Les Voluptueuses
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Les Voluptueuses est une série de romans français attribués à Jean Larocque, dont les volumes connus ont paru entre 1887 et 1891.
La bibliographie de la série demeure en partie incertaine : plusieurs volumes sont attestés par des exemplaires, des catalogues de libraires ou des bibliographies, tandis que l'appartenance de certains titres à la série est discutée et que l'existence matérielle de Lucine, parfois mentionnée dans les bibliographies, n'a pas été établie par la découverte d'un exemplaire[1],[2],[3].
La série est aujourd'hui peu connue, alors qu'elle constitue une entreprise romanesque de plusieurs volumes consacrée principalement à la sensualité et aux relations amoureuses. Les catalogues bibliophiliques modernes la classent tantôt parmi les romans érotiques, tantôt parmi les ouvrages pornographiques ou « sulfureux », ce qui reflète à la fois la diversité des classifications bibliographiques et l'évolution du vocabulaire employé pour désigner la littérature sexuelle[2],[4].
Contexte et genèse
[modifier | modifier le code]Jean Larocque (1836–1890) avait publié, avant les Voluptueuses, des poèmes, des essais et des ouvrages consacrés notamment aux questions historiques, littéraires et à la condition féminine. La bibliographie de la Bibliothèque nationale de France lui attribue notamment Niobé ou la femme au XIXe siècle (1863) et L'Enseignement supérieur des jeunes filles (1868)[5].
La publication des Voluptueuses intervient ainsi dans la dernière période de la vie de Larocque. Les volumes connus sont principalement associés à Félix Brossier, puis à Léon Genonceaux et à d'autres intermédiaires de l'édition érotique de la période[2],[4].
La série paraît dans un contexte parisien marqué par le développement de l'illustration, de la bibliophilie et d'un marché de l'imprimé érotique. Une étude publiée par la National Gallery of Art sur l'estampe parisienne des années 1890 souligne notamment l'importance croissante de l'illustration et l'existence d'un marché d'images et de publications à caractère érotique à cette époque[6].
La chronologie des Voluptueuses est postérieure au début des Rougon-Macquart de Zola. Le cycle zolien comprend vingt romans publiés entre 1871 et 1893 et porte le sous-titre « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire »[7].
La comparaison entre les deux entreprises doit toutefois rester limitée. Les Rougon-Macquart constituent une construction romanesque historique, familiale et sociale de grande ampleur, tandis que les Voluptueuses forment une série spécialisée dans les thèmes de la sensualité et de l'érotisme. Leur rapprochement est surtout pertinent pour souligner qu'il s'agit, dans les deux cas, d'une production romanesque conçue sur plusieurs volumes et étendue sur plusieurs années[7].
Des titres féminins et mythologiques
[modifier | modifier le code]Les titres associés aux Voluptueuses sont pour la plupart constitués de prénoms ou de noms féminins : Isey, Viviane, Odile, Fausta, Daphné, Phœbé, Fusette, Louvette, Hémine et, dans certaines bibliographies, Lucine[2],[4],[3].
Plusieurs de ces noms possèdent une forte connotation littéraire ou mythologique. Viviane appartient à l'imaginaire arthurien ; Daphné et Phœbé renvoient à la mythologie grecque ; Lucine est un nom d'origine latine associé dans la mythologie romaine à la naissance et à Junon[2].
Le titre Naïade, dont l'appartenance à la série est discutée, appartient également directement au vocabulaire de la mythologie grecque. Le catalogue Ader rattache parfois La Naïade aux Voluptueuses, tout en signalant que l'exemplaire décrit ne porte pas la mention de la série sur sa couverture[2].
Le recours à des noms féminins, parfois anciens ou mythologiques, donne aux titres une dimension indirecte et poétique. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de définir l'esthétique générale de la série ni d'établir une influence précise sur d'autres écrivains érotiques de la période[2].
Cette pratique s'inscrit néanmoins dans un contexte littéraire où certains ouvrages à caractère érotique ou décadent recourent à des références antiques, mythologiques ou à des titres suggérant la beauté et la sensualité plutôt qu'à des désignations explicitement sexuelles. Les Voluptueuses doivent ainsi être replacées dans l'esthétique plus large de la littérature et de l'édition de la fin du XIXe siècle, sans être assimilées aux œuvres d'auteurs comme Pierre Louÿs ou Rachilde, dont la carrière et la réception sont différentes[6].
Érotisme et pornographie : une terminologie à préciser
[modifier | modifier le code]La qualification des Voluptueuses varie selon les sources. Le catalogue Ader les présente comme des « romans érotiques », tandis que le catalogue de Pierre Saunier les désigne comme des « romans pornographiques » et emploie l'expression « sulfureux romans pornographiques » pour l'ensemble qu'il réunit, le libraire reprenant ainsi la terminologie de l'époque[2],[4].
Dans ce contexte, l'adjectif « sulfureux » désigne une œuvre entourée de scandale, de transgression ou de réputation d'immoralité. Il ne constitue pas une catégorie bibliographique précise et ne permet pas, à lui seul, de distinguer l'érotisme de la pornographie.
La littérature de la fin du XIXe siècle comprenait en effet plusieurs types d'œuvres qui ne se recouvraient pas nécessairement. Des romans appartenant à la littérature générale pouvaient contenir des scènes ou des thèmes érotiques ; d'autres ouvrages étaient explicitement consacrés à l'érotisme ; enfin, le marché clandestin ou semi-clandestin proposait des ouvrages considérés comme pornographiques ou obscènes par leurs contemporains[6].
Des œuvres aujourd'hui considérées comme appartenant à la littérature générale ont elles-mêmes fait l'objet de controverses en raison de leur contenu ou de leur langage. Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire furent ainsi condamnées pour outrage aux bonnes mœurs en 1857, tandis que Les Chants de Maldoror du comte de Lautréamont et certaines œuvres de la littérature décadente furent associées à une esthétique de la transgression[6].
Cette situation doit être distinguée de celle des ouvrages explicitement érotiques ou pornographiques produits pour ce marché. Les Voluptueuses appartiennent à cette seconde sphère par leur orientation thématique et par leur histoire éditoriale, mais les sources ne permettent pas de leur appliquer une définition unique qui correspondrait exactement à l'usage contemporain du terme « pornographie »[2],[4].
La présentation matérielle des exemplaires contribue également à cette ambiguïté. Les volumes décrits par les catalogues bibliophiliques possèdent des couvertures illustrées et, pour plusieurs d'entre eux, des illustrations attribuées à des artistes identifiés, notamment José Roy, Auguste François-Marie Gorguet ou Henri-Georges Chartier[2].
L'association d'un contenu sexuel avec une présentation bibliophilique et artistique n'était pas exceptionnelle dans l'édition érotique de la fin du XIXe siècle. Les publications destinées à ce marché pouvaient être recherchées pour leurs illustrations, leur mise en page, leur reliure ou leur rareté, parallèlement à leur contenu[6].
Les Voluptueuses peuvent donc être décrites, selon les sources, comme une série de romans érotiques ou pornographiques de la fin du XIXe siècle, sans que cette dernière qualification doive être comprise exactement selon les catégories contemporaines de la pornographie[2],[4].
Saisies, poursuites et rareté
[modifier | modifier le code]L'histoire matérielle de plusieurs volumes est liée à des poursuites judiciaires et à des saisies.
Le cas de La Naïade est notamment documenté par le catalogue Ader et par un article consacré à Jean Larocque et à son éditeur Ferreyrol. Le volume, publié en 1890 par J.-B. Ferreyrol, fut saisi et l'affaire donna lieu à une condamnation pour outrage à la morale publique[2],[8].
La situation de Hémine est encore plus remarquable. Le catalogue Pierre Saunier indique que le volume, daté de 1891, est extrêmement rare et qu'il fut presque entièrement détruit après sa saisie[4].
Une notice biographique consacrée à Léon Genonceaux évoque également la saisie et la destruction d'un important nombre d'exemplaires de Hémine dans le contexte des poursuites dont firent l'objet les publications de Genonceaux[9].
La rareté actuelle de certains volumes ne peut donc pas être expliquée uniquement par leur oubli littéraire : pour plusieurs titres, les sources font également état de saisies ou de destructions ayant réduit le nombre d'exemplaires conservés[4],[9].
Une bibliographie difficile à reconstituer
[modifier | modifier le code]Le nombre exact de volumes composant les Voluptueuses demeure incertain.
Le catalogue Ader décrit un ensemble comprenant notamment Viviane, Odile, Fausta, Daphné, Fusette et La Naïade. Il précise que La Naïade est parfois rattachée aux Voluptueuses, mais que l'exemplaire présenté ne porte pas la mention de la série sur la couverture[2].
Le catalogue Pierre Saunier réunit pour sa part neuf volumes : Isey, Viviane, Odile, Fausta, Daphné, Phœbé, Fusette, Louvette et Hémine. Il présente cet ensemble comme la série des Voluptueuses et insiste sur la rareté exceptionnelle de certains des derniers volumes[4].
Un témoignage bibliographique allemand de la fin du XIXe siècle apporte une donnée supplémentaire. Le Börsenblatt für den Deutschen Buchhandel du 12 décembre 1898 mentionne, sous le nom de Larocque, les titres « Naiade », « Fasette », « Louvette », « Hémine » et « Niobb ». Cette mention constitue un témoignage contemporain de leur présence dans le commerce du livre, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir le statut exact de chacun de ces titres ni à prouver que chacun correspondait à un volume effectivement publié et conservé[10].
La forme « Fasette » du Börsenblatt peut vraisemblablement être rapprochée de Fusette, titre attesté par ailleurs dans les catalogues bibliophiliques, mais cette correspondance doit être présentée avec prudence en raison de la différence orthographique[2],[10].
Une publication consacrée à l'histoire de l'estampe parisienne dans les années 1890 mentionne également les Voluptueuses et plusieurs de leurs titres, confirmant leur présence dans le paysage éditorial érotique de la période[6].
Le cas de Lucine
[modifier | modifier le code]Lucine constitue le cas le plus incertain de la bibliographie des Voluptueuses.
Le titre est mentionné dans certaines sources bibliographiques consacrées à Larocque et dans l'ouvrage d'Iwan Bloch, The Sexual Life of Our Time in Its Relations to Modern Civilization, publié en allemand à l'origine puis diffusé en traduction anglaise[1],[3].
Aucun exemplaire de Lucine n'a cependant été identifié dans les ensembles bibliophiliques utilisés pour reconstituer la série. Le catalogue Pierre Saunier, qui réunit neuf volumes et considère cet ensemble comme celui des Voluptueuses, s'arrête à Hémine[4].
Il convient donc de distinguer deux questions : l'existence bibliographique du titre et l'existence matérielle d'un exemplaire publié. La première est attestée par les sources qui le mentionnent ; la seconde n'a pas, à ce jour, été établie par la découverte d'un exemplaire identifiable[3],[4].
Plusieurs hypothèses sont dès lors possibles : Lucine a pu être annoncé puis ne pas être publié, avoir été imprimé en très petit nombre, avoir circulé sans laisser d'exemplaire identifié ou avoir presque entièrement disparu. En l'absence d'une source permettant de trancher entre ces hypothèses, aucune ne doit être présentée comme certaine.
La présence du titre chez Bloch est néanmoins intéressante, car elle montre qu'il appartenait encore au début du XXe siècle à une bibliographie de la littérature sexuelle. La source exacte utilisée par Bloch pour cette mention n'est pas identifiable avec certitude dans le passage concerné[3].
Étendue de la série
[modifier | modifier le code]Les Voluptueuses constituent, même dans la reconstitution la plus prudente, une entreprise romanesque de grande ampleur. Le catalogue de Pierre Saunier réunit neuf volumes de la série, publiés entre 1888 et 1891 : Isey, Viviane, Odile, Fausta, Daphné, Phœbé, Fusette, Louvette et Hémine. Les neuf volumes sont réunis en un ensemble homogène de neuf tomes in-12 dans une reliure uniforme, les couvertures illustrées ayant été conservées[4].
La pagination complète de ces neuf volumes n'est toutefois pas établie avec certitude dans les sources actuellement accessibles. Plusieurs volumes sont néanmoins documentés par des notices donnant leur nombre de pages : Viviane compte 353 pages dans une édition de Brossier, tandis que Phœbé compte 339 pages dans l'édition moderne établie à partir des fonds de la Bibliothèque nationale de France[11],[12]. Ces deux volumes représentent déjà 692 pages. D'autres notices bibliographiques donnent également des paginations précises pour certains des autres titres, mais celles-ci ne permettent pas encore de reconstituer de manière homogène la pagination de l'ensemble des neuf éditions originales. Il convient donc de ne pas présenter un total global comme une donnée bibliographique certaine.
On peut cependant donner un ordre de grandeur. Les trois volumes pour lesquels une pagination de l'ordre de trois cents pages est documentée dans les sources réunies pour la série atteignent ensemble près de mille pages ; en prenant comme référence une longueur moyenne d'environ 330 pages par volume, les neuf volumes réunis par Saunier représenteraient environ 2 970 pages, soit près de 3 000 pages. Ce chiffre est une estimation fondée sur la longueur moyenne des volumes dont la pagination est connue, et non une pagination établie de l'ensemble de la série[11],[12],[4].
L'ordre de grandeur ainsi obtenu peut être comparé à celui d'autres grandes entreprises romanesques françaises du XIXe siècle. Les Mystères de Paris d'Eugène Sue, publiés à Paris chez Charles Gosselin en 1842-1843, parurent dans leur édition originale en dix tomes. Un exemplaire complet de cette édition est décrit avec les paginations suivantes : 421, 322, 374, 391, 363, 379, 360, 363, 395 et 389 pages. Leur addition donne un total de 3 957 pages, hors feuillets préliminaires et tables non paginées[13]. Les Voluptueuses, avec leurs neuf volumes attestés et une longueur totale estimée à environ 3 000 pages, se situeraient donc dans un ordre de grandeur matériel comparable, bien que leur entreprise littéraire soit évidemment très différente.
Les Rougon-Macquart d'Émile Zola constituent une entreprise encore plus vaste par le nombre de volumes : le cycle comprend vingt romans, publiés entre 1871 et 1893. Sa construction diffère fondamentalement de celle des Voluptueuses, puisqu'il s'agit d'une vaste histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ; la comparaison porte donc seulement sur l'ampleur de l'entreprise romanesque.
Une comparaison d'une échelle beaucoup plus importante peut être faite avec la Comédie humaine d'Honoré de Balzac. Selon la BnF, Balzac avait conçu un ensemble de 137 titres, dont 46 restèrent à l'état de projet ; la première édition de la Comédie humaine, publiée entre 1842 et 1848, ne comprit finalement que 17 tomes[14],[15]. La Comédie humaine ne constitue naturellement pas un équivalent strict des Voluptueuses : elle rassemble un très grand nombre de romans et de récits dans une architecture littéraire d'une tout autre ampleur. Elle montre néanmoins que les constructions romanesques en plusieurs volumes formaient un phénomène important de la littérature française du XIXe siècle.
À cette échelle, les Voluptueuses apparaissent donc comme une entreprise intermédiaire, mais nullement négligeable. Leur reconstitution bibliographique la plus solide comprend neuf volumes publiés sur quatre années ; sur la base des paginations connues, leur longueur totale peut raisonnablement être estimée à environ trois mille pages[4],[11],[12]. Même si cette estimation devait être révisée lorsque la pagination de tous les exemplaires originaux aura été vérifiée, elle suffit à montrer qu'il ne s'agit pas d'un simple roman érotique isolé.
Le contraste est particulièrement visible avec certaines œuvres érotiques contemporaines publiées en un seul volume. Ainsi, Le Tutu, publié à Paris chez Léon Genonceaux en 1891 sous le pseudonyme de Princesse Sapho, constitue un roman unique d'environ trois cents pages dans l'édition de 1891. Le texte numérisé par Wikisource correspond à l'édition de Genonceaux de 1891 et commence à la page 11, ce qui confirme la structure paginée de l'édition originale ; des catalogues bibliographiques donnent par ailleurs environ 319 pages pour l'ouvrage[16]. Le rapprochement est d'autant plus pertinent que Léon Genonceaux fut directement associé à plusieurs des derniers volumes des Voluptueuses, notamment Phœbé, Fusette, Louvette et Hémine[4].
La différence d'échelle est donc significative : Le Tutu représente un ouvrage isolé d'environ trois cents pages, tandis que les Voluptueuses constituent une série de neuf volumes dont la longueur totale peut être estimée à près de trois mille pages. Cette ampleur matérielle contraste avec leur postérité : alors que les grandes entreprises romanesques du XIXe siècle ont fait l'objet de nombreuses rééditions et ont conservé une place dans l'histoire littéraire, les Voluptueuses ont presque entièrement disparu de la circulation courante et sont aujourd'hui principalement connues par les exemplaires rares conservés dans les collections bibliophiliques[4].
La rareté actuelle de la série est en outre liée, pour certains volumes, à leur histoire matérielle. Le catalogue de Pierre Saunier décrit les neuf volumes comme une réunion exceptionnelle et souligne l'extrême rareté des quatre derniers ; il indique notamment que Hémine fut presque entièrement détruit après sa saisie[4]. La série constitue ainsi un cas particulièrement frappant d'entreprise romanesque de plusieurs milliers de pages dont la transmission matérielle et la postérité littéraire ont été fortement compromises.
Les volumes
[modifier | modifier le code]| # | Titre | Première apparition connue | Éditeur / diffusion | Pagination | Illustrateur ou présentation | État de la documentation | Remarques | Sources |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Isey | 1888 | Félix Brossier [Alphonse Piaget, 1887 ?][17] | — | Couverture illustrée | Attesté | Figure dans les reconstitutions bibliographiques de la série. | [4],[6] |
| 2 | Viviane | fin des années 1880 | Félix Brossier | 353 p. | José Roy | Attesté | Le catalogue Ader décrit un exemplaire portant la mention « Septième édition ». Une édition de Brossier est cataloguée à 353 pages. | [2],[18] |
| 3 | Odile | fin des années 1880 | Félix Brossier | — | José Roy | Attesté | Le catalogue Ader décrit un exemplaire portant la mention « Sixième édition ». | [2] |
| 4 | Fausta | 1889 | Félix Brossier | — | José Roy | Attesté | L'édition originale est décrite par le catalogue Ader ; des exemplaires sur papier de Hollande sont signalés. | [2] |
| 5 | Daphné | 1889 | Félix Brossier | — | José Roy | Attesté | L'édition originale est décrite par Ader ; le titre est également cité parmi les Voluptueuses dans une étude consacrée à l'édition parisienne des années 1890. | [2],[6] |
| 6 | Phœbé | 1890 | Félix Brossier et autres éditions | 339 p. | Couverture illustrée | Attesté | Une édition de 1890 est signalée. La reproduction moderne de l'édition ancienne proposée par Hachette-BnF est donnée à 339 pages. | [4],[19] |
| 7 | Fusette | 1890 | Chez l'auteur / Léon Genonceaux | — | Auguste François-Marie Gorguet | Très rare | Le titre est décrit dans le catalogue Ader et apparaît sous la forme « Fasette » dans le Börsenblatt de 1898. | [2],[10] |
| 8 | Louvette | 1890 | Léon Genonceaux / chez l'auteur | — | Couverture illustrée | Très rare | Le titre figure dans les reconstitutions bibliophiliques et dans le Börsenblatt de 1898. | [4],[10] |
| 9 | Hémine | 1891 | Léon Genonceaux | — | Couverture illustrée | Exceptionnellement rare | Le catalogue Saunier indique que le volume fut presque entièrement détruit après sa saisie ; une source biographique consacrée à Genonceaux évoque également des saisies et destructions importantes. | [4],[9] |
| 10 | La Naïade | 1890 | J.-B. Ferreyrol | — | H. Chartier | Attesté ; appartenance discutée | Le titre est parfois rattaché aux Voluptueuses, mais l'exemplaire décrit par Ader ne porte pas la mention de la série. Il fut saisi et donna lieu à des poursuites. | [2],[8] |
| 11 | Lucine | date inconnue | Inconnu | — | Inconnue | Aucun exemplaire identifié | Le titre est mentionné dans certaines bibliographies, notamment chez Iwan Bloch. Son statut exact demeure inconnu. | [3],[1] |
La liste ci-dessus ne doit donc pas être interprétée comme la preuve de l'existence de onze volumes matériellement attestés. Elle distingue les neuf titres réunis par Saunier, La Naïade, dont l'appartenance à la série est discutée, et Lucine, titre bibliographiquement attesté mais dont aucun exemplaire n'a été identifié dans les sources consultées[4],[2],[3].
La pagination de l'ensemble de la série ne peut pas être établie avec certitude à partir des sources actuellement disponibles. Deux volumes pour lesquels une pagination est directement documentée, Viviane (353 pages) et Phœbé (339 pages), totalisent à eux seuls 692 pages. Ces données montrent que, même sur la base des seuls volumes dont la pagination est connue, l'entreprise représentait une œuvre de grande ampleur ; il serait toutefois excessif d'en déduire un nombre exact de pages pour l'ensemble de la série sans disposer de données comparables pour chacun des volumes[18],[19].
Une œuvre de grande ampleur matérielle
[modifier | modifier le code]Même en ne retenant que les neuf volumes réunis par Saunier, les Voluptueuses représentent une entreprise romanesque d'une ampleur matérielle importante. Les exemplaires connus sont souvent des volumes de plusieurs centaines de pages ; Phœbé, par exemple, est donné à 339 pages dans la reproduction proposée par Hachette BNF, tandis que des catalogues bibliographiques donnent plusieurs centaines de pages pour d'autres volumes de la série[19],[2].
À titre de comparaison, les Rougon-Macquart de Zola comprennent vingt romans publiés entre 1871 et 1893[7].
La comparaison porte uniquement sur l'ampleur sérielle et matérielle, et non sur la nature ou la valeur littéraire des deux entreprises. Les Rougon-Macquart constituent une vaste fresque familiale, sociale et historique, tandis que les Voluptueuses sont centrées sur l'érotisme et la sensualité[7],[4].
Cette différence de postérité est cependant notable. Les Rougon-Macquart ont conservé une place majeure dans l'histoire littéraire et ont fait l'objet de nombreuses éditions, tandis que les Voluptueuses sont aujourd'hui principalement connues par les collections spécialisées, les catalogues bibliophiliques et les travaux consacrés à l'histoire de la littérature érotique et du livre rare[7],[4].
Réception et postérité
[modifier | modifier le code]La série n'a pas acquis une postérité comparable à celle de plusieurs écrivains de la fin du XIXe siècle dont les œuvres ont ensuite été intégrées au canon littéraire. Les Rougon-Macquart, notamment, occupent une place centrale dans l'histoire du roman français[7].
Larocque et ses publications érotiques ont au contraire été progressivement marginalisés. Une étude consacrée conjointement à Jean Larocque et à Léon Genonceaux a été publiée en 1994 par Jean-Jacques Lefrère et Jean-Paul Goujon sous le titre Deux malchanceux de la littérature fin de siècle : Jean Larocque et Léon Genonceaux[20].
La redécouverte de Larocque s'effectue ainsi principalement dans le cadre de l'histoire du livre, de la bibliophilie et de l'étude de la littérature érotique et décadente de la fin du XIXe siècle[20],[4].
La rareté des exemplaires, les saisies judiciaires et la disparition d'une partie des tirages ont contribué à cette marginalisation documentaire. Le cas de Hémine, dont les sources signalent la destruction d'une grande partie du tirage, en constitue l'exemple le plus spectaculaire[4],[9].
Il convient toutefois de ne pas présenter l'absence des Voluptueuses du canon littéraire du XXe siècle comme la conséquence certaine d'une seule cause. Les sources disponibles établissent surtout leur faible postérité et leur redécouverte tardive par les bibliophiles et les historiens du livre ; elles ne permettent pas de démontrer précisément pourquoi les différents mouvements de redécouverte de la littérature érotique du XXe siècle n'ont pas davantage retenu Larocque[20].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 « Jean Larocque (1836-1890) », sur BnF, data.bnf.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 « LAROCQUE (Jean). — Les Voluptueuses », sur Ader (consulté le ), p. 134
- 1 2 3 4 5 6 7 « Iwan Bloch, The Sexual Life of Our Time in Its Relations to Modern Civilization, p. 748 », sur Internet Archive (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 « C'est les bottes de 7 lieues », sur Pierre Saunier (consulté le )
- ↑ « Jean Larocque — Toutes ses œuvres », sur BnF, data.bnf.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Prints Abound: Paris in the 1890s », sur National Gallery of Art (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 « Les Rougon-Macquart », sur Larousse (consulté le )
- 1 2 « Jean Larocque et Ferreyrol à Sainte-Pélagie », sur Livrenblog (consulté le )
- 1 2 3 4 « Nouvelle Biographie Nationale, vol. 9 », sur Académie royale de Belgique (consulté le )
- 1 2 3 4 « Börsenblatt für den Deutschen Buchhandel, 12 décembre 1898 », sur SLUB Dresden (consulté le )
- 1 2 3 « Viviane », sur Google Books (consulté le )
- 1 2 3 « Phœbé. Les Voluptueuses », sur Decitre (consulté le )
- ↑ « Les Mystères de Paris, édition originale, Paris, Charles Gosselin, 1842-1843 », sur ILAB (consulté le )
- ↑ « La Comédie humaine », sur BnF (consulté le )
- ↑ « Oeuvres complètes de M. de Balzac », sur BnF (consulté le )
- ↑ « Le Tutu, mœurs fin de siècle », sur Wikisource (consulté le )
- ↑ Notice ouvrage, catalogue général de la BnF.
- 1 2 « Viviane », sur Google Books (consulté le )
- 1 2 3 « Les voluptueuses : Phoebé », sur Hachette BNF (consulté le )
- 1 2 3 Jean-Jacques Lefrère et Jean-Paul Goujon, Deux malchanceux de la littérature fin de siècle : Jean Larocque et Léon Genonceaux, Tusson, Du Lérot, coll. « D'après nature », , 115 p. (BNF 35745341)