Everett Klippert
| Naissance | Kindersley, Saskatchewan |
|---|---|
| Décès |
(à 69 ans) Bashaw, Alberta |
| Nom de naissance |
Everett George Klippert |
| Activité |
| Condamné pour |
|---|
Everett George Klippert (né le à Kindersley et mort le ) est, au Canada, la dernière personne arrêtée, accusée, poursuivie, condamnée et emprisonnée pour grossière indécence en raison de son homosexualité avant sa décriminalisation en 1969[1].
Les réformes qui ont mené à la légalisation de l'homosexualité au Canada découlent directement de l'affaire Klippert car elle déclenche à l'époque une levée de boucliers de la société canadienne et du gouvernement[2].
Klippert, originaire de Kindersley en Saskatchewan, a grandi à Calgary, en Alberta. En 1960, il a été reconnu coupable de dix-huit chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et condamné à quatre ans d'emprisonnement. À sa libération, il s'est installé dans le nord du Canada. Il travaillait comme mécanicien à Pine Point, dans les Territoires du Nord-Ouest, en 1965 lorsqu'il a été interpellé par la police pour être interrogé dans le cadre d'une affaire d'incendie criminel présumé[3]. Bien qu'il ait été innocenté de l'incendie, Klippert a spontanément admis avoir eu récemment des relations homosexuelles consenties avec quatre hommes adultes différents. Il a par la suite été arrêté et inculpé de quatre chefs d'accusation d'« attentat à la pudeur ».
Un psychiatre mandaté par le tribunal a diagnostiqué Klippert comme « homosexuel incurable », et ce dernier a été condamné à la « détention préventive » (c’est-à-dire à durée indéterminée) en tant que délinquant sexuel dangereux. Klippert a interjeté appel devant la Cour d’appel des Territoires du Nord-Ouest ; son appel a été rejeté. Il s’est ensuite pourvu en cassation devant la Cour suprême du Canada ; son appel a été rejeté le 7 novembre 1967, par une décision controversée rendue à trois voix contre deux[4].
Le lendemain de la confirmation de la condamnation de Klippert, le chef du Nouveau Parti démocratique, Tommy Douglas, a évoqué son nom à la Chambre des communes du Canada, déclarant que « l’homosexualité est un problème social et psychiatrique plutôt que criminel » et demandant au premier ministre Lester B. Pearson s’il envisagerait la création d’une commission d’étude de la question, semblable au Wolfenden Committee en Grande-Bretagne, qui avait formulé des « recommandations éclairées et humaines pour gérer ce problème »[5]. Le premier ministre a répondu qu’il serait ravi d’examiner la question. Douglas a alors posé une deuxième question au ministre de la Justice, Pierre Trudeau, pour savoir si ce sujet était à l’étude au sein du ministère. Trudeau a répondu qu’« un aspect de cette question est examiné dans le cadre d’une autre loi »[6]. Six semaines plus tard, Pierre Trudeau présentait la Loi de 1968-1969 modifiant le droit criminel (projet de loi C-150 de 1968), une loi omnibus qui, entre autres, décriminalisait les relations homosexuelles privées entre adultes consentants. La loi a été adoptée et les actes homosexuels privés entre adultes consentants ont été décriminalisés au Canada en 1969.
Klippert resta en prison jusqu'à sa libération le 21 juillet 1971. Il vécut encore 25 ans avant de décéder d'une maladie rénale en 1996.
En 2016, le gouvernement de Justin Trudeau a indiqué son intention de recommander un pardon posthume pour la condamnation de Klippert[7]. Le 18 novembre 2020, la Commission des libérations conditionnelles du Canada a prononcé une ordonnance d'effacement du casier judiciaire[8].
En 2018, la vie de Klippert a inspiré la pièce de théâtre « Legislating Love: The Everett Klippert Story », écrite par la dramaturge calgarienne Natalie Meisner[9].
En 2025, l'affaire Klippert a été désignée événement d’importance historique nationale par le gouvernement du Canada[10].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Pierre Berton: 1967: The Last Good Year: Toronto: Doubleday Canada: 1997: (ISBN 978-0-385-25662-9)
- Gary Kinsman: Regulation of Desire: Sexuality in Canada: Montreal: New York: 1987, 1995: (ISBN 978-0-920057-81-0), 155164 0406
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) « Trudeau to pardon man imprisoned in 1960s for being gay », sur CBC News, (consulté le ).
- ↑ « Justin Trudeau présente ses excuses à la communauté LGBT » (consulté le )
- ↑ (en) Donald W. McLeod, Lesbian and gay liberation in Canada: a selected annotated chronology, 1964-1975, Toronto, ECW Press/Homewood Books, (ISBN 1-55022-273-2)
- ↑ (en) « Klippert v. The Queen (1967) »,
- ↑ (en) Canada, « House of Commons Debates (Hansard), 27th Parliament, 2nd Session : Vol. 4, p. 4036 »,
- ↑ (en) Canada, « House of Commons Debates (Hansard), 27th Parliament, 2nd Session : Vol. 4, p. 4037 »,
- ↑ L'Actualité, « Ottawa accorderait le pardon posthume à des homosexuels condamnés », (consulté le )
- ↑ (en) Kevin Allen, « Everett Klippert Coda », (consulté le )
- ↑ (en) CBC News, « Calgary play explores the life of the last man in Canada jailed for being gay », (consulté le )
- ↑ Parcs Canada, « Le gouvernement du Canada annonce 11 nouvelles désignations d’importance historique nationale », (consulté le )