Nyanza
| Nyanza | ||
Ancien palais royal | ||
| Administration | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Province | Province du Sud | |
| District | Nyanza | |
| Démographie | ||
| Population | 56 679 hab. (2005) | |
| Géographie | ||
| Coordonnées | 2° 21′ sud, 29° 45′ est | |
| Localisation | ||
| Géolocalisation sur la carte : Rwanda
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Nyanza est une ville du Rwanda dans la province du Sud, située à environ trente kilomètres au nord de Butare et à une centaine de kilomètres au sud de Kigali.
De 1899 à 1962, elle est la capitale royale[note 1] du royaume du Rwanda et la dernière résidence de la monarchie rwandaise.
Après l'indépendance de 1962, la ville est renommée Nyabisindu avant d'être de nouveau couramment désignée sous son nom historique de Nyanza[note 2].
En 1994, durant le génocide des Tutsi, elle est à la fois le lieu d'une résistance locale, mais aussi celui de massacres commis après la prise de contrôle par les autorités génocidaires.
Au XXIe siècle, Nyanza constitue l'un des principaux centres historiques et patrimoniaux du pays, grâce au palais royal de Rukari, au mausolée royal de Mwima et au mémorial du génocide de Nyanza.
Histoire
[modifier | modifier le code]Période coloniale
[modifier | modifier le code]En 1899, alors que le Rwanda est sous protectorat allemand, le mwami Yuhi V établit durablement sa cour à Nyanza, qui devient la capitale royale du royaume du Rwanda[note 1][5],[3],[6]. Le site de Nyanza a cependant déjà été utilisé comme résidence royale avant l'établissement définitif de la cour de Yuhi V[3]. La capitale royale de Nyanza est la dernière construite selon le modèle traditionnel des capitales itinérantes du royaume[6].
En 1905, la première école de type occidentale est créé à Nyanza par les Pères blancs[7].
Après le retrait allemand du Rwanda au début de 1916, les troupes belges venues du Congo avancent dans le pays et prennent Nyanza en , marquant le début d'une nouvelle période coloniale[8].
En 1922, selon le missionnaire E. von der Heyden, environ dix mille notables et serviteurs vivent à Nyanza ou ces environs pour servir la cour royale [9]. La résidence de Yuhi V est décrite comme un vaste complexe comprenant des dizaines de bâtiments en chaume soigneusement entretenus, reliés entre eux par un dédale d'enceintes et de passages[9],[6], où le mwami reçoit quotidiennement les plaintes et les requêtes de ses notables à l'entrée de sa résidence[10].
En , les autorités coloniales belges convoquent les chefs rwandais à Nyanza, où elles destituent le mwami Yuhi V et installent son fils Rudahigwa, qui règne sous le nom de Mutara III[11].
En 1935, les Pères blancs établissent une mission catholique à Nyanza[12].
En 1937, Mutara III inaugure l'usine laitière de Nyabisindu, présentée par Maurice Mugabowagahunde comme la première laiterie industrielle du Rwanda[13].
En 1946, Mutara III consacre le Rwanda au Christ-Roi dans l'église du Christ-Roi de Nyanza[12],[14].
Nyanza reste la capitale royale jusqu'à l'indépendance en 1962[4].
La ville de Nyanza est renommée Nyabisindu après l’indépendance, afin d'effacer son passé royal[note 2][15]. Aimable Twagilimana situe ce changement durant le régime de Juvénal Habyarimana[4], mais le nom Nyabisindu est déjà attesté dès 1963 dans les sources historiques, lors des élections communales organisées dans la préfecture de Butare, pour désigner la cité royale[16].
Génocide des Tutsis
[modifier | modifier le code]En 1994, durant le génocide des Tutsis, Nyanza, alors appelée Nyabisindu[note 2], est l'une des communes de la préfecture de Butare où la résistance aux massacres est la plus organisée[17]. Son bourgmestre Jean-Marie-Vianney Gisagara, un Hutu membre du Parti social-démocrate (PSD), s'oppose aux massacres visant les Tutsi avant d'être tué.
Après la disparition de Gisagara, le sous-préfet Gaëtan Kayitana prend en charge la mise en œuvre du génocide dans les communes de Nyabisindu et Ntyazo. Selon Alison Des Forges, il dirige le massacre de milliers de personnes au stade de Nyabisindu et dans ses environs[18].
Selon André Guichaoua, la laiterie de Nyabisindu figure parmi les établissements publics et entreprises contrôlés par le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) ayant recruté des candidats pour l'entraînement militaire des Interahamwe[19]. Il indique également que l'entreprise a organisé des groupes armés et rémunérés destinés au maintien de l'ordre, « sinon de la terreur »[20].
XXIe siècle
[modifier | modifier le code]Dans les sources contemporaines, la ville est désormais désignée sous son nom historique de Nyanza[4].
Lors de la réforme administrative du plusieurs secteurs issus de l’ancienne commune de Kigoma sont rattachés à Nyanza, située dans la province de Butare nouvellement créé par la même loi[21].
Depuis la réforme administrative de 2006, qui vise à restructurer le territoire rwandais, Nyanza donne son nom au district de Nyanza, dont le secteur de Busasamana accueille le chef-lieu de la province du Sud[22],[23],[24].
Patrimoine
[modifier | modifier le code]Le palais royal de Rukari constitue l’un des principaux ensembles patrimoniaux de Nyanza. Construit en 1931 sur la colline de Rukari par l'administration belge[15], intégré depuis au musée du Palais royal de Nyanza, il mit fin à la tradition des capitales royales[note 1],[15], et servit de résidence aux deux derniers mwamis Mutara III Rudahigwa et Kigeli V Ndahindurwa[4]. Le musée du palais Royal est aussi doté d'une reconstitution de la capitale royale[note 1][25], construit à proximité du palais Royal, faute d'espace sur la colline historique de Nyanza[26].
Sur la colline de Mwima[27], se trouve le mausolée royal de Mwima, où reposent le mwami Mutara III, son épouse, Rosalie Gicanda et le roi Kigeli V[25],[28],[29].
La ville abrite aussi le Mémorial du génocide de Nyanza.
Administration
[modifier | modifier le code]Nyanza accueille une des chambres détachées de la Haute cour du Rwanda, dont le siège est à Kigali[30]. Depuis 2018, elle abrite une chambre spécialisée dans les crimes internationaux et transnationaux, compétente pour traiter des affaires transférées par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et le mécanisme résiduel international[31].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 Les travaux d'historiens, dont ceux de Jan Vansina, soulignent que le royaume du Rwanda ne disposait pas de capitale fixe au sens européen du terme. Les capitales royales désignent les résidences successives du mwami et de sa cour (ibwami), qui se déplaçaient entre différents sites (ingoro ou umurwa) choisis selon les traditions politiques et rituelles[1],[2]. Dans ce cadre, Nyanza avait déjà été utilisée ponctuellement comme résidence royale avant 1899[3].
- 1 2 3 Au XXIe siècle, la ville renommée Nyabisindu après l'indépendance et durant le régime de Juvénal Habyarimana est de nouveau désignées sous le nom de Nyanza dans les sources contemporaines[4].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Vansina 2004, p. 62-66.
- ↑ Ishizawa et Karangwa 2021, p. 63,72.
- 1 2 3 (en) Annalisa Bolin et David Nkusi, « Rwandan solutions to Rwandan problems: Heritage decolonization and community engagement in Nyanza District, Rwanda » [« Solutions rwandaises aux problèmes du Rwanda : Héritage, décolonisation et engagement communautaire dans le district de Nyanza, Rwanda »], Journal of Social Archaeology, vol. 22, no 1, , p. 3-25 (DOI 10.1177/14696053211053974, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Twagilimana 2015, p. 175.
- ↑ Des Forges 2011, p. 27.
- 1 2 3 Ishizawa et Karangwa 2021, p. 63.
- ↑ Mamdani 2001, p. 89.
- ↑ Carney 2014, p. 29.
- 1 2 Des Forges 2011, p. 184.
- ↑ Des Forges 2011, p. 74.
- ↑ Carney 2014, p. 36.
- 1 2 Ishizawa et Karangwa 2021, p. 68.
- ↑ « Le pays où les gens vont dans les bars pour boire du lait »
, sur BBC, (consulté le ) - ↑ Carney 2014, p. 16.
- 1 2 3 Ishizawa et Karangwa 2021, p. 72.
- ↑ Piton 2021, p. 133.
- ↑ Des Forges 2011, p. 743.
- ↑ Des Forges 1999, p. 744-745.
- ↑ Guichaoua 2015, p. 136.
- ↑ Guichaoua 2015, p. 142.
- ↑ « La contribution des coopératives agricoles à la réduction de la pauvreté en milieu rural au Rwanda »
, sur Université du Québec, (consulté le ) - ↑ (en) « Census Atlas: Administrative Structure »
, sur National Institute of Statistics of Rwanda, (consulté le ) - ↑ (en) « Rwanda Subdivisions »
, sur Statoids (consulté le ) - ↑ « Journal Officiel de la République du Rwanda, n° 19 »
, sur gazettes.africa, (consulté le ) - 1 2 Ishizawa et Karangwa 2021, p. 75.
- ↑ Ishizawa et Karangwa 2021, p. 78.
- ↑ « Mwima »
, sur geoview.info (consulté le ) - ↑ « Mwima Mausoleum »
, sur Google Arts & Culture (consulté le ) - ↑ « Reportage au Rwanda : des centaines de personnes aux funérailles du roi Kigeli V »
, sur Radio France Internationale, (consulté le ) - ↑ (en) « Courts structure »
, sur judiciary.gov.rw (consulté le ) - ↑ « International crimes High Court chamber inaugurated in Nyanza »
, sur The New Times, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Jean-Claude Klotchkoff (et al.), « Nyanza », in Le Rwanda aujourd'hui, Éditions du Jaguar, Paris, 2008 (2e éd.), p. 128-133 (ISBN 978-2-86950-422-6)
- Bernard Lugan, « Nyanza : une capitale royale du Rwanda ancien », Africa-Tervuren, 1980, XXVI-4, 15 p.
- (en) Aimable Twagilimana, Historical Dictionary of Rwanda, Lanham, Rowman & Littlefield, , 310 p. (ISBN 978-1-4422-5591-3, lire en ligne).

- (en) Jan Vansina, Antecedents to Modern Rwanda : The Nyiginya Kingdom, Madison, University of Wisconsin Press, coll. « Africa and the Diaspora », , 354 p. (ISBN 0-299-20120-1 et 0-299-20124-4).

- (en) Alison Des Forges, Leave None to Tell the Story : Genocide in Rwanda, New York, Human Rights Watch, , 789 p. (ISBN 1-56432-171-1, lire en ligne).

- (en) Alison Des Forges, Defeat Is the Only Bad News : Rwanda under Musinga, 1896–1931, Madison, University of Wisconsin Press, coll. « Africa and the Diaspora », , 336 p. (ISBN 978-0-299-28144-1 et 978-0-299-28143-4)
- (en) Maya Ishizawa et Jérôme Karangwa, Analysis of Case Studies in Recovery and Reconstruction, ICOMOS et ICCROM, , 60-89 p. (ISBN 978-92-9077-305-4, lire en ligne).

- (en) J.J. Carney, Rwanda Before the Genocide : Catholic Politics and Ethnic Discourse in the Late Colonial Era, New York, Oxford University Press, , 343 p. (ISBN 978-0-19-998227-1, lire en ligne).

- Florent Piton, Le génocide des Tutsi du Rwanda, Paris, La Découverte, coll. « Repères », , 282 p. (ISBN 978-2-7071-9068-0, lire en ligne).

- (en) Mahmood Mamdani, When Victims Become Killers : Colonialism, Nativism, and the Genocide in Rwanda, Princeton, Princeton University Press, , 372 p. (ISBN 0-691-05821-0, lire en ligne).
