Aller au contenu

Désinformation climatique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

La désinformation climatique est la création et la diffusion délibérée de contenus faux, approximatifs ou insidieusement trompeurs concernant le changement climatique, ses origines anthropiques, ses conséquences et les possibilités de transition écologique.

Contrairement à la simple mésinformation (qui relève de l'erreur fortuite sans intention d'induire en erreur), cette désinformation stratégique cherche à façonner l'opinion publique, à miner le consensus scientifique en favorisant le déni du changement climatique et à ralentir ou entraver les politiques publiques de régulation.

Les acteurs de la désinformation climatique sont nombreux : elle sert les lobbys extractivistes, elle devient également un outil d'ingérence et de déstabilisation géopolitique, massivement pratiquée par les États-Unis et la Russie à destination de l'Europe, et elle est diffusée en masse par des médias conservateurs et d'extrême droite.

Formes et narratifs

[modifier | modifier le code]

Historiquement axée sur la remise en cause des faits (déni du changement climatique, par exemple contestation de la hausse des températures ou de l'impact des gaz à effet de serre), la désinformation climatique a progressivement évolué vers la contestation des mesures de transition énergétique et de sobriété[1],[2],[3].

Une étude estime que 90 % des cas de désinformation identifiés en France et au Brésil ciblent désormais les solutions de transition[4].

Les principaux narratifs incluent :

  • la mise en doute systématique du GIEC ou du consensus scientifique[5] ;
  • le discrédit des énergies renouvelables (énergie solaire, éolienne) au profit du maintien des énergies fossiles[4],[6] ;
  • la contestation des réglementations de mobilité durable (telles que les zones à faibles émissions ou la piétonisation des centres-villes)[4],[6] ;
  • la dépréciation de l'effort national ou européen, perçu comme marginal par rapport aux émissions mondiales[4] ;
  • l'instrumentalisation d'évènements climatiques extrêmes, avec circulation d’un grand volume d’informations contradictoires, par exemple sur l’origine de l’aléa, la responsabilité du gouvernement ou sur les comportements à adopter[7].

Typologie des acteurs

[modifier | modifier le code]

L'industrie des énergies fossiles et les lobbys

[modifier | modifier le code]

De nombreuses enquêtes sociologiques et journalistiques (telles que mises en évidence dans l'ouvrage Les Marchands de doute) ont documenté le rôle de l'industrie fossile et de certains lobbys économiques dans le financement de campagnes visant à semer le doute sur le changement climatique depuis les années 1970[4],[8].

Ingérences étrangères et guerre d'information

[modifier | modifier le code]

La désinformation climatique constitue également un levier de la guerre de l'information et des opérations de déstabilisation géopolitique[9],[10],[11],[12]. En mai 2026, des enquêtes ont documenté la manière dont certaines puissances étrangères exploitent les clivages environnementaux pour amplifier la polarisation sociale et affaiblir les démocraties européennes[13],[11],[14]. La Russie et les États-Unis sont particulièrement actifs, notamment via twitter : entre 2021 et début 2026, 120 cas de désinformation climatique en Europe provenaient de Russie ou d'opérateurs russes, 41 des États-Unis[15]. Concernant la Russie, les cibles principales en Europe de la désinformation sont les politiques énergétiques et climatiques européennes (89 % des 120 cas relevés)[16],[17]. Ces ingérences étrangères font peser de sérieux risques sur les systèmes démocratiques[17].

Relais médiatiques et réseaux sociaux

[modifier | modifier le code]

L'espace médiatique audiovisuel et numérique a un rôle clé dans la propagation des récits faussés[9]. Les médias conservateurs et d'extrême droite véhiculent particulièrement la désinformation climatique[9]. En France, les médias CNews, Europe 1 et Sud Radio sont particulièrement actifs en la matière[18],[19]. La désinformation est favorisée dans les réseaux sociaux par le format cours attendu des messages, plus rémunérateurs pour ceux qui les postent  les exposés nuancés plus longs ayant moins de succès  et par la rémunération des plateformes par des publicités d'acteurs émanant notamment des énergies fossiles[20].

Selon une étude réalisée par l'association Quota Climat et l'Observatoire des médias sur l'écologie, 665 fausses informations ou narratifs trompeurs sur le climat ont été recensés dans les médias audiovisuels français au cours de l'année 2025[21]. L'étude met en exergue des pics de désinformation observés lors de vagues de chaleur ou de débats législatifs (programmation pluriannuelle de l'énergie, ZFE)[19].

Dans le secteur audiovisuel public français, les fausses affirmations émanent majoritairement d'invités (à 92 %), tandis que dans le secteur audiovisuel privé, les journalistes et chroniqueurs représentent 46 % des cas relevés[4].

Lutte et sensibilisation

[modifier | modifier le code]

Les réponses à la désinformation climatique peuvent utiliser plusieurs leviers, parmi lesquels l'éducation aux médias et à l'information, qui favorise la sensibilisation à l'esprit critique et aux biais de sélection cognitive[22]. La vérification des faits, qui vérifie les données et clarifie des concepts physiques par les experts, est un autre outil important[23]. La formation des journalistes sur ces thématiques et leur protection semble également indispensables[4].

Dans le monde

[modifier | modifier le code]

Devant l'ampleur de la désinformation, l'ONU se saisit du sujet en 2024, avec la mise en place d'une « Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques », et créé un fonds géré par l'Unesco destiné à financer les recherches sur cette désinformation[24].

En 2025, la notion d'« Intégrité de l'information climatique » émerge lors de la COP 30 à Belém, au Brésil[25].

Sensibilisation

[modifier | modifier le code]

En , le Service des données et études statistiques (SDES) publie une étude, basée sur des données internationales, qui propose 5 défis et 10 leviers d’action pour contrer la désinformation climatique[6],[26].

Saisines de l'Arcom

[modifier | modifier le code]

En 2025, le Conseil d'État confirme la première condamnation pour désinformation climatique, en confirmant l'amende de 20 000 euros infligée en juillet 2024 par l’Arcom à la chaîne CNews, pointant des propos tenus pendant une émission de juillet 2023, pendant laquelle un soutien d'Éric Zemmour avait tenu des propos climatosceptiques sans aucune contradiction[18].

Réponses législatives et politiques

[modifier | modifier le code]

En 2025, un groupe de suivi transpartisan est mis en place au Sénat, sous l'égide de Quota Climat pour lutter contre ce phénomène[27]. Le 12 janvier 2026, l’Assemblée nationale adopte une résolution « visant à garantir l’intégrité de l’information sur le changement climatique face à la désinformation climatique et aux ingérences étrangères »[14]. Cette résolution, initialement portée par Sophie Taillé-Polian, vise notamment à demander à l'Union européenne de renforcer la lutte contre les fausses informations climatiques et les ingérences extérieures[28],[14]. À la rentrée 2026, le gouvernement prévoit un premier plan national sur « l’accès à l’information sur l’environnement et le climat »[6]. Pour l'élection présidentielle de 2027, l'association Quota Climat et le média Les Surligneurs lancent une plateforme anti-désinformation climatique[29].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. « Comment s'installe la désinformation climatique », Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (consulté le ).
  2. « Désinformation climatique », Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (consulté le ).
  3. « Désinformation climatique », Commission européenne - Direction générale de l'action pour le climat (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 7 Quota Climat, « Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens », (consulté le ).
  5. Thomas Wagner, « « le GIEC a exagéré » : quand la désinformation climatique refait surface », sur Bon Pote, (consulté le ).
  6. 1 2 3 4 « Tout comprendre à la désinformation climatique & au traitement de la biodiversité par les médias », sur cdurable.info, (consulté le ).
  7. « Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires » [PDF], sur Institut de relations internationales et stratégiques, (consulté le ), p. 17.
  8. « Comment les « marchands de doute » nous manipulent », sur Reporterre, (consulté le ).
  9. 1 2 3 « Alerte à la désinformation climatique : comment médias et politiques populistes attaquent la science et l’écologie », Le Nouvel Obs, (consulté le ).
  10. « La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis », sur Institut de relations internationales et stratégiques, (consulté le ).
  11. 1 2 « Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires », sur defenseclimat.fr (consulté le ).
  12. Nina Soyez, « La désinformation climatique comme outil d'ingérence », sur TV5 Monde, .
  13. « Comment la désinformation climatique est utilisée par des puissances étrangères pour destabiliser l'Europe », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
  14. 1 2 3 « L'Assemblée nationale adopte une résolution contre la désinformation climatique », sur Reporterre, (consulté le ).
  15. « La Russie et les États-Unis utilisent la désinformation climatique comme une arme stratégique de guerre informationnelle », sur France Info, (consulté le ).
  16. « État des lieux de la désinformation climatique russe en Europe », sur Institut de relations internationales et stratégiques, (consulté le ).
  17. 1 2 « Regards croisés sur la désinformation climatique », sur Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (consulté le ).
  18. 1 2 « CNews condamnée pour la première fois pour désinformation climatique, à une amende de 20 000 euros », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  19. 1 2 « Canicule : une explosion de désinformation climatique sur CNews, Sud Radio et Europe 1 », sur Reporterre (consulté le ).
  20. « Désinformation climatique et guerre informationnelle : ingérences étatiques et enjeux sécuritaires » [PDF], sur Institut de relations internationales et stratégiques, (consulté le ), p. 31.
  21. « 665 fausses informations sur le climat ont été relayées dans les médias audiovisuels en 2025 en France », Radio France (France Inter), (consulté le ).
  22. « Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens », Académie de Grenoble - EMI et EDD (consulté le ).
  23. « Le fact-checking, c'est quoi ? », sur Agence France-Presse (consulté le ).
  24. « L’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques », sur Organisation des Nations unies (consulté le ).
  25. « Climat : comment se propage la désinformation ? », sur France Culture, (consulté le ).
  26. Umar Dahoo, « Comment les statistiques officielles peuvent contribuer à la lutte contre la désinformation environnementale et climatique », SDES Collection Études, (lire en ligne [PDF]).
  27. « Face à la désinformation climatique, les sénateurs se mobilisent », La Tribune, (consulté le ).
  28. « Garantir l'intégrité de l'information sur le changement climatique face à la désinformation climatique et aux ingérences étrangères », sur Assemblée nationale (consulté le )
  29. Vert + AFP, « Élection présidentielle 2027 : l’ONG Quota climat et le média Les Surligneurs lancent une plateforme anti-désinformation », sur vert.eco, (consulté le ).

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]