Gyula II
| Gyula II | |
le prince Gyula, image tirée de l'Histoire mondiale de Tolnai (1908-1912) | |
| Titre | |
|---|---|
| Gyula des Hongrois | |
| vers 950 – | |
| Prédécesseur | Kurszán ou Bogát |
| Successeur | Gyula III |
| Biographie | |
| Date de naissance | début du Xe siècle |
| Date de décès | fin du Xe siècle |
| Enfants | Gyula III, Sarolt, Karold |
| modifier |
|
Zombor, également appelé Gyula II ou Gylas, est un chef tribal hongrois du milieu du Xe siècle. Il se rend à Constantinople, où il est baptisé en 952 et reçoit le nom de baptême d’Étienne.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines
[modifier | modifier le code]
Il descend d’une famille dont les membres portent héréditairement le titre de gyula, qui occupe le second rang parmi les chefs de la confédération tribale hongroise[1]. Les historiens hongrois l’identifient à Zombor (Zubor), mentionné dans la Gesta Hungarorum du XIIIe siècle, bien que l’auteur anonyme de la Gesta présente Gyula (Gyyla/Geula) et Zombor comme deux frères[1]. Selon les chroniques hongroises, l’ancêtre de sa famille est l’un des sept chefs conquérants qui occupent la Transylvanie au moment de la conquête hongroise du bassin des Carpates[2].
Souverain de Transylvanie
[modifier | modifier le code]L’historien hongrois Gyula Kristó estime que, vers 950, les domaines de Gyula se situent dans la région délimitée par les rivières Temes (Timiș), Maros (Mureș), Körös (Criș), Tisza et Tutisz — cette dernière étant inconnue, mais pouvant correspondre à la Béga —, car cet espace correspond à l’ensemble de la zone d’habitat de la Turkia (Hongrie) telle que la décrit l’empereur byzantin contemporain Constantin Porphyrogénète[2]. L’historien américain d’origine roumaine Florin Curta estime possible que le gyula et le harka — titre d’un autre dirigeant de la confédération tribale hongroise — aient dominé la partie méridionale du bassin des Carpates, car la plupart des objets du Xe siècle d’origine byzantine découverts en Hongrie se concentrent au confluent de la Tisza et du Maros[3]. Selon l’historien hongrois Péter Váczy, la tribu de Gyula se déplace en Transylvanie à son époque[1].
Gyula et sa tribu établissent leur centre dans l’ancien fort romain d’Apulum, situé dans l’agglomération plus tard connue sous le nom de Gyulafehérvár, aujourd’hui Alba Iulia, en Roumanie. Signifiant « château blanc du Gyula », le nom de la ville et de la forteresse fait référence à Gyula II. Sous sa direction, son clan constitue, selon l’historien Gyula Kristó, un « État tribal » au sein de la principauté de Hongrie, dominant les tribus du nord et du sud de la Transylvanie[1],[4]. Les différents groupes slaves, avars et surtout bulgares présents dans la région sont soumis par les Hongrois et intégrés à leur propre ordre socio-économique. Les recherches archéologiques, historiques et linguistiques montrent que Gyula étend son influence au sud de la Transylvanie, où plusieurs historiens avaient autrefois situé à tort la principauté bulgare du seigneur local Kean[5].
Baptême
[modifier | modifier le code]
« Peu après [la légation de Bulcsú et Termacsu], Gylas [Gyula], qui était lui aussi prince des Turcs, vint dans la ville impériale, fut baptisé et reçut les mêmes bienfaits et honneurs. Il emmena avec lui un moine nommé Hiérothée, célèbre pour sa piété, que Théophylacte consacra évêque de Tourkia ; arrivé sur place, celui-ci conduisit de nombreux barbares égarés vers le christianisme. Gylas demeura fidèle à sa foi ; il ne fit jamais d’incursion sur le territoire des Romains [l’Empire byzantin] et n’oublia pas les chrétiens captifs : au contraire, il les racheta, prit soin d’eux et les libéra. »
— Jean Skylitzès : A Synopsis of Byzantine History, 811–1057[6]
Jean Skylitzès rapporte que, vers 952[1], Gyula se rend à Constantinople, où il est baptisé, l’empereur Constantin VII Porphyrogénète le relevant lui-même des fonts baptismaux[7]. À la différence de cette datation à 952, l’historien roumain Alexandru Madgearu place la visite de Gyula à Constantinople en 948, lorsque les chefs Bulcsú et Termacsu sont également envoyés dans la ville comme ambassadeurs du grand-prince Fajsz[8]. Durant son séjour à Constantinople, Gyula reçoit également le titre honorifique de patrice[2].
Un évêque nommé Hiérothée est donné à Gyula et l’accompagne lors de son retour en Turkia — c’est-à-dire en Hongrie[3]. Gyula adopte ainsi la foi chrétienne, et plus précisément sa forme orthodoxe orientale de tradition byzantine[2]. Selon des sources en vieux-slave, notamment la Chronique de Nikon, Gyula reçoit le nom chrétien d’Étienne (Stefan ou Stephanos)[8].
Hiérothée, nommé évêque de Tourkia par le patriarche Théophylacte de Constantinople, convertit de nombreux Hongrois. Dans l’un de ses ouvrages rédigés à peu près à la même époque, Constantin Porphyrogénète associe la Tourkia aux territoires situés à l’est de la Tisza, c’est-à-dire à la zone correspondant aux terres du gyula. De nombreuses découvertes de monnaies byzantines du Xe siècle, de boucles d’oreilles, de croix-reliquaires et d’objets similaires sont attestées dans la région de Szeged. Selon l’historien Paul Stephenson, ces deux éléments indiquent que les domaines de Gyula se situaient près du confluent de la Tisza et du Maros[9],[10]. À l’inverse, l’historien hongrois Gábor Thoroczkay estime que la mission de prosélytisme d’Hiérothée se déroule en Transylvanie, où Gyula aurait alors déplacé le centre de son pouvoir[5].
Les relations de coopération entre l’Empire byzantin et Gyula se maintiennent vraisemblablement jusqu’en 958, lorsque Constantin VII cesse de verser un tribut aux Hongrois à la suite de leur défaite à la bataille du Lechfeld. L’évêque Hiérothée doit alors quitter immédiatement la Hongrie[10].
Gyula II a un fils, Prokui — Gyula III —, qui lui succède comme chef tribal en Transylvanie, ainsi que deux filles, Karold et Sarolt. Cette dernière devient l’épouse de Géza. Leur seul fils connu, Étienne Ier, est couronné comme premier roi de Hongrie.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 Kristó, Engel et Makk 2007.
- 1 2 3 4 Kristó 2003.
- 1 2 Curta 2006.
- ↑ Thoroczkay 2022, p. 620.
- 1 2 Thoroczkay 2022, p. 621.
- ↑ (en) Jean Skylitzès (trad. John Wortley), The Chronicle of John Skylitzes: A Synopsis of Byzantine History, 811-1057, Cambridge University Press, , 3e éd. (ISBN 978-0-521-76705-7, présentation en ligne), « 9.5 », p. 231.
- ↑ Berend, Laszlovszky et Szakács 2007.
- 1 2 Thoroczkay 2022, p. 619.
- ↑ Stephenson 2000, p. 41–42.
- 1 2 Révész 2020, p. 35.
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Nóra Berend, József Laszlovszky et Béla Zsolt Szakács, « The Kingdom of Hungary », dans Nora Berend, Christianization and the Rise of Christian Monarchy: Scandinavia, Central Europe and Rus’ c. 900-1200, Cambridge et New York, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-87616-2).
- (en) Florin Curta, Southeastern Europe in the Middle Ages - 500-1250, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-89452-4).
- (hu) Gyula Kristó (directeur général), Pál Engel (directeur scientifique) et Ferenc Makk (directeur scientifique), Korai Magyar történeti lexikon (9-14. század) [« Encyclopédie de l’histoire hongroise ancienne (IXe-XIVe siècles) »], Budapest, Akadémiai Kiadó, (ISBN 963-05-6722-9)L’entrée « gyula » a été rédigée par Alfréd Márton ; « Gyula » par Sándor László Tóth et László Szegfű..
- (en) Gyula Kristó, Early Transylvania (895-1324), Budapest, Lucidus Kiadó, (ISBN 963-9465-12-7).
- (hu) Éva Révész, « A Gyulák és a magyarok korai kereszténysége » [« Les Gyula et le christianisme ancien des Hongrois »], Belvedere Meridionale, vol. 32, no 1, , p. 33-42 (ISSN 1419-0222)
- (en) Paul Stephenson, Byzantium's Balkan Frontier: A Political Study of the Northern Balkans, 900-1204, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-77017-0, lire en ligne).
- (hu) Gábor Thoroczkay, « Gyulafehérvár korai egyházi történetéhez. A Hierotheos-féle térítés » [« Sur l’histoire ecclésiastique ancienne de Gyulafehérvár (Alba Iulia). La mission de Hiérothéos »], dans Dániel Bagi, Gábor Barabás, Tamás Fedeles, Gergely Kiss, Ruscia – Hungaria – Europa. Ünnepi kötet Font Márta professzor asszony 70. születésnapjára, Kronosz Kiadó, , 577-585 p. (ISBN 978-615-6339-45-4)