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La Porte de l'enfer (film)

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La Porte de l'enfer
Description de cette image, également commentée ci-après
Affiche japonaise originale du film.
Titre original 地獄門
Jigokumon
Réalisation Teinosuke Kinugasa
Scénario Teinosuke Kinugasa
Kan Kikuchi (théâtre)
Musique Yasushi Akutagawa
Acteurs principaux Kazuo Hasegawa
Machiko Kyō
Sociétés de production Daiei
Pays de production Drapeau du Japon Japon
Genre film historique
jidai-geki
Durée 89 minutes
Sortie 1953

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

La Porte de l'enfer (地獄門, Jigokumon?) est un film japonais de Teinosuke Kinugasa, sorti en 1953. Il remporta le Grand Prix au festival de Cannes 1954.

En l'an 1159 au Japon, pendant la Rébellion de Heiji, les luttes entre clans font rage. Celui du Minamoto tente de renverser le Taira au pouvoir. Afin de protéger la fuite de la princesse, une de ses dames de compagnie, Kesa (Machiko Kyō), est envoyée comme leurre sous la protection du valeureux guerrier Moritō (Kazuo Hasegawa) qui lui sauve la vie et tombe fou amoureux d'elle. Après que la rébellion a été matée, le Seigneur Kiyomori promet à Moritō la récompense qu'il demandera et cela quelle que soit cette récompense. Moritō, ignorant qu'elle est mariée au noble garde Wataru (Isao Yamagata), réclame de son maître qu'il intervienne afin de favoriser son mariage avec Kesa. Sa découverte de l'état marital de la jeune femme ne freine en rien ses ardeurs, bien au contraire. Il sombre vite dans une passion de plus en plus folle et agressive tandis que Kesa entend rester fidèle à son mari.

Fiche technique

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Distribution

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Le personnage de Moritō (interprété par une très grande star du cinéma nippon d'alors, Kazuo Hasegawa) évolue fortement durant le film. Valeureux au début, il change très vite une fois tombé amoureux de Kesa. Sa passion l'aliène complètement et l'aveugle jusqu'au drame final.

Machiko Kyō qui joue la douce et fidèle Kesa était elle aussi une immense vedette, notamment chez Akira Kurosawa (Rashomon, 1950) ou Kenji Mizoguchi (Les Contes de la lune vague après la pluie, 1953 et La Rue de la honte, 1956) sans oublier Yasujirō Ozu (Herbes flottantes, 1959).

Le fil de l'adaptation

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La légende de Kesa et Moritō remonte au cycle épique médiéval du Heike monogatari (Dit des Heike) tradition des XIIIᵉ–XIVᵉ siècles ; l'épisode est plus précisément conservé dans le Genpei seisuiki, variante développée du Dit des Heike, où sont relatés l'amour interdit du guerrier Endō Moritō pour Kesa, déjà mariée à Watanabe Wataru, et le meurtre tragique qui s'ensuit. Ryūnosuke Akutagawa en tire une nouvelle, Kesa et Moritō (袈裟と盛遠, Kesa to Moritō?), publiée en avril 1918 dans la revue Chūō Kōron[10] : il en fait une relecture psychologique en deux monologues croisés, exposant la lâcheté et le désir trouble de Moritō face à la résolution désespérée de Kesa. Kan Kikuchi reprend la même matière dans une pièce de théâtre en cinq actes, Le Mari de Kesa (袈裟の良人, Kesa no Otto?), parue en 1923 (créée ensuite sur scène au théâtre Yūrakuza en 1935), où l'accent se déplace vers la fidélité et le sacrifice de Kesa envers son époux. C'est cette pièce qui sert de base au film de Teinosuke Kinugasa, La Porte de l’enfer (地獄門, Jigoku-mon?), sorti en 1953[11].

Réception du film

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Sous la forte influence de son président Jean Cocteau[12], le jury du Festival de Cannes décida à la surprise générale d'accorder son Grand Prix (équivalent alors de la Palme d'Or) à La Porte de l'enfer, du Japonais Teinosuke Kinugasa, déjà vieux routier de la profession et dont le plus grand succès, Une page folle, datait de 1926.

L'attribution du prix fut sujet à controverses, ses contempteurs lui reprochant la banalité de l'histoire, des faiblesses dans le scénario et une artificialité trop importante[réf. souhaitée]. Au Japon, le film fut considéré à sa sortie comme l'un des pires du cinéaste, et plusieurs critiques du pays se sentirent insultés par l'accueil cannois[11]. Cocteau, lui, affirmait que ce film possédait « les plus belles couleurs du monde. »[13]. Le caméraman Kōhei Sugiyama utilisait l'Eastmancolor pour accentuer les teintes bleues et vermillon des kimonos[réf. souhaitée].

Dans son Dictionnaire des films, Sadoul porte un jugement réservé sur le scénario tout en saluant la plastique du film. Il insiste sur le caractère de commande du projet et sur l'étonnement de Kinugasa — « le probe artiste » — devant le Grand Prix de Cannes 1954, étonnement redoublé par les rapprochements de certains critiques français avec « Phèdre » ou « Tristan et Iseult ». Pour Sadoul, le véritable intérêt de l'œuvre réside dans ses « très remarquables recherches de couleurs » — « rouge et orange pour une révolte de palais, bleues avec taches de pourpre pour une course de chevaux, chaudes lumières roses perçant la nuit ». Il conclut que le cinéaste « aurait aimé que le succès aille à ces réussites plutôt qu'à un dépaysement exotique »[14]. Georges Sadoul, Dictionnaire des films, Paris, Seuil, coll. « Microcosme », 1967 , p. 197.

Pour l'historien du cinéma Tadao Satō, La Porte de l'enfer est « un film manifestement conçu pour les festivals internationaux », et « le calcul se révèle juste ». Il relève qu'« un peintre célèbre, Sanzō Wada, participe en tant que conseiller artistique à la réalisation des costumes et des armures de l'ère Genpei », et que « Kinugasa excelle à la composition d'images dans le style traditionnel de la peinture japonaise et crée des scènes rappelant les rouleaux peints du Moyen Âge ». Satō souligne toutefois le contraste des accueils : « les Japonais n'aiment pas ce film qui leur apparaît comme une exhibition riche en couleurs et en costumes traditionnels mais dont l'histoire leur semble ennuyeuse et l'interprétation artificielle », tandis qu'« à Cannes » il est « très apprécié […] pour sa composition de l'image et ses couleurs » — le cinéaste « avou[ant] néanmoins dans une interview que son film a peu de substance »[15]. Tadao Satō, Le Cinéma japonais, Tome II, 1997, p. 43

Postérité

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En 2011, le film bénéficie d'une restauration numérique réalisée à partir d'un master positif obtenu par séparation trichrome du négatif original, sous la supervision de Fujio Morita — ancien assistant-opérateur du film — et avec le concours d'Imagica (en) ; fruit d'un partenariat entre le National Film Center du Musée national d'art moderne de Tokyo et la Kadokawa, en coopération avec la NHK, cette première version rendant ses couleurs d'origine est diffusée le 2 mai 2011 sur NHK BS Premium[16].

En 2013, The Criterion Collection publie La Porte de l'enfer (version restaurée) en DVD et Blu-ray[17].

Distinctions

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Notes et références

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  1. La Porte de l'enfer (1953) - MCJP
  2. (ja) « [NFAJ] 地獄門 Jigoku-mon (1953) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  3. Compagnie qui deviendra IMAGICA Lab. en 1986.
  4. (en) « Gate of Hell: A Colorful History », sur The Criterion Collection (consulté le )
  5. La Porte de l'enfer est le premier long métrage japonais en Eastmancolor (イーストマン・カラーシステム, Īsutoman karā shisutemu?) (selon le carton-titre) et le premier film en couleurs de la Daiei.
  6. Mention « The New Western Electric Mirrophonic Sound System » portée sur le carton-titre du générique d'ouverture du film.
  7. 1 2 3 (ja) La Porte de l'enfer sur la Japanese Movie Database
  8. « Les films japonais sortis en France en salle », sur www.denkikan.fr (version du sur archive.org)
  9. AlloCine, « La Porte de l'enfer » (consulté le )
  10. (ja) 袈裟と盛遠 (芥川 竜之介) Kesa et Moritō (Ryunosuke Akutagawa) (lire en ligne)
  11. 1 2 Koichi Nakamura, June H. Nakamura et John Allyn, « Love and Death in the Japanese Cinema (3): Re-evaluation of Gate of Hell (Jigokumon) », Bulletin, Faculty of Arts, Tokyo Institute of Polytechnics, vol. 3, , p. 23-27 (lire en ligne)
  12. Alain Riou, « 2 / Quand Cocteau manipulait le jury », sur nouvelobs.com, (consulté le )
  13. « 100 ans de cinéma japonais : décryptage », sur cnc.fr, (consulté le )
  14. Dictionnaire des films, (lire en ligne)
  15. Le Cinéma japonais, tome II, (ISBN 978-2-85850-930-0, lire en ligne)
  16. (ja) « 地獄門 La Porte de l'Enfer (Version restaurée numériquement) KINENOTE », sur www.kinenote.com (consulté le )
  17. (en) « Gate of Hell », sur The Criterion Collection (consulté le )
  18. La Porte de l'enfer (1953) - Festival de Cannes
  19. 1 2 (en) « The 27th Academy Awards - 1955 », sur www.oscars.org, Oscars du cinéma (consulté le )

Liens externes

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