Républicains modérés
| Républicains modérés | |
| Présentation | |
|---|---|
| Président | Jules Dufaure Jules Grévy Jules Ferry Jean Casimir-Perier Pierre Waldeck-Rousseau |
| Fondation | |
| Fusion de | Républicains modérés |
| Disparition | |
| Scission dans | Association nationale républicaine (1888) Républicains progressistes (1898) |
| Fusionné dans | Alliance démocratique |
| Siège | Paris, |
| Positionnement | Gauche à centre droit (selon les années et les tendances) |
| Idéologie | Républicanisme Opportunisme Progressisme Nationalisme civique Libéralisme classique Libéralisme français Colonialisme Laïcisme Anticléricalisme |
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Les « républicains modérés » ou « modérés », aussi appelés « républicains opportunistes » ou « républicains de gouvernement », sont en France, au cours de la première moitié de la Troisième République, un courant politique républicain initialement considéré comme étant de gauche, et qui est à l'origine de certaines idées de la gauche mais aussi de la droite républicaine et libérale d'aujourd'hui. Le mot a été essentiellement utilisé sous la IIIe République et la IVe République (de Jules Ferry à Paul Reynaud).
De l'origine du mot « modéré »
[modifier | modifier le code]Le mot « modéré », certainement apparu au tout début de la IIIe République, vient de l'expression « républicains modérés », par contraste avec l'autre tendance républicaine : les « républicains radicaux », qui sont plus catégoriques dans la lutte anticléricale. Les modérés représenteraient plutôt la moyenne bourgeoisie libérale, et les radicaux, la petite bourgeoisie, en rivalité, à leur gauche, avec le mouvement ouvrier et socialiste.
À la création de la IIIe République, le parlement est divisé entre républicains radicaux (siégeant à l'extrême gauche), républicains modérés (siégeant à gauche), monarchistes ralliés à la République (libéraux, centre gauche), monarchistes orléanistes, monarchistes légitimistes et bonapartistes (ces trois derniers groupes représentant la droite).
Dans les années 1880-1910, avec la progression du nombre de députés radicaux, puis radicaux-socialistes, puis socialistes (à partir de 1885), les modérés sont poussés vers la droite de l'hémicycle. D'autant que, dans le même temps, les bancs de droite sont libérés par la quasi-disparition des députés monarchistes et bonapartistes.
Pour autant, les républicains modérés continuent toujours à siéger dans des groupes parlementaires rappelant leur origine : républicains de gauche, gauche républicaine, gauche démocratique, etc. Après la Libération, une partie des modérés se regroupe encore dans une confédération appelée le Rassemblement des gauches républicaines (RGR), bien qu'il s'agisse clairement de républicains de centre-droit.
Histoire des modérés
[modifier | modifier le code]Le temps de Jules Ferry et Léon Gambetta
[modifier | modifier le code]Au début de la IIIe République, les Républicains modérés sont divisés, au Parlement, en deux tendances : le groupe de la Gauche républicaine de Jules Ferry, père de l'école laïque et promoteur de la colonisation, qui a une approche plus philosophique en liaison avec les idées des Lumières, et l'Union républicaine de Gambetta, un pragmatique, qui est un peu plus libéral et social et affirme avoir vocation à représenter « le Français moyen ». Dès 1876, une partie des plus radicaux rompent avec le gouvernement républicains, formant alors le groupe Extrême gauche, sous la direction de Louis Blanc.
Les républicains considèrent que le régime ne pourrait se consolider que par étapes successives. Pour les « modérés », l'équilibre du nouveau régime repose sur une alliance tacite entre la paysannerie rurale et la petite bourgeoisie urbaine, qui représente la majorité de la société et qu'il n'est pas opportun de contrarier[réf. souhaitée]. Ce mouvement domine la vie politique française de 1876 aux années 1890.
Les républicains opportunistes rompent avec les radicaux, qui prônent des changements profonds et immédiats de la société, après l'échec du gouvernement Gambetta, ce qui engendre des débats beaucoup plus tendus au Parlement, en particulier avec Georges Clemenceau. De plus, le groupe de la Gauche républicaine se reforme en groupe parlementaire avec une organisation plus stricte sous le nom d'Union démocratique[1]. Pour contrer l'Union des droites aux élections législatives de 1885, l'ensemble des « modérés » se regroupent au second tour au sein de l’alliance de l’Union des gauches en incorporant aussi le groupe de Centre gauche. Cette alliance de « défense républicaine » l’emporte et les républicains obtiennent une majorité à la Chambre[2]. Leur politique, qualifiée péjorativement d'« opportuniste », permet l'enracinement de la République dans le pays, et l'essentiel du programme du mouvement est mis en œuvre. Lors des élections législatives de 1893, le groupe d'Union des gauches se transforme en Groupe des républicains de gouvernement mais dès 1894, avec la politique d'apaisement à l'égard des catholiques ralliés à la République et à l'affaire Dreyfus, l'aile gauche gambettiste fait scission et forme l'Union progressiste[3] mais reste un groupe ouvert jusqu'en 1896 comptant plusieurs radicaux et des membres des républicains de gouvernements[4] et rentre dans l'opposition face aux progressistes de Jules Méline en 1898.
Alliance démocratique et Fédération républicaine
[modifier | modifier le code]Après 1899 et l'échec du Grand cercle républicain, les modérés, poussés à la droite de l'hémicycle, se divisent en deux partis politiques, et encore ont-ils du mal à imposer des lignes vraiment homogènes face à la tout-puissance des groupes parlementaires et des élus.
L'aile gauche des modérés, favorable à l'alliance avec le Parti radical-socialiste au sein du gouvernement Waldeck-Rousseau, forme l'Alliance républicaine démocratique (1901-1954). L'aile droite des modérés, réunie au sein des Républicains progressistes, est opposée au gouvernement Waldeck-Rousseau et plus encore au Bloc des gauches, et forme la Fédération républicaine (1903-1948).
L'ARD et la FR sont les deux grands partis de la droite républicaine de la seconde moitié de la IIIe République. L'Alliance républicaine démocratique, de tradition libérale, laïque et centriste, est un vivier de présidents de la République, de présidents du Conseil, de ministres. La Fédération républicaine, également libérale mais bien plus conservatrice et inclinée à droite, absorbe les catholiques ralliés à la République de l'Alliance libérale populaire et connaît sur son aile droite une orientation nationaliste dans les années 1930, un nombre croissant de ses membres préférant alors le terme de « national » à celui de « modéré ».
Les indépendants sous les IVe et Ve Républiques
[modifier | modifier le code]L'entrée dans la Quatrième République est difficile pour les modérés appelés désormais « indépendants ». En effet, ils sont considérés comme responsable de l'échec de la IIIe République et un certain nombre de cadres issus de cette mouvance a activement participé au Régime de Vichy. De ce fait, les anciens partis, l'Alliance démocratique (AD) et la Fédération républicaine (FR), sont discrédités et les candidats républicains indépendants ne captent que très peu de voix au lendemain de la Libération, son électorat s'étant reporté sur les démocrates-chrétiens du Mouvement républicain populaire, à la fois centriste et catholique. Progressivement, les modérés vont se réorganiser et jouer un rôle dans la sphère politique avec l'arrivée de deux nouvelles petites formations politiques : le Parti républicain de la liberté (ou PRL), dont le représentant principal est Michel Clemenceau, et le Groupe des républicains indépendants avec René Coty. Ces deux groupes se fédèrent en 1951 avec le Parti paysan d'union sociale, né en 1945 sous la direction de Paul Antier, pour former une force politique qui représente la droite modérée et républicaine, c'est le Centre national des indépendants et paysans, aussi appelé le CNIP.
Le CNIP est un parti de cadres, à l'opposé d'un parti de masse, c'est-à-dire que son but n'est pas d'avoir le plus possible d'adhérents, mais d'avoir un maximum d'élus à l'Assemblée Nationale. On dit aussi que c'est un parti de notables, car il y a une véritable relation entre les membres du parti, notamment parce que dans de nombreux cas les candidats le sont de père en fils. Dans ce type de parti, chacun est invité à suivre sa propre volonté pour ce qui est des votes : on n'invite pas les électeurs à voter pour un groupe spécifique.
Ce parti est marqué par un certain nombre de principes, notamment par l'importance de l'industrie et du commerce. La France rurale y est mise en valeur. Les indépendants sont socialement conservateurs, libéraux en économie et profondément anti-communistes. Ils soutiennent l'enseignement laïque alors que le MRP reste sur sa position, c'est-à-dire pour l'enseignement privé. Ils sont globalement en faveur de la construction européenne, pro-OTAN et la plupart sont d'ardent défenseurs de l'Algérie française et plus largement de la souveraineté française dans les colonies. Certains de ses cadres et surtout ses électeurs sont très proches des gaullistes.
Antoine Pinay, un modéré du CNIP, reste un président du Conseil assez important en 1952 ce qui attire les regards vers le parti après des premières années d'existence assez discrètes.
Soutenant le retour au pouvoir de Charles de Gaulle en 1958 et deuxième formation la plus importante de sa majorité présidentielle, le CNIP rompt en 1962 avec le général sur la question de l'élection du président de la République au suffrage universel direct voulu par ce dernier. Les indépendants qui continuent à soutenir le gouvernement et l'alliance avec les gaullistes entrent en dissidence et forment la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI) derrière Valéry Giscard d'Estaing, qui sera élu président de la République en 1974. Le CNIP, qui a alors lourdement décliné sur le plan électoral dans la foulée de cette scission, a approché en 1966 le Mouvement républicain populaire chrétien-démocrate et a formé avec lui le Centre démocrate (CD), formation de centre-droit antigaulliste, même si le CNIP l'a rapidement quitté. La FNRI, devenu Parti républicain, et le Centre des démocrates sociaux (ex-CD) se sont associés pour former Union pour la démocratie française (UDF) à la fin des années 1970. En 1998, la Démocratie libérale (ex-Parti républicain) se sépare de l'UDF et fusionne en 2002 avec le RPR, d'orientation néo-gaulliste, et d'autres petits partis, pour former l'Union pour un mouvement populaire, qui vise à être le parti « de la droite et du centre ». Ce dernier est renommé Les Républicains en 2015 mais a été affaibli après son échec à l'élection présidentielle française de 2017, entrainant progressivement de nombreux départs des représentants des idéologies libérales et centristes, souvent au profit de partis proches de la majorité présidentielle d'Emmanuel Macron.
Le Centre national des indépendants et paysans continue toujours d'exister en 2026 mais a disparu du paysage politique, n'ayant quasiment plus aucun élu, et s'est rapproché de l'extrême-droite (Reconquête et le Rassemblement national). L'idéologie modérée est alors essentiellement portée par le parti de centre droit Horizons (libéral sur les questions économiques, europhile et modérément conservateur) de l'ancien premier ministre Édouard Philippe et dont les groupes parlementaires à l'Assemblée nationale (Groupe Horizons et indépendants) et au Sénat (Groupe Les Indépendants – République et territoires) reprend le vocable d'« indépendants ».
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Grévy, Jérôme, La République des opportunistes, 1870-1885, Paris, Éditions Perrin, , 415 p. (ISBN 2-262-01344-6 et 978-2-262-01344-8, OCLC 40053309), p. 264 à 296
- ↑ Richard Gilles, Histoire des droites en France, Paris, Éditions Perrin, coll. « Synthèses historiques », (lire en ligne), p. 67-69
- ↑ Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la Troisième République 1870-1940, éd. du Seuil, 1984, p. 162.
- ↑ « Nouvelles parlementaires », Journal des débats, 9 février 1896, p. 2.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Sylvie Aprile, « « Qu'avons-nous fait, nous les purs ? ». Figures singulières et recompositions plurielles de l'opportunisme », Politix, vol. 14, no 56 « Inconstances politiques », 4e trimestre 2001, p. 109-122 (ISSN 0295-2319, lire en ligne).
- Gilles Dumont, Bernard Dumont, Christophe Réveillard (dir.), La culture du refus de l’ennemi. Modérantisme et religion au seuil du XXIe siècle, Presses Universitaires de Limoges (PULIM), coll. « Bibliothèque européenne des idées », 2007, 150 p.
- Jérôme Grévy, La République des opportunistes (1870-1885), Paris, Perrin, coll. « Terre d'histoire », , 415 p. (ISBN 2-262-01344-6, DOI 10.3917/perri.grevy.1998.01, présentation en ligne).
- François Roth (dir.), Les modérés dans la vie politique française (1870-1965), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 562 p, 2003 (ISBN 2-86480-726-2).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Partis et groupes parlementaires
- Action démocratique et sociale (1928-1932)
- Action républicaine et sociale (Troisième République) (1919-1924)
- Action républicaine et sociale (Quatrième République) (1952-1954)
- Alliance démocratique (1901-1945)
- Association nationale républicaine (1888-1903)
- Bloc national (1919-1924)
- Centre gauche (1871-1885)
- Centre national des indépendants et paysans (CNIP, CNI; 1949-)
- Centre républicain (1932-1936)
- Députés indépendants (1928-1932)
- Fédération des gauches (1914)
- Fédération nationale des républicains indépendants (CELRI, FNRI; 1962-1977)
- Fédération républicaine (1903-1945)
- Gauche démocratique (Troisième groupe, 1914-1919)
- Gauche radicale (1919-1942)
- Gauche républicaine (1871-1881)
- Gauche sociale et radicale (1928-1932)
- Groupe des républicains de gouvernement (1893-1898)
- Groupe des Républicains indépendants (Assemblée nationale) (1945-1956; 1962-1978)
- Groupe des Républicains indépendants (Sénat) (1946-2002)
- Indépendants de gauche (1932-1936)
- Indépendants républicains (1932-1942)
- Ligue républicaine nationale
- Parti républicain (PR, 1977-1997)
- Parti républicain de la liberté (PRL, 1945-1951)
- Rassemblement des gauches républicaines (RGR, 1946-1958)
- Rassemblement des groupes républicains et indépendants français (RGRIF)
- Républicain et social (1932-1936)
- Républicains indépendants et d'action sociale (1936-1940)
- Républicains progressistes (1889-1914)
- Union démocratique (1881-1885)
- Union démocratique et radicale (1924-1940)
- Union des gauches (1885-1893)
- Union libérale républicaine (1889-1903)
- Union pour la démocratie française
- Union progressiste (1894-1902)
- Union républicaine (1871-1885)
- Union républicaine et démocratique (1924-1932)
- Personnalités