausse finit par changer de cellule.
Chapitre 2
[modifier | modifier le code]Léon comprend qu'Alphonse est un communiste engagé et se rallie à sa cause. Les détenus impriment un journal clandestin.
Chapitre 3
[modifier | modifier le code]1943 : les Poissonard sont très riches. Un soldat allemand, Hans Pfeiffer, particulièrement candide, entreprend de sympathiser avec les Français dans la crèmerie, mais on se moque de lui sous cape.
Chapitre 4
[modifier | modifier le code]Hans Rappoport, Juif d'origine austro-hongroise, se réfugie au Bon beurre après la déportation de sa femme, de sa mère et de sa fille ; il sera sauvé après avoir payé Charles-Hubert pour son salut, et il payera encore pour faire parvenir des colis à sa famille, qui a pourtant déjà péri à Auschwitz. Les Poissonard, recroisant par hasard Jules Lemercier, lui fournissent un gros jambon pour nourrir les résistants : « Charles-Hubert calcula qu'un jambon additionné à un Juif, cela faisait un total résistant considérable, et il envisagea d'un œil serein l'avenir démocratique de la France, qui commençait à se dessiner avec une angoissante netteté ».
Chapitre 5
[modifier | modifier le code]À la Libération, les combats se déroulent loin de la crèmerie. Constatant qu'ils ne craignent rien, les Poissonard édifient une barricade et se revendiquent gaullistes. Hans Pfeiffer se réfugie chez eux, mais Charles-Hubert le livre aux FFI, ce qui le range définitivement dans le camp des résistants.
Épilogue
[modifier | modifier le code]Les Poissonard continuent leurs profitables affaires jusqu'à l'abolition des tickets de rationnement (en 1948 en France). Gérard Legrandier de la Ravette devient député et épouse Jeannine Poissonard. Léon, particulièrement taciturne depuis qu'Alphonse a été fusillé par des miliciens, enseigne au collège : quand Henri Poissonard devient son élève, Charles-Hubert et Julie demandent explicitement à Léon des bonnes notes pour leur fils. Henri se comportant comme un cancre, Léon lui fait doubler son année. Charles-Hubert écrit à son gendre, qui fait muter le professeur en Algérie.
Adaptation
[modifier | modifier le code]En , Édouard Molinaro fait du livre une adaptation télévisée en deux parties, mettant en scène Roger Hanin et Andréa Ferréol dans le rôle du couple de crémiers, et Jean-Claude Dauphin dans le rôle de Léon. Au générique, le patronyme « Poissonard » est orthographié « Poissonnard ».
Éditions
[modifier | modifier le code]- Au bon beurre, Gallimard, , 305 p. (ISBN 978-2-07-022124-0)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Le prix Interallié est attribué à M. Jean Dutourd », sur Le Monde, (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Beurre, œuf, fromage (BOF)