New-England Primer
| Pays | Treize Colonies (actuels États-Unis) |
|---|---|
| Zone de diffusion | Nouvelle-Angleterre, ensemble des Treize Colonies, Grande-Bretagne |
| Langue | anglais |
| Périodicité | Non périodique (ouvrage constamment réédité) |
| Genre | Manuel scolaire, catéchisme puritain, littérature d'enfance et de jeunesse |
| Diffusion | 6000000 ex.(1690–1830 (estimation)) |
| Fondateur | Benjamin Harris |
| Date de fondation | 1687–1690 |
| Date du dernier numéro | 1843 (déclin après les années 1790) |
| Éditeur | Benjamin Harris (édition originale) ; S. Kneeland & T. Green (1727) ; environ 450 imprimeurs différents |
| Ville d’édition | Boston |
Le New-England Primer est le premier manuel scolaire de lecture conçu pour les colonies américaines. Publié pour la première fois à Boston entre 1687 et 1690 par l'imprimeur Benjamin Harris[1], il devient le manuel scolaire le plus utilisé des XVIIe siècle et XVIIIe siècle en Amérique du Nord[2], puis sert de base à l'enseignement scolaire jusqu'aux années 1790. Il procède de l'ouvrage The Protestant Tutor[3], publié par Harris en Angleterre en 1679. Ce livret de poche, long d'une quatre-vingtaine de pages, réunit des maximes religieuses, des illustrations en gravure sur bois, des tableaux alphabétiques, des acrostiches, des catéchismes et des leçons morales, dans le cadre de la tradition calviniste puritaine[3].
Surnommé « la petite Bible de la Nouvelle-Angleterre »[4], le manuel dépasse rapidement le cadre de la Nouvelle-Angleterre pour gagner l'ensemble de l'Amérique coloniale, puis certaines régions de Grande-Bretagne[5]. Entre six et huit millions d'exemplaires sont vendus avant 1830, pour quelque 450 éditions distinctes recensées jusqu'à cette date. À partir de 1790, il cède peu à peu la place aux ouvrages pédagogiques de Noah Webster, en particulier le Blue-Backed Speller[6].
Contexte historique et éducatif
[modifier | modifier le code]À partir de 1630, des groupes de puritains s'installent dans la région de la baie du Massachusetts avec l'objectif explicite de fonder une société conforme aux principes bibliques issus de la Réforme anglaise[7]. La doctrine du sacerdoce universel des croyants, centrale dans la théologie réformée, conduit les puritains à exiger l'alphabétisation de l'ensemble de la population, afin que chacun puisse lire et interpréter les Écritures chrétiennes[7].
Dès 1642, le Massachusetts adopte une loi qui impose l'instruction à la lecture à tous les enfants, domestiques et apprentis[7]. En 1647, le Parlement général du Massachusetts promulgue la loi dite Old Deluder Satan Act, dont le préambule précise que l'ignorance demeure l'outil principal de Satan pour éloigner les hommes de la connaissance des Écritures[8],[7]. Cette loi oblige chaque bourg de plus de cinquante familles à engager un maître d'école, tandis que les bourgs de plus de cent familles doivent créer une école de grammaire latine pour préparer les jeunes hommes à entrer à Harvard[7]. Ce cadre législatif exceptionnel, sans équivalent en Amérique à cette époque, prépare l'accueil d'un manuel scolaire standardisé, abordable, portatif et conforme à la vision du monde dominante[7].
Au XVIIe siècle, les seuls outils pédagogiques disponibles dans la plupart des écoles coloniales sont la corne à lire — une feuille portant l'alphabet, montée sur une planche de bois et protégée par une fine couche de corne transparente — et la Bible, importée d'Angleterre[7],[9]. Ces ressources ne suffisent pas aux ambitions éducatives des colonies. La Nouvelle-Angleterre attend donc un manuel spécialement conçu pour les conditions locales, rôle que le New-England Primer remplit[7].
Historique de publication
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Benjamin Harris est un imprimeur, éditeur et journaliste britannique, fervent anabaptiste et whig, connu pour ses pamphlets virulents contre le catholicisme publiés à Londres[10]. En 1679, il publie à Londres le Protestant Tutor (Le précepteur protestant), un ouvrage destiné à enseigner l'orthographe et la lecture aux enfants tout en les formant à la foi protestante, notamment contre les « iniquités » du papisme[10],[11]. À la suite du complot papiste révélé par Titus Oates en 1678, Harris est condamné à des amendes et emprisonné à plusieurs reprises en raison de ses publications jugées séditieuses[10].
En 1686, Harris quitte l'Angleterre pour Boston afin d'échapper à la brève ascendance catholique sous Jacques II[12]. Il y ouvre une librairie et un café populaire — le London Coffee House, situé à l'intersection des rues Washington et Court — où il imprime et vend des livres[13]. C'est dans ce contexte qu'il publie, avant 1690, le New-England Primer, qu'il adapte de son Protestant Tutor en atténuant fortement la virulence politique de l'original pour en faire un véritable manuel scolaire[10],[14]. Il publie également, le , le Publick Occurrences Both Forreign and Domestick, premier journal multi-pages des colonies britanniques d'Amérique, aussitôt supprimé par les autorités coloniales après un seul numéro[15].
Aucun exemplaire de la première édition (1687-1690) ni de la deuxième édition (1691) ne survit[2]. Ces éditions ne sont connues que par une publicité pour la deuxième édition de Harris, parue en 1691 dans le News from the Stars de Henry Newman, publié à Boston, et qui permet de supposer l'existence d'une édition antérieure[12]. L'exemplaire le plus ancien connu à ce jour est l'édition de 1727, publiée à Boston par S. Kneeland et T. Green sous le titre New-England Primer Enlarged, conservée à la Bibliothèque publique de New York[16],[12]. En 1995, la Société américaine des antiquaires acquiert l'un des deux exemplaires les plus anciens connus, daté de 1727 lui aussi, dans un état très dégradé qui témoigne de l'usage intensif qu'en faisaient les enfants de l'époque[17].
Selon le bibliographe Charles F. Heartman, dont le check-list de 1934 répertorie les éditions publiées entre 1727 et 1830, plusieurs milliers d'exemplaires du Primer ont sans doute été imprimés avant 1727, mais aucun n'a survécu[18]. Harris retourne à Londres en 1695, où il continue à publier des ouvrages jusqu'à sa mort, notamment une dernière édition du Protestant Tutor en 1716[10],[11].
Contenu et structure
[modifier | modifier le code]Principes pédagogiques et alphabet rimé
[modifier | modifier le code]Le New-England Primer s'organise pour offrir une progression pédagogique cohérente, de l'initiation à l'alphabet jusqu'à des textes plus complexes destinés à la mémorisation[7]. Il reprend des principes pédagogiques illustrés de Jan Amos Comenius, notamment de l'Orbis Pictus (1658), premier manuel illustré pour enfants diffusé à grande échelle, qui associe des images à des textes pour enseigner le vocabulaire et les notions fondamentales[7]. Harris inscrit cette tradition dans un contenu à forte teneur religieuse, avec des gravures sur bois grossières, afin d'enseigner la lecture tout en favorisant la mémorisation par cœur de la doctrine calviniste[7].
L'apprentissage débute par les lettres de l'alphabet, les voyelles et les consonnes, puis les syllabes simples (de deux à six lettres), avant de passer à des phrases entières destinées à la mémorisation[16],[19]. Les thèmes du péché, de la mort, du châtiment, du salut et du respect de l'autorité traversent l'ensemble de l'ouvrage, sous forme de distiques rimés, de poèmes, de prières et de citations bibliques[7]. Le distique associé à la lettre F en donne un bon exemple : « The idle fool / Is whipt at school » (« L'imbécile paresseux / Est fouetté à l'école »)[7].
L'élément le plus caractéristique du Primer est la série de distiques rimés qui associent chaque lettre de l'alphabet à une leçon religieuse ou morale, avec une illustration en gravure sur bois[18]. Le distique pour la lettre A ne change jamais d'une édition à l'autre : « In Adam's fall / We sinned all » (« Par la chute d'Adam / Nous avons tous péché »), affirmation centrale du dogme du péché originel dans la théologie puritaine[7]. Ces distiques forment la matrice par laquelle les enfants apprennent en même temps l'alphabet et les fondements de la foi réformée[18].
Contenu catéchétique et moral
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Le New-England Primer comporte, selon les éditions, une ou deux sections catéchétiques distinctes[7]. Certaines versions contiennent la confession de foi de Westminster abrégée (1647), adoptée par les presbytériens, les congrégationalistes et les baptistes ; d'autres incluent le catéchisme de John Cotton, connu sous le titre Spiritual Milk for Boston Babes (1656) ; certaines versions réunissent les deux[7],[20]. Ces textes transmettent les réponses aux grandes questions théologiques : « Quelle est la principale fin de l'homme? », « Qu'est-ce que la foi en Jésus-Christ? », ou encore « Quel est le premier commandement? »[21].
Les diverses adaptations du manuel incluent aussi le Notre Père, le symbole des Apôtres, les dix commandements, plusieurs prières et hymnes, parmi lesquels la célèbre prière du soir pour enfants « Now I Lay Me Down to Sleep » (« Maintenant je vais dormir »), intégrée dans certaines éditions dès 1749[22],[23]. Certaines éditions contiennent aussi le récit du martyre de John Rogers, premier protestant brûlé au bûcher sous Marie Ire d'Angleterre en 1554, accompagné d'une gravure qui montre son supplice tandis que sa femme et ses enfants assistent à la scène[7]. Le manuel comprend également une section syllabaire qui conduit l'élève de la lecture des syllabes de deux lettres à celles de six lettres, puis vers une lecture autonome[24].
Diffusion et éditions
[modifier | modifier le code]Entre 1680 et 1830, le New-England Primer connaît une diffusion sans précédent pour un ouvrage scolaire en Amérique du Nord. On estime que six à sept millions d'exemplaires sont imprimés au cours de cette période, dont environ 2 000 000 au cours du seul XVIIIe siècle[12]. Le nombre d'éditions recensées par les bibliographes atteint environ 450 avant 1830[7]. Malgré cette diffusion massive, moins de 1 500 exemplaires ont survécu jusqu'à nos jours, ce qui témoigne de l'usage intensif et prolongé que les enfants faisaient de ces manuels, véritables « lus jusqu'à la mort » selon l'expression des bibliographes de l'époque[12],[7],[2].
Le Primer est décrit par le bibliographe Charles F. Heartman comme une « institution à part entière », présente « dans toutes les librairies des villes et dans les épiceries générales des villages » comme la marchandise la plus courante après la Bible[18],[5]. Il circule bien au-delà de la Nouvelle-Angleterre, dans l'ensemble des colonies américaines et jusqu'en Grande-Bretagne[7]. La diversité de ses imprimeurs — qui, en l'absence de droit d'auteur, reproduisent et adaptent librement le texte selon les besoins locaux — contribue à cette diffusion exceptionnelle[25].
Éditions notables
[modifier | modifier le code]| Année | Lieu d'impression | Imprimeur/Éditeur | Particularités notables |
|---|---|---|---|
| vers 1690 | Boston | Benjamin Harris | Première édition connue (aucun exemplaire conservé) |
| 1691 | Boston | Benjamin Harris | Deuxième édition (connue par une publicité, aucun exemplaire conservé) |
| 1727 | Boston | S. Kneeland & T. Green | Exemplaire le plus ancien conservé (Bibliothèque publique de New York)[16] |
| 1749 | Boston | Divers | Incorporation de la prière Now I Lay Me Down to Sleep[22] |
| 1777 | Boston | Divers | Portrait gravé de John Hancock en tant que président du Congrès continental en remplacement de l'image du roi George III ; édition la plus courante aujourd'hui[26] |
| vers 1781-1790 | Boston | Edward Draper (pour Benjamin Larkin) | Édition rare contenant un portrait gravé de George Washington, attribué à Paul Revere[18] |
| 1781 | Diverses régions | Divers | Indian Primer : adaptation bilingue en langues mohawk et anglaise[7] |
| 1790 | Diverses régions | Divers | Édition où la littératie est présentée comme voie vers la sécurité financière, non plus exclusivement comme voie vers le salut éternel[7] |
| 1819 | Diverses régions | Divers | Distique de la lettre K remplacé par : « 'Tis youth's delight / To fly their kite » (valorisation du jeu)[7] |
| 1843 | Boston | Cramer & Spear, puis autres | Dernières grandes éditions commerciales[27] |
Évolution du contenu
[modifier | modifier le code]Le contenu du New-England Primer varie fortement d'une édition à l'autre pour refléter les transformations politiques et idéologiques de l'Amérique coloniale puis post-révolutionnaire, tout en conservant ses éléments centraux, à savoir l'alphabet illustré et le catéchisme[7]. Avant l'indépendance américaine, le distique associé à la lettre K se lit : « Our king the good / No man of blood » (« Notre bon roi / Homme de paix »). Après l'indépendance, ce distique devient : « The British king / Lost states thirteen » (« Le roi britannique / Perdit treize États »), puis, dans les éditions ultérieures : « Queens and kings / Are gaudy things » (« Reines et rois / Sont choses vaines »)[7]. La modification politique la plus visible survient en 1776, lorsque l'image du roi George III reçoit simplement le nom de John Hancock[7],[28].
Le Grand réveil, mouvement de renouveau religieux qui traverse les colonies américaines dans les années 1720, 1730 et 1740, imprime aussi des changements notables au contenu du Primer[7]. Sous son influence, l'accent mis sur la colère divine et la punition recule au profit de l'amour de Dieu et de la grâce. Cela se traduit notamment par le remplacement du distique de la lettre C — « The cat does play / And after slay » (« Le chat joue / Et puis tue ») — par : « Christ crucify'd / For sinners dy'd » (« Christ crucifié / Pour les pécheurs mourut »)[7]. Des prières et des hymnes supplémentaires apparaissent dans certaines éditions, parmi lesquels le « Cradle Hymn » (« Cantique du berceau ») de l'hymnographe anglais Isaac Watts[7].
À mesure que l'éducation morale se sécularise dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, les représentations de la punition divine s'adoucissent dans les éditions successives du Primer[7]. La menace du feu consumant comme châtiment laisse place, dans certaines versions tardives, à celle d'une privation de friandises[7],[6]. Des questions catéchétiques à coloration civique et nationale, telles que « Qui a sauvé l'Amérique? » ou « Qui a trahi l'Amérique? », côtoient désormais les questions théologiques traditionnelles dans certaines éditions post-révolutionnaires[21].
Analyse de la ligne éditoriale
[modifier | modifier le code]Le New-England Primer unit l'apprentissage de la lecture à une instruction religieuse systématique, dans la tradition calviniste puritaine de la Nouvelle-Angleterre. Sa ligne éditoriale repose sur le principe du sacerdoce universel, qui fait de la lecture des Écritures une exigence pour l'ensemble des fidèles[7].
L'ouvrage enseigne l'alphabet et la syllabation, et il transmet en même temps une morale fondée sur le péché, la mort, le châtiment, le salut et le respect de l'autorité[7]. Cette double fonction s'incarne dans des distiques rimés, associés à chaque lettre et accompagnés de gravures sur bois[18].

Ces distiques constituent la matrice par laquelle l'enfant apprend à lire et mémorise les fondements de la foi réformée[18]. Le distique de la lettre A, invariable, énonce : « In Adam's fall / We sinned all », affirmation du dogme du péché originel[7]. Celui de la lettre F associe discipline et sanction : « The idle fool / Is whipt at school »[7].
Le contenu doctrinal s'organise autour de catéchismes reconnus : la Confession de foi de Westminster, abrégée, et le Spiritual Milk for Boston Babes de John Cotton, présents selon les éditions séparément ou conjointement[7]. Le manuel intègre également le Notre Père, le Symbole des Apôtres, les Dix Commandements et des prières usuelles, dont la prière du soir « Now I Lay Me Down to Sleep », attestée dès l'édition de 1749[22]. Certaines éditions ajoutent le récit illustré du martyre de John Rogers, exécuté en 1554 sous Marie Ire d'Angleterre[7].
La progression pédagogique va des lettres aux syllabes de deux à six lettres, puis à des phrases destinées à la récitation[16]. Le Primer reprend le principe de lOrbis Pictus de Comenius (1658), qui associe image et texte, mais il l'applique à une matière à forte densité religieuse, au moyen de gravures sur bois rudimentaires destinées à favoriser la mémorisation de la doctrine calviniste[7].
La ligne éditoriale conserve son noyau alphabétique et catéchétique, mais elle s'adapte aux évolutions politiques et religieuses[7]. Avant l'indépendance, le distique de la lettre K célèbre le roi (« Our king the good / No man of blood ») ; après 1776, il devient une dénonciation (« The British king / Lost states thirteen »), puis une formule anti-monarchique (« Queens and kings / Are gaudy things »)[7]. L'iconographie évolue parallèlement, avec le remplacement du portrait de George III par celui de John Hancock[7]. Sous l'influence du Grand réveil, l'accent mis sur la colère divine recule : le distique C « The cat does play / And after slay » est remplacé par « Christ crucify'd / For sinners dy'd »[7]. Dans les éditions de la fin du XVIIIe siècle, la sécularisation de l'éducation morale atténue les menaces eschatologiques et substitue parfois à la peur du feu éternel celle d'une privation de friandises[7]. Des questions à coloration civique, comme « Qui a sauvé l'Amérique? », apparaissent alors aux côtés des questions théologiques traditionnelles[21].
Les historiens de l'éducation analysent cette ligne éditoriale comme une construction qui présente l'enfant comme marqué par le péché originel et qui mobilise la figure divine comme instrument de soumission à l'autorité religieuse et politique de la Nouvelle-Angleterre[7].
Héritage et postérité
[modifier | modifier le code]Le New-England Primer marque durablement l'histoire de l'éducation en Amérique du Nord pendant plus d'un siècle et demi. Il figure, selon les historiens de l'éducation, parmi les facteurs déterminants de la diffusion de la alphabétisation dans les colonies britanniques d'Amérique et de la standardisation d'un enseignement scolaire commun[7],[29]. Le manuel reflète les normes de la culture puritaine et contribue aussi à leur maintien dans la pensée américaine des premières générations[7]. Des générations de figures marquantes de l'histoire américaine, dont plusieurs pères fondateurs, apprennent à lire et à écrire à partir de cet ouvrage[30].
Noah Webster, qui remplace progressivement le Primer dans les écoles américaines à partir de 1790, lui rend néanmoins hommage en déclarant : « Il a appris à des millions de personnes à lire, et à aucune à pécher »[31]. Le New-England Primer reste utilisé dans certaines régions jusqu'au début du XXe siècle, bien que son influence décline rapidement après l'adoption généralisée du Blue-Backed Speller de Webster puis des manuels de William Holmes McGuffey[26].
Malgré son influence considérable, le Primer suscite aussi des critiques. Les historiens de l'éducation soulignent notamment qu'il présente les enfants comme fondamentalement corrompus par le péché originel et qu'il emploie la figure de Dieu comme instrument de soumission à l'autorité politique et religieuse de la Nouvelle-Angleterre[7]. Ces traits s'inscrivent dans la logique de la doctrine puritaine de la corruption naturelle de l'enfant, héritée du calvinisme[7].
Le bibliographe Paul Leicester Ford publie en 1897 un ouvrage de référence sur l'histoire et le développement du New-England Primer, avec une réimpression de la première édition connue et de nombreuses illustrations en fac-similé. Cet ouvrage, première étude systématique du sujet, reste une référence majeure pour les chercheurs. Plus récemment, l'historien Kyle B. Roberts, spécialiste de l'Amérique coloniale, propose en 2010 une réévaluation bibliographique du Primer, qui lui vaut le prix Schiller de la Bibliographical Society of America pour les travaux bibliographiques sur les livres pour enfants antérieurs au XXe siècle[32],[17].
Les exemplaires conservés du Primer offrent une source précieuse aux historiens de l'éducation et de la philosophie morale américaine, car les variations d'une édition à l'autre permettent de suivre l'évolution des mentalités collectives et des valeurs éducatives depuis l'ère puritaine jusqu'à la période post-révolutionnaire[7]. La rareté des exemplaires anciens — due à l'usage intensif par plusieurs générations d'enfants — montre aussi la place centrale de ce manuel dans la vie quotidienne des foyers coloniaux[16].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Ford 1897, p. 17.
- 1 2 3 Ford 1897, p. 20.
- 1 2 Ford 1897, p. 16.
- ↑ Ford 1897, p. 1.
- 1 2 Ford 1897, p. 18-19.
- 1 2 Ford 1897, p. 47.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 (en) « The New-England Primer », sur Encyclopædia Britannica (consulté le )
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- ↑ (en) John Cotton, « Milk for Babes. Drawn Out of the Breasts of Both Testaments », sur DigitalCommons@University of Nebraska-Lincoln, Paul Royster, (consulté le )
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- 1 2 3 (en) « The New England Primer », sur Encyclopædia Britannica, Britannica Kids (consulté le )
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- ↑ (en) E. Jennifer Monaghan, Learning to Read and Write in Colonial America, Amherst, University of Massachusetts Press, (ISBN 978-1-55849-581-4)
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- ↑ (en) « The New England Primer », sur Keely Keith (consulté le )
- ↑ (en) Kyle B. Roberts, « Rethinking The New-England Primer », The Papers of the Bibliographical Society of America, vol. 104, no 4, , p. 489-523 (DOI 10.1086/680973)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Paul Leicester Ford, The New-England Primer: A History of Its Origin and Development, New York, Dodd, Mead and Co., (lire en ligne)
- (en) E. Jennifer Monaghan, Learning to Read and Write in Colonial America, Amherst, University of Massachusetts Press, (ISBN 978-1-55849-581-4)
- (en) Kyle B. Roberts, « Rethinking The New-England Primer », The Papers of the Bibliographical Society of America, vol. 104, no 4, , p. 489-523 (DOI 10.1086/680973)
- (en) Lawrence A. Cremin, American Education: The Colonial Experience, 1607–1783, New York, Harper & Row,