Tippo Tip
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Hamed ben Mohammed el-Murjebi |
| Surnom |
Tippo Tib, Tippu Tip, Tippo Tipo |
| Nationalité |
Zanzibarite |
| Activité |
Marchand d'ivoire et d'esclaves, chef caravanier, propriétaire de plantations et gouverneur |
| Enfant |
Tippo Tip, également orthographié Tippo Tib, Tippu Tip ou Tippo Tipo, de son nom Hamed ben Mohammed el-Murjebi, né vers 1837 et mort en 1905 à Zanzibar, est un marchand d'ivoire et d'esclaves, chef caravanier, propriétaire de plantations et dirigeant politique zanzibarite.
Actif en Afrique orientale et centrale durant la seconde moitié du XIXe siècle, il constitue un important réseau commercial et militaire dans le Maniema et le bassin supérieur du Congo. Il entretient des relations avec plusieurs explorateurs européens et exerce les fonctions de gouverneur du district des chutes Stanley pour le compte de l'État indépendant du Congo.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines et surnom
[modifier | modifier le code]Hamed ben Mohammed el-Murjebi naît vers 1837 à Zanzibar, sur l'île d'Unguja. Il appartient à une famille de commerçants d'origine arabe et swahilie engagée dans les échanges entre la côte de l'océan Indien, la région des Grands Lacs et l'intérieur de l'Afrique centrale[1],[2].
L'origine de son surnom demeure incertaine. Une explication le rattache au bruit produit par une arme à feu que l'on arme ou que l'on décharge[3]. D'autres interprétations l'associent à une particularité de son comportement ou à une expression employée au cours de ses expéditions[1].
Formation d'un réseau commercial
[modifier | modifier le code]Tippo Tip participe dès sa jeunesse aux caravanes commerciales conduites vers Tabora, Ujiji, le lac Tanganyika, le Katanga et le bassin du Lualaba. Il développe progressivement ses propres expéditions et établit des relations commerciales et politiques avec plusieurs dirigeants locaux[1],[2].
Ses caravanes transportent des marchandises provenant de la côte orientale et rapportent principalement de l'ivoire ainsi que des personnes réduites en esclavage. Elles servent également à établir des postes commerciaux, à imposer des tributs et à étendre son influence dans les régions traversées[2].

Dans le Maniema, Tippo Tip s'appuie sur un réseau composé de parents, d'associés, de chefs locaux et de commandants militaires établis à Nyangwe, Kasongo, Kabambare, Kirundu et Riba-Riba. Cet ensemble est parfois désigné sous le nom de sultanat d'Utetera, bien qu'il ne constitue pas un État centralisé disposant d'une administration uniforme[2],[4].
Commerce de l'ivoire et traite esclavagiste
[modifier | modifier le code]Le commerce de l'ivoire constitue la principale source de richesse de Tippo Tip. Les défenses d'éléphants sont acheminées depuis l'intérieur de l'Afrique jusqu'à Zanzibar en passant par les comptoirs du Maniema, le lac Tanganyika et Tabora[5].
Ses activités reposent aussi sur la capture, l'achat, la vente et l'emploi de personnes réduites en esclavage. Celles-ci sont utilisées comme porteurs, soldats, domestiques ou travailleurs agricoles, ou sont conduites vers les marchés et les plantations de la côte orientale. Les opérations menées par ses caravanes et celles de ses associés provoquent des razzias, des déplacements de population et la destruction de plusieurs communautés[2],[6].
À Zanzibar, Tippo Tip investit une partie de ses revenus dans des plantations et des propriétés. Son pouvoir économique repose ainsi sur les relations entre les exploitations de l'archipel, les marchés de la côte et les routes caravanières de l'intérieur du continent[5].
Relations avec les explorateurs européens
[modifier | modifier le code]La connaissance que Tippo Tip possède des itinéraires, des langues et des structures politiques de l'intérieur lui permet de collaborer avec plusieurs explorateurs européens. Il rencontre ou assiste David Livingstone, Verney Lovett Cameron, Henry Morton Stanley, Hermann von Wissmann, Wilhelm Junker et Emin Pacha[1],[7].
En 1876, Stanley conclut avec lui un accord portant sur la fourniture de guides, de porteurs, de vivres et d'une escorte pour son expédition le long du Lualaba. Ces collaborations permettent aux explorateurs européens d'utiliser les réseaux de transport et de ravitaillement mis en place par les marchands zanzibarites[1].
Elles fournissent également aux puissances coloniales européennes des renseignements sur les routes commerciales, les cours d'eau, les ressources disponibles et les rapports de force politiques en Afrique centrale[7].
Gouverneur des chutes Stanley
[modifier | modifier le code]En 1887, alors qu'il prépare l'expédition de secours à Emin Pacha, Stanley propose à Tippo Tip de devenir gouverneur du district des chutes Stanley au nom de l'État indépendant du Congo. Cette nomination doit permettre à l'administration de Léopold II d'étendre son influence dans une région où sa présence reste limitée[8].
L'accord prévoit que Tippo Tip reconnaisse l'autorité de l'État indépendant du Congo, arbore son drapeau, facilite le passage des expéditions européennes et limite la traite esclavagiste dans la région placée sous son administration. Sa nomination illustre cependant l'ambiguïté de la politique de l'État indépendant du Congo, qui s'appuie alors sur un important marchand d'esclaves tout en affirmant combattre la traite[4].
Dans l'exercice de ses fonctions, Tippo Tip communique aux agents et aux explorateurs européens des informations relatives aux routes commerciales, aux établissements du Maniema et aux réseaux contrôlés par ses associés[8],[7].
Il quitte les chutes Stanley vers 1890 et retourne à Zanzibar. Son neveu Rachid bin Mohammed lui succède à la tête du district, tandis que son fils Sefu bin Hamid conserve une autorité importante à Kasongo[2].
Affrontement avec l'État indépendant du Congo
[modifier | modifier le code]Après le départ de Tippo Tip, la concurrence entre les chefs arabo-swahilis et l'État indépendant du Congo s'accentue. L'expansion des postes militaires et des circuits commerciaux contrôlés par les agents de Léopold II menace le monopole exercé par les marchands zanzibarites sur l'ivoire et les routes du Congo oriental[8].
À partir de 1892, Sefu bin Hamid et plusieurs anciens associés de Tippo Tip affrontent les forces de l'État indépendant du Congo. Ce conflit, appelé dans l'historiographie coloniale campagnes contre les Arabo-Swahilis, entraîne la prise de Nyangwe et de Kasongo ainsi que la destruction de plusieurs établissements commerciaux musulmans[2].
Sefu est tué en 1893. Rumaliza poursuit la résistance autour du lac Tanganyika jusqu'à la victoire des forces de l'État indépendant du Congo en 1894. Cette défaite met fin au réseau politique et militaire constitué par Tippo Tip et ses associés dans le Congo oriental[8],[4].
Tippo Tip, qui se trouve alors à Zanzibar, ne dirige pas directement les opérations militaires. Il demeure toutefois lié familialement et économiquement aux principaux chefs engagés dans le conflit[2].
Dernières années
[modifier | modifier le code]Après son retour à Zanzibar, Tippo Tip continue de gérer ses plantations et ses intérêts commerciaux. Il intervient également dans plusieurs litiges relatifs au partage des bénéfices et des biens issus de ses anciennes associations commerciales[1].
Il meurt en 1905 à Stone Town, principale ville de l'archipel de Zanzibar.
Autobiographie
[modifier | modifier le code]À la fin de sa vie, Tippo Tip dicte ou rédige en swahili, au moyen de caractères arabes, le récit de ses voyages et de sa carrière. Ce texte constitue l'un des premiers récits autobiographiques importants composés dans cette langue[1].
L'orientaliste allemand Heinrich Brode transcrit et traduit le récit, puis publie en 1907 une biographie fondée sur les souvenirs de Tippo Tip[9].
En 1974, François Bontinck publie une traduction française annotée de l'autobiographie. L'ouvrage confronte le récit de Tippo Tip à des documents coloniaux, à des récits de voyageurs et à d'autres sources historiques[1].
Cette autobiographie constitue une source importante sur les caravanes, le commerce de l'ivoire, les sociétés du Maniema et les relations entre marchands zanzibarites, dirigeants africains et explorateurs européens. Elle reste toutefois un récit personnel dans lequel Tippo Tip présente et justifie sa propre action[1],[2].
Postérité
[modifier | modifier le code]Tippo Tip occupe une place controversée dans l'histoire de l'Afrique orientale et centrale. Il est présenté comme un commerçant, un diplomate et un intermédiaire entre les réseaux africains, zanzibarites et européens, mais également comme l'un des principaux organisateurs de la traite esclavagiste dans le bassin supérieur du Congo[2].
Les établissements arabo-swahilis associés à son réseau participent à la diffusion du swahili, de l'islam et de pratiques commerciales dans l'est de l'actuelle République démocratique du Congo. Une grande partie de ces établissements disparaît après les campagnes de l'État indépendant du Congo et la consolidation de la domination coloniale belge[6],[4].
Dans la culture
[modifier | modifier le code]Un chapitre intitulé « Tippu Tip & Brazza » lui est consacré dans le roman Équatoria de Patrick Deville[10].
Tippo Tip apparaît également dans la bande dessinée Équatoria, de la série Corto Maltese. Il y confie au personnage principal une mission liée à Emin Pacha[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 François Bontinck, L'Autobiographie de Hamed ben Mohamed el-Murjebi Tippo Tip (ca. 1840-1905), vol. 42, Bruxelles, Académie royale des sciences d'outre-mer, coll. « Mémoires de la Classe des sciences morales et politiques », (lire en ligne), chap. 4
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 François Renault, Tippo Tip : un potentat arabe en Afrique centrale au XIXe siècle, Paris, Société française d'histoire d'outre-mer, coll. « Bibliothèque d'histoire d'outre-mer / Travaux », , 376 p. (lire en ligne), chap. 5
- ↑ « Notice consacrée à Tippo Tip »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?)
- 1 2 3 4 Hakim Maludi, « RD Congo. Sur les traces du sultanat perdu », Afrique XXI, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Stuart Laing, Tippu Tip: Ivory, Slavery and Discovery in the Scramble for Africa, Surbiton, Medina Publishing, , 352 p. (ISBN 978-1-911487-05-0)
- 1 2 Armand Abel, Les Musulmans noirs du Maniema, Bruxelles, Orient, Centre pour l'étude des problèmes du monde musulman contemporain,
- 1 2 3 Xavier Luffin, « Les premières explorations arabes du Congo d'après une source omanaise : le « Juhaynat al-aḫbār fī taʾrīḫ Zinjibār » de Saʿīd bin ʿAlī al-Muġīrī », Annales Aequatoria, no 29, , p. 425-445 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 René Cambier, « L'affaire Stokes », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 30, nos 1-2, , p. 109-134 (DOI 10.3406/rbph.1952.2128, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Heinrich Brode, Tippoo Tib: The Story of His Career in Central Africa, Narrated from His Own Accounts, Londres, Edward Arnold,
- ↑ Patrick Deville, Équatoria, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-02-097921-4)
- ↑ Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero, Équatoria, Bruxelles, Casterman, (ISBN 978-2-203-12361-8)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Esclavage en Afrique
- Marchand zanzibarien d'esclaves
- Marchand du XIXe siècle
- Personnalité de l'État indépendant du Congo
- Personnalité tanzanienne du XIXe siècle
- Histoire de la Tanzanie
- Histoire de la république démocratique du Congo
- Esclavage dans le monde arabo-musulman
- Seigneur de guerre africain
- Personnalité historique dans les aventures de Corto Maltese
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