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Enzo Tortora

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Enzo Tortora
Fonction
Député européen
2e législature du Parlement européen
Italie
Parti radical
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 59 ans)
Milan (Italie)
Sépulture
Nationalité
Formation
Activité
Enfants
Silvia Tortora (en)
Gaia Tortora (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Parti radical (1984-1988)

Enzo Tortora, né le à Gênes et mort le à Milan, est un animateur de télévision, journaliste et homme politique italien.

Figure familière du petit écran depuis les années 1950, il atteint le sommet de sa popularité avec Portobello, émission de la RAI. Le , il est arrêté dans le cadre d'une opération judiciaire de grande ampleur visant la Nuova Camorra Organizzata, sur la foi d'accusations portées par plusieurs pentiti. La photographie du présentateur menotté entre deux policiers fait le tour de la presse.

Condamné en première instance à dix ans de réclusion le , il est acquitté au fond par la cour d'appel de Naples le , décision confirmée par la Cour de cassation le . Élu député européen sur les listes du Parti radical pendant la procédure, il démissionne après sa condamnation pour renoncer à l'immunité parlementaire et affronter le procès.

Il meurt d'un cancer moins d'un an après son acquittement définitif. Son affaire est considérée comme l'une des plus graves erreurs judiciaires de l'histoire italienne et donne l'impulsion au référendum de 1987 sur la responsabilité civile des magistrats.

Enzo Tortora naît à Gênes le [1] après avoir remporté un concours de la RAI, il travaille pour les radiosquadre, programme enregistré sur les places des villes médiévales italiennes, où il se présente au public à la fois comme journaliste et comme homme de spectacle[2]. Ses premières apparitions télévisées lui valent rapidement du courrier d'admirateurs et des demandes d'entretien ; entre les années 1950 et 1960, il devient une figure publique présente sur plusieurs supports[2]. Il anime notamment La Domenica sportiva et est considéré comme l'un des pères de la télévision italienne[1].

Enzo Tortora arrive à Portobello après sept années d'éloignement de l'antenne : la RAI ne lui avait pas pardonné certaines prises de position, notamment d'avoir qualifié la télévision publique de « baraque foraine »[3].

Diffusée le vendredi soir sur Rete 2, l'émission connaît le succès. Le titre renvoie au marché londonien du même nom : le public peut, depuis son domicile, acheter ou vendre des objets, présenter des inventions, chercher un partenaire ou retrouver une personne perdue de vue. Un perroquet sert de mascotte au programme[3].

L'audience atteint jusqu'à 20 000 000 millions de téléspectateurs par numéro, ce qui vaut à Tortora d'être fait commandeur de l'ordre du Mérite de la République italienne par le président Sandro Pertini[4],[3]. Il figure alors, avec Mike Bongiorno, Pippo Baudo et Corrado, parmi les quatre animateurs les plus en vue de la télévision italienne[3].

L'affaire judiciaire

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Les accusateurs

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Au début de l'année 1983, Pasquale Barra (it), surnommé o animale, et Giovanni Pandico, dit o pazzo, deux cadres de la Nuova Camorra Organizzata dirigée par Raffaele Cutolo, décident de se désolidariser de l'organisation et de collaborer avec les enquêteurs[1],[2]. Ce sont eux qui désignent « celui de Portobello » comme membre de l'organisation, avec le rôle de passeur de drogue[1]. Un troisième repenti, Giovanni Melluso, formule des accusations analogues[5].

L'arrestation

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Le , à quatre heures et demie du matin, les carabiniers frappent à la porte d'une chambre de l'hôtel Plaza, via del Corso à Rome, et arrêtent Tortora[2]. L'interpellation s'inscrit dans une opération au cours de laquelle plus de huit cents mandats d'arrêt sont délivrés ; plus de six cents personnes sont interpellées dans la première vague[6].

L'arrestation est requise par les procureurs Francesco Cedrangolo et Diego Marmo, et ordonnée par le juge d'instruction Giorgio Fontana[7]. Dès le lendemain, la nouvelle occupe la une de tous les quotidiens nationaux et les images sont diffusées partout[2]. Tortora est accusé de trafic de stupéfiants et d'association de malfaiteurs de type camorriste[2].

Détention et condamnation

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Enzo Tortora demeure sept mois en détention provisoire, puis est placé en résidence surveillée avant d'être remis en liberté six mois plus tard[2].

Pendant l'instruction, le Parti radical lui propose une candidature aux élections européennes. Élu le aux côtés de Marco Pannella et d'Emma Bonino avec plus d'un demi-million de voix de préférence, il devient également président du Parti radical[7].

Le procès s'ouvre en 1985 et se conclut, après soixante-sept audiences, par une condamnation à dix ans de réclusion prononcée le [2],[7]. Tortora démissionne alors de son mandat européen, renonçant à l'immunité parlementaire, et est de nouveau assigné à résidence[2].

L'acquittement

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En appel, les déclarations des repentis sont jugées non crédibles et leurs incohérences apparaissent au grand jour. Le , la cour d'appel de Naples acquitte Tortora au fond[7],[1]. La cour établit que les déclarations portées contre lui étaient fausses et avaient été faites dans le but d'acquérir des mérites auprès de l'institution judiciaire en faisant condamner une personne connue[8].

Le , la Cour de cassation confirme l'acquittement[7],[1]. Les repentis auteurs des fausses accusations sont ensuite poursuivis pour calomnie[2].

Retour à l'antenne et mort

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Enzo Tortora reprend Portobello en février 1987, ouvrant l'émission par une formule restée célèbre, où il demandait où l'on en était resté[3]. Éprouvé physiquement et moralement, il meurt à Milan le d'un cancer, un an après son acquittement définitif[3],[7].

Réception et portée

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Une opinion publique divisée

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L'affaire divise profondément le pays. L'écrivain Leonardo Sciascia en a proposé une lecture souvent reprise : le cas lui paraissait exemplaire en ce que ceux qui détestaient les émissions animées par Tortora souhaitaient sa condamnation, tandis que ceux qui y étaient attachés le voulaient acquitté[2]. Le dossier est ainsi observé sous un double angle : celui d'un innocent contraint de subir de longues années de détention préventive, et celui d'une opinion publique traversée par une fracture[2].

Le référendum de 1987

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L'affaire donne l'impulsion au référendum de 1987 sur la responsabilité civile des magistrats : 80,2 % des votants se prononcent pour l'abrogation des articles du code de procédure civile qui excluaient cette responsabilité[7].

Un cas d'école

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Le dossier demeure une référence dans les débats sur la réforme judiciaire en Italie. Il est régulièrement cité comme illustration des dangers d'un recours excessif aux témoignages rémunérés par des avantages pénitentiaires, du pouvoir des récits médiatiques et des risques de biais de confirmation dans les enquêtes très exposées[6]. Il est également retenu comme une tache durable sur la justice italienne, sur un certain journalisme et sur la vie politique : Tortora fut livré à l'opinion publique par la presse et la télévision avant d'être jugé sommairement, puis condamné en première instance, avant d'être pleinement acquitté[1].

Pour le cinéaste Marco Bellocchio, l'affaire constitue une blessure profonde dans le corps social d'un pays qui changeait alors rapidement de peau[3].

Postérité

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Le cinéaste Maurizio Zaccaro consacre à l'affaire le film Un uomo perbene en 1999, coécrit par Silvia Tortora, fille du présentateur, avec Michele Placido dans le rôle-titre[9].

En 2025, Marco Bellocchio réalise Portobello, série en six épisodes tirée du recueil posthume Lettere a Francesca, avec Fabrizio Gifuni dans le rôle de Tortora et Lino Musella dans celui de Giovanni Pandico[5],[10]. Présentée à la Mostra de Venise, elle est diffusée en 2026[5],[11].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 « Il y a 35 ans, en mai, mourait Enzo Tortora, un homme symbole de l'erreur judiciaire », sur Notizie.it, (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (it) « Enzo Tortora : il caso di un arresto fra errore giudiziario e « manette spettacolo » », sur Tra i Leoni (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (it) « Il caso Tortora, storia di un'ingiustizia », sur Il Mattino, (consulté le ).
  4. « Portobello : Marco Bellocchio revient sur le calvaire judiciaire d'Enzo Tortora », sur SayWho, (consulté le ).
  5. 1 2 3 « Critique série : Portobello », sur Cineuropa, (consulté le ).
  6. 1 2 (en) « An Italian TV Host Was Wrongfully Convicted of Mafia Crimes », sur A&E, (consulté le ).
  7. 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Tortora, Gulotta, Zuncheddu and the others : here is who got compensation for the miscarriage of justice », sur Il Sole 24 Ore, (consulté le ).
  8. (en) « The Enzo Tortora case, the biography of the television conductor involved in a judicial error », sur UIS Journal, (consulté le ).
  9. (en) « Un uomo perbene (1999) — Credits », sur Box Office Mojo (consulté le ).
  10. « Portobello : l'annulation du roi de la télévision italienne », sur Francia, (consulté le ).
  11. « Portobello : l'histoire folle du Michel Drucker italien accusé par la mafia », sur Cri du Troll, (consulté le ).

Articles connexes

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Liens externes

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