Climont
| Climont | |
Le Climont, hameau et sommet | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 965 m[1] |
| Massif | Vosges |
| Coordonnées | 48° 20′ 42″ nord, 7° 10′ 59″ est[1] |
| Administration | |
| Pays | |
| Région | Grand Est |
| Collectivité territoriale | Collectivité européenne d'Alsace |
| Ascension | |
| Voie la plus facile | Sentier de randonnée |
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Le Climont, appelé autrefois Clivemont en ancien français, Winberg en vieil-alsacien qui a donné très récemment Weinberg en alsacien et en allemand, est un sommet gréseux de forme conique du massif des Vosges, reconnaissable de loin à sa forme trapézoïdale.
Aujourd'hui située dans la circonscription administrative du Bas-Rhin au sein de la collectivité européenne d'Alsace, au sud-ouest du Champ du Feu, cette gigantesque balise gréseuse culmine à 965 mètres d'altitude. La butte isolée en forme de tombe a longtemps constitué une borne repère au sud de la voie rectiligne des Saulniers, à l'instar du massif orienté de l'Ormont.
Géographie
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Le Climont est entouré de diverses vallées. Quelques cours d'eau partent de ce sommet : la Fave, au nord-ouest, rejoint la Meurthe avant Saint-Dié ; la Bruche, et quelques ruisseaux ; la Climontaine qui rejoint la Bruche à Saint-Blaise-la-Roche par le Nord ; et au Sud-est, le Giessen allant vers Urbeis. Du haut du mont, un panorama à 360° permet de voir au nord le Donon et le val de Bruche, à l'est le val de Villé, au méridien les Vosges moyennes et à l'ouest le bassin de Saint-Dié.
Le massif, au-delà de 650 ou 700 mètres d'altitude selon les versants, appartient au territoire communal d'Urbeis ; il est très prisé des randonneurs. Le sentier GR 532 le contourne par le sud, mais deux chemins balisés par le Club vosgien mènent au sommet. Là se dresse la tour en l'honneur de Julius Euting, dénommée populairement Tour Jules.
Le Climont est à proximité du massif de l'Ungersberg sur la voie des Saulniers. Son observation depuis le bassin de Saint-Dié permet de tester l'humidité des couches d'air ou de prévoir l'évolution du vent en cas de changements de sens du vent, tels les bises hivernales les plus froides ou les vents d'est descendant des montagnes. Le cône du Climont est visible depuis la roche Saint-Martin et sur les hauteurs d'Hadremont, c'est-à-dire au nord ou à l'est du massif du Kemberg, mais aussi à différentes hauteurs au Sud de la vallée de la Fave. Aujourd'hui, les automobilistes qui empruntent la voie rapide contournant Saint-Dié ou rejoignant la vallée de la Fave en direction du tunnel de Lusse ou du col de Saales voient l'éclairement vespéral de ses faces.
Toponymie et légendes
[modifier | modifier le code]Le nom dialectal, qu'il soit d'origine germanique ou romane, indique la forme clivée ; il souligne que les pentes sont abruptes pour accéder au sommet en replat de cette butte gréseuse isolée. Winberg provient probablement de l'altération de Winkberg ou Winkleberg, comme Climont du latin clivus mons. Le terme le plus ancien des scribes est cilkenberg en 1195.
Les légendes associent le Climont aux célibataires, aux personnes esseulées ou solitaires, à défaut aux groupes en rupture de ban. Moines et religieux, notamment les anabaptistes, ont vécu sur les flancs de cette caeli montes (ou montagne qui s'isole dans le ciel) selon les anciens montagnards. Selon certains mythes, des êtres magiques, des esprits, des herbes, des arbustes et des arbres, s'y seraient implantés, et encourageraient l'union et la rencontre amoureuse. Les herbes récoltées à la Saint-Jean auraient été les philtres d'amour de Tristan et Iseult.
Géologie
[modifier | modifier le code]Le Climont est une butte témoin de grès triasique, lambeau résultant d'une érosion efficace appuyé sur le socle de grès permien. Cette dernière formation à sa base correspond à la pénéplaine post-hercynienne caractéristique de la fin de l'ère primaire. Du col de Saales, on perçoit la similitude entre les buttes témoins que sont le Climont, le Voyemont, le Houssot, voire les collines continuant l'Ormont, selon le dégagement par érosion. L'érosion finale et la plus actuelle provient de failles encaissantes qui naissent transversalement au fossé d'effondrement alsacien et se prolongent vers le secteur de Saint-Dié. Elles ont provoqué l'effondrement de l'Ormont et, toujours actives, sont responsables de la vigueur du relief aux extrémités de ce massif gréseux orienté.
La contrée du Climont, modélisée au niveau des couches profondes, constitue un véritable isthme entre le bassin permien de Saint-Dié et du Villé.
La masse gréseuse du Climont n'est ni intensément ni profondément fissurée, ce qui lui a assuré une résistance à l'érosion. Les eaux, sur une proéminence conique à l'ouest, descendent en cascade vers le Hang, formant la source de la Bruche[2]. Au bas du Hang, un barrage permettait avant 1890 de constituer un étang. Rempli par les eaux du printemps, il était vidé pour un flottage à bûches perdues vers Schirmeck et Strasbourg.
À l'ouest du hameau du Climont, en allant vers Colroy-la-Grande, se localisent les plus vieilles roches des Vosges, sous forme de lame de roches observables en surface sur une centaine de mètres. Ces formations en écailles appartiennent au vieux socle précambrien, elles sont caractérisées par les schistes du Villé datés de plus de 600 millions d'années. Ces formations soumises à d'intenses pressions, frictions et broyages par l'action des failles contiennent des gneiss à amphibole et à grenat, dits gneiss du Climont, mais aussi des granites syénitiques. Ces roches broyées ou mylonites attestent un métamorphisme ancien, survenu bien avant les dépôts de schistes du Villé[3].
Histoire d'une contrée montagnarde
[modifier | modifier le code]Une ancienne chaume à vaches, autrefois plus vaste et aujourd'hui en friche, occupe ce sommet-balise de la voie des Saulniers. Les chèvres broutaient la pâture coriace des pentes en partie dénudées et couvertes de petits chênes pubescents ; les feuillus éclipsent en majeure partie les rares résineux subsistants, pins sur les sols ravinés et sapins dans les fonds ombreux. Aux abords de la butte, en particulier sous le versant oriental, se déploient les maisons du hameau du Climont ; prés, pâturages et champs montrent la vitalité agricole des communautés montagnardes pendant les périodes froides. Le hameau du Climont est un terroir à part, à l'est du finage d'Urbeis, centre paroissial puis communal. Il est traversé par un chemin reliant le col d'Urbeis au col de la Salcée.
La terram de cilkenbergh cultam and incultam, soit le terroir de Climont dans ses parties cultivables et incultes, figure dans la liste des biens de l'abbaye de Baumgarten en 1195. Outre les biens reçus du duc de Lorraine à Fouchy en 1172, l'abbaye cistercienne de Baumgarten a gardé la maîtrise sur le ban de Provenchères étendu aux limites de Saâles ; en témoigne la grangiam de Hanso (la grange du Hang devenu le Hang) et la grangiam de Fossa (la grange de la Fosse devenue La Grande-Fosse), deux autres terroirs de la même liste. La tradition orale attribue à ces trois terroirs une lointaine activité minière. Le finage propre du Climont est connu à partir du XVIIe siècle.
Une communauté mennonite après 1683, renforcée de familles anabaptistes, puis de familles protestantes réformées, trouvent refuge sous les versants de la montagne. Elles ont vécu en bonne harmonie avec les familles catholiques présentes. Pour respecter le terroir, l'habitat et des précisions familiales et communautaires (au sens large), les deux versants du Climont doivent être présentés séparément ; l'un appartient à Urbeis et l'autre à Bourg-Bruche et Saales. Sous l'Ancien Régime, cette distinction reste parfois pertinente, même si l'ensemble appartient à la seigneurie du Villé.
Hameau, fermes et censes du Climont
[modifier | modifier le code]Le hameau du Climont, sis à une altitude de 670 mètres autour du petit temple, fait partie de la commune d'Urbeis. Son nom alsacien Winberg s'est altéré en Weinberg. Une communauté mennonite importante depuis 1690, puis, anabaptiste et réformée après des mariages mixtes au cours du XIXe siècle, a germanisé les anciens lieux-dits[Note 1].
L'altitude semble modeste ; la culture permanente des champs, au début du XXe siècle après l'optimum de froid reconnu en 1850, dépasse rarement 600 mètres d'altitude dans le massif des Vosges. Les fermes du Climont possèdent des champs et des jardins qui dépassent les 650 mètres d'altitude atteints par les cultures de Bellefosse. Les autres limites d'extensions des terroirs cultivés sont de 470 m à Plaine, 500 m sur le terroir de Bourg-Bruche, 550 m à Natzwiller et dans la clairière du Hang sur le versant au soleil, appartenant à Saales.
En 1760, un plan seigneurial, probablement levé par les Christiani, représente cinq bâtiments que l'on peut prendre comme de grosses fermes. Les censes du Climont ne peuvent être dénombrées ; une description, un siècle plus tard, (qui pourrait être celle des Reber), indique : maison bâtie en maçonnerie, couverte de bardeaux, comportant une cuisine, deux chambres, un cellier, une remise et un hangar. L'étage comporte deux pièces et deux chambres ; elles sont séparées d'un grenier, divisé en plusieurs compartiments, les uns pour les grains et les autres pour les fourrages. Trois bâtiments sont annexes : les écuries, l'étable, le ran des porcs surmontés des greniers à foin, près de la fontaine ; le four et la forge ; le logement ouvrier.
Une grosse ferme du Climont peut rassembler six habitations familiales. Les hommes sont à la fois laboureurs, cultivateurs d'avoine et de céréales ; des éleveurs soignent le gros bétail et aménagent leurs prairies irriguées de fauche fournissant le foin. Les terres labourables représentent 105 arpents, les prés 95 perches, jardins et vergers 316 pieds.
En 1780, un inventaire du bailliage du comté de Villé mentionne 90 représentants mennonites : 1 veuf, 17 couples, 29 garçons, 26 filles. Il pourrait aussi inclure les anabaptistes du ban d'Urbeis dont la majeure partie vit sur le terroir du Climont.
En 1796, six fermes sont vendues comme biens nationaux, plus la maison blanche qui appartient à François Joseph Choiseul.
En 1850, douze habitations sont recensées en plus d'une maison forestière. Les habitants ont un train de vie modeste ; les Mennonites du Climont ne s'imposent pas aux séances du conseil du Hang. Jean Dellenbach, laboureur au Climont, appartenant à une famille anabaptiste dirigeante, a laissé l'inventaire de ses biens auprès du notaire de Bœrsch, le . Le total s'élève à 223 Francs[Note 2].
L'exode rural a commencé ; ceux qui restent diversifient les activités non agricoles : la taille de pierre, la distillation, le tissage (des tisserands délocalisent leur entreprise depuis les villes), la confection d'habit. Sous le second Empire, Joseph Elias, commerçant juif de Scherviller, vend 11 ares de terre au Climont à Adam Brua, tisserand. Il signale que la parcelle vendue est à côté de celle de Jacques Schlabach parti en Amérique, débarqué à New York ou à La Nouvelle-Orléans.
Le Climont compte 53 mennonites et réformés en 1889. Depuis plus d'un siècle, trois grosses familles mennonites dominantes et alliées, les Dellenbach (Dellembach), les Bacher (Boecher, Becher, Pacher, Pêcheur) et Beller contrôlent la communauté du Climont. Sans prétentions religieuses, elles ont toléré des mariages mixtes entre anabaptistes et protestants, au niveau de l'élite de fermier et de propriétaire. En 1790, Elisabeth, une fille Dellenbach de 25 ans, épouse un protestant de Plaine : elle crée la première scission dans la gestion de la communauté anabaptiste des anciennes terres de la seigneurie de Villé. Le rabibochage se fait sous harmonie religieuse et la perpétuation des assemblées communes du Hang ; mais la communauté pauvre du Climont se développera à part.
En 1901, le finage fait vivre quatorze fermes et maisons, 68 habitants vieillissants, dont vingt catholiques. L'exode des jeunes touche la communauté mixte anabaptiste et protestante.
Deux saisons sont respectées, avec un amendement à base de fumier de vache : la première année, le seigle récolté cède la place au trèfle ; la seconde année, est plantée la pomme de terre et ainsi de suite. La ferme Bacher gère 15 ha en prés d'irrigations et en pâturages qui nourrissent 18 à 20 bêtes à cornes. L'optimum technique de 0,8 bovin adulte / ha, caractéristique d'une bonne vallée vosgienne, est atteint par les cultures fourragères. Elles ont été importées au siècle des Lumières par les éleveurs anabaptistes.
La ferme Bacher date de 1748, le dernier Bacher laisse la succession de la ferme à un Beller qui abandonne le Climont et l'anabaptisme en 1955.
En 1970 au hameau du Climont, il n'y a plus aucun mennonite. Un cimetière privé de trois pierres tombales accueille le dernier Bacher, mort quarante ans plus tôt.
Vallée du Hang à l'ouest
[modifier | modifier le code]La vallée du Hang, où s'écoule la source de la Bruche, forme aujourd'hui une vaste clairière essentiellement sur la commune de Bourg-Bruche et pour une fraction de son rebord occidentale sur Saales. En 1710, la vallée sèche était couverte de chênes rabougris exploités en taillis clairsemés. Une fabrique de verre à cristal emploie en saison des ouvriers et des bûcherons. Venus de Suisse, les mennonites embauchés ont progressivement habité la vallée échancrée sous le Hang. En 1780, 70 personnes anabaptistes travaillent dans la clairière du Hang au profit des maîtres verriers.
Les anabaptistes ont développé, dans de grosses fermes collectives, un élevage performant ; les verriers sont partis après 1790, pour Baccarat[4]. La communauté et ses derniers membres ont quitté le plateau et les hauteurs du Hang entre 1880 et 1914.
Courte histoire des anabaptistes mennonites autour du Climont
[modifier | modifier le code]En , Béat Jacques de Zurlauben, seigneur du Val de Villé, reçoit sa lettre patente lui confirmant officiellement sa seigneurie à Versailles. Rentré en Alsace en 1683, il conçoit d'y rétablir des forges, de gérer adéquatement le patrimoine sylvicole et d'accroître le gain des terres en cens et en fermage. Il se méfie de ses sujets montagnards. Il fait appel aux étrangers pour surveiller ses biens domaniaux et hâter le travail planifié par ses soins. Quelques années plus tard, des hommes barbus, avec de grands chapeaux, habillés de pied en cap de façon austère, sans garnitures ni boutons, parlant une langue teutonne, mais de mœurs douces et pacifiques, obtiennent des censes puis des fermes seigneuriales. Le seigneur a conclu des accords avec la secte des anabaptistes mennonites.
En 1712, les anabaptistes sont expulsés du royaume de France ; cette seigneurie entre Lorraine et Alsace devient marginale. L'ambition de Zurlauben a échoué, mais les anabaptistes bénéficient de la bienveillance de la maison seigneuriale héritière de Choiseul-Meuse. Ils sont réduits à vivre dans un milieu plus dense et pauvre, et de plus en plus hostile après 1750.
Les cultivateurs éleveurs mennonites essaiment dans le ban d'Urbeis, à Sainte-Croix, à Colroy et Lubine, en pays de Salm et dans le ban de Brusche, en particulier aux Quelles, à Plaine et La Broque. Ils deviennent fermiers, laboureurs, tisserands, marcaires, manouvriers, bûcherons, ouvriers. Une solidarité et des liens linguistiques et matrimoniaux lient ces frères en religion : ceux du Altmelkerei à Hohwald veillent sur ceux de La Crache près du Donon, la communauté maintient des liens avec ceux qui ont choisi de s'installer à Neuweyerhoff (Altwiller) et Schnellenbülh (Sélestat-Heidolsheim).
Dès 1760, les autorités ecclésiastiques surveillent la communauté anabaptiste de plus en plus discrète. Le vicaire Galleto tient, à partir du , les registres de la paroisse d'Urbeis encore dépendante de la cure du Villé. Le premier curé en résidence permanente à Urbeis espionne les sectaires anabaptistes.
En 1780, le curé de Saâles porte plainte auprès du cardinal de Rohan. Il dénonce le zèle des assemblées du Hang et les maltraitances aux catholiques pauvres, qui doivent ou fuir ou s'intégrer à la secte. L'affaire des anabaptistes de Saales commence par une enquête circonstanciée : le lieu d'assemblée du Hang relève de la paroisse de Saales et donc de la cure spirituelle du curé. Les rencontres anabaptistes sont atypiques, longues, au rituel coutumier et religieux, sans aucun secret, et elles réunissent une communauté croyante sous la présidence des anciens réunis. Les lieux de ces assemblées sont au nombre de trois : le Hang (Saales) ; la Blanche Maison, à la cense d'Orbeis, c'est-à-dire à Climont dans le ban d'Urbeis ; la cense du pré du Chêne, paroisse de Colroy, juridiction de Nancy.
La colère du curé de Saales est attisée par le fait qu'une jeunesse nombreuse échappe à son emprise ecclésiastique et à un contrôle de la vie privée. L'assemblée mennonite rémunère un pasteur itinérant, qui forme à la foi communautaire, et un instituteur, sorte d'écolâtre nomade, qui supervise un enseignement élémentaire et supérieur en allemand. Philippe Jahn est l'instituteur ; il est dénommé par ses congénères sechsfinge parce qu'il a six doigts à la main et au pied gauches. L'efficacité de l'enseignement communautaire, effectué en allemand, strictement encadré par des parents alphabétisés et conscients du fondement religieux de la lecture et de l'écriture, semble plus grande que l'école paroissiale ; cette dernière s'affaiblit après l'effort de rattrapage de la fin du XVIIe siècle.
Les jeunes de diverses confessions se fréquentent : surtout dans le camp catholique. Les jeunes anabaptistes courtiseraient par intérêt des héritières. Ce serait une des principales raisons de la violente diatribe en chaire du curé et de l'affaire publique des anabaptistes de Saales.
Au milieu du XVIIIe siècle, les noms de principales familles mennonites sont connus[Note 3]. Au XIXe siècle, ils sont rejoints par d'autres patronymes[Note 4].
Les onze anciens ayant présidé l'assemblée communautaire dite du Hang (preuve de la surveillance des autorités royales, impériales et républicaines) sont, dans l'ordre : Conrad Goldschmidt, Jacob Bacher, Michel Mosiman, Jean Beller, Jean Bacher de l'Evreuil, Joseph Beller, Pierre Gingrich de Schnarupt, Christ Bacher de La Schlague, Christ Dellenbach, Joseph Bacher de L'Evreuil, André Lamber de Colroy-La-Roche.
Ils forment une élite dirigeante, maniant le français des affaires, souvent accroissant leurs richesses et leurs biens financiers propres en gérant ceux communs à la secte. Leur comportement sera de moins en moins exemplaire au fil des décennies[Note 5]. Les plus modestes frères ont été abandonnés à eux-mêmes.
La mobilité des familles anabaptistes surprend les catholiques : ils ne restent souvent pas plus de deux générations aux mêmes endroits. Leur facilité à emprunter surprend aussi. Ces caractères spécifiques ont fait émigrer les mennonites, essentiellement vers l'Amérique.
Évolution forestière et administrative
[modifier | modifier le code]La montagne est reboisée entre 1840 et 1850 à l'aide de pins, puis de sapins à la fin du dix-neuvième siècle. Les abords délaissés par les cultures sont repiqués intégralement au vingtième siècle ; l'exceptionnel refuge botanique du Climont disparaît aux dires des Anciens.
Le Climont a longtemps été entouré de vieilles terres lorraines (si elles étaient alsaciennes comme la seigneurie du Villé, elles étaient placées sous obédience lorraine). Il a fait partie à la fin de l'Ancien régime du territoire de la subdélégation de Saint-Dié ; la petite montagne a ensuite servi à séparer le département des Vosges de celui du Bas-Rhin jusqu'en 1871. L'annexion du demi-canton de Saales le fait alors appartenir intégralement à l'Alsace du nouveau Reich. Cette Alsace a été préservée sous sa forme actuelle : le Climont est aujourd'hui alsacien, mis à part une fraction de ses basses pentes méridionale à moins de 670 mètres d'altitude, appartenant à la forêt domaniale de Colroy-Lubine.
La tour Julius
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La tour panoramique du Climont, ou tour Julius, a été érigée en 1897 par la section de Strasbourg du Club vosgien. M. Gérardin, propriétaire du sommet du Climont, a donné le terrain.
De style néo-médiéval à plan carré, elle est enrichie d'un encorbellement à son sommet et d'un oriel côté sud. Cette tour de 17 mètres de haut, inaugurée en par les autorités du Deutsches Reich, comporte 78 marches. Une plaque commémorative en l'honneur de Julius Euting, célèbre orientaliste et président fondateur du Club Vosgien, est apposée à son entrée. Sa construction a coûté 4 000 marks de l'époque.

Au-dessus de la porte d'entrée, sous le portrait de Julius Euting, on peut lire le même quatrain en allemand et en français.
Gennant bin ich der "Juliusturm",
Trotz biet'ich jedem Wettersturm;
Hochwacht halt ich im Wasgauland,
Mit ihm steh'ich in Gotteshand.
Tour « Julius », tel est mon nom,
Je brave les tempêtes en toute saison ;
Je veille sur les Vosges de mes hauteurs
Et confie notre sort aux mains du Seigneur !
Rénovée en 1986, la tour a perdu sa table d'orientation.
Musique et folklore
[modifier | modifier le code]Le Climont est terre de solistes et de rencontres. Beaucoup de chants, de sifflements, de prouesses de violoneux, sont dédiés aux êtres du Climont. Le folklore actuel réactualise plus ou moins la tradition ou réinvente en bloc à l'attention des touristes allemands. Gérard Durand, dans son album La Climontaise diffusé par Kobra, installée à La Neuve Église, a rassemblé polka, valses et marches. L'esthétique austère ou protestante pourrait s'apparenter aux suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Parmi ces lieux-dits :
- Schottsitt (le versant à l'ombre, l'envers) ;
- Schregsmatt ;
- Bientzigberg ;
- in den Mühren ;
- Sebastiansmatten (les prés de Sébastien) ;
- beim schürrel ;
- Obermittel ;
- Unterweid ;
- im Brechloch (Rainrupt) ;
- im Schlag (La Schlague) ;
- Hansmatten (les prés du Jean) ;
- Langematten (les grands prés) ;
- Kreutzweg (la croix du chemin) ;
- Maettel (le petit pré ou la prêle) ;
- Sonnesitt (le versant ensoleillé).
- ↑ Le détail donne :
- deux bois de lit en sapin pour 6 F ;
- un lit, une paillasse, un traversin, un dessous de plume (plumon) pour 18 F ;
- deux draps en chanvre et deux taies pour 10 F ;
- une table en cerisier pour 8 F ;
- un coffre en sapin fermant à clef (huche) ;
- des ustensiles de cuisine : un pot à feu, un poêlon ;
- 30 doubles-décalitres de pommes de terre à 45 F ;
- une vache estimée à 70 F ;
- 750 kg de foin soit 52,5 F ;
- 20 bottes de paille ;
- des outils communs : une houe, une pioche, une pelle, une hachette, un couperet, un couteau.
- ↑ Ils sont orthographiés de façons diverses par les autorités : Schlappy, Schlappach, Schlabach (la famille gère initialement une ferme à Schnarupt) ; Bachmann ; Muller ; Rebber, Räber, Reber de la cense du Climont qui donne plus tard le nom de famille Revert ou Reeber ; Adam ; Jacob ; Gropff ; Hommel ; Anzemberger ; Hodler ; Wielly ; Gebb ; Kuntz ; Sterner ; Spring ; Adler ; Riesin ; Von den Wald ; Fritz ; Gerich ; Will ; Eimer (Ulrich Eimer sur le ban de Lubine).
- ↑ Ils se répandent avec rapidité, se démultipliant par les écritures d'état civil au gré de leur déplacement : Dellenbach, Delimbach ; Bacher, Boecher, Becher, Pecher, Pêcheur ; Gerber, Garber ; Lauber ; Neuhauser ; Summer, Sommer ; Goldschmitt ; Hung, Hungue.
- ↑ Les multiples ruptures internes pour des raisons d'attraits extérieurs dont une forme est l'exogamie adaptée à un statut contraignant de richesse matérielle ont d'abord profité aux familles dominantes qui semblent avoir été attirées très tôt par une forme de respectabilité bourgeoise.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « Carte IGN classique » sur cartes.gouv.fr.
- ↑ La Bruche tire son nom du gaulois Buscu ou Bruscu, altéré ensuite en Bruxu. Le village à côté de Bourg provient de Brucke, altéré en Brusche, d'où la commune Bourg-Bruche
- ↑ Sur cet aspect géologique, lire les travaux de Pierre Fluck et de Jean-Paul von Eller. Par exemple de ce dernier, les pages 101 à 104 de son Guide géologique Vosges-Alsace, 2e édition, Masson, Paris, 1984. « Carte géologique du secteur » sur cartes.gouv.fr..
- ↑ Le verre plat a été d'abord fabriqué à Baccarat, disposant du flottage à bûches perdues organisé sur la Meurthe. Le cristal y sera fondu à nouveau en 1830, signe d'une prospérité retrouvée
