Alexandre Promio
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Jean Alexandre Louis Promio |
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Jean Alexandre Louis Promio[1], dit Alexandre Promio, est un opérateur de vues photographiques animées de Louis Lumière (cinématographiste), né le à Lyon et décédé le à Asnières. Il fut l'un des premiers reporters du cinéma (avec Félix Mesguich, Francis Doublier et Marius Chapuis).
Il est souvent considéré comme le découvreur du travelling.
Les origines
[modifier | modifier le code]D'origine italienne, Alexandre ("Sacha") Promio suit des études à l’école de La Martinière de Lyon[2]. Avant de s'intéresser à la photographie, il exerce différentes activités (employé des postes et télégraphes, représentant des champagnes Mercier...) et se taille une réputation locale comme baryton en compagnie de son épouse Juliette Promio-Évrard (1866-1952), elle-même cantatrice.
Son intérêt pour la photographie et la toute nouvelle caméra Cinématographe (qu'il découvre lors du Congrès des photographes à Lyon en juin 1895) le conduit à entrer en contact avec Louis Lumière, au début de l'année 1896[3]. Celui-ci lui confie tout de suite une place essentielle dans le dispositif de production et de diffusion des vues photographiques animées. En peu de temps, il est nommé responsable du service cinématographique Lumière et se charge de la formation des premiers opérateurs – dont Félix Mesguich – en [4].
L'Espagne (juin 1896)
[modifier | modifier le code]Après avoir assuré quelques présentations en France, Alexandre Promio entreprend son premier grand voyage à l'étranger. Il s'agit pour lui de faire ses armes comme cinématographiste et il réalise les premières vues jamais filmées en Espagne. À Barcelone (Place du port à Barcelone), puis à Madrid (Puerta del Sol, Danse au bivouac, Lanciers de la reine, Charge…), Alexandre Promio reçoit un appui de poids en la personne de la reine régente Marie-Christine d'Autriche qui l'autorise à tourner des vues militaires[5]. Le 12 juin, une séance spéciale est organisée à Madrid pour la famille royale (la reine régente et ses trois enfants), au rez-de-chaussée de l'Hôtel de Russie[6].
- Vues filmées par Alexandre Promio en Espagne
- Puerta de Sol, Madrid – vue no 260.
- Lanciers de la reine, charge – vue no 263.
Le Tour du monde (juin 1896-septembre 1897)
[modifier | modifier le code]Pendant plus d'un an, sous la direction de Louis Lumière, Alexandre Promio se consacre à alimenter le catalogue des vues photographiques animées de la maison. D'une part, il filme de très nombreuses vues générales (documentaires) et des vues d'actualité (reportages).
Alexandre Promio en Grande-Bretagne (1896)
[modifier | modifier le code]En Angleterre, Alexandre Promio tourne Cortège au mariage de la princesse Maud le 22 juillet, à l'occasion du mariage entre la princesse Maud de Galles et le prince Charles de Danemark. D'autres vues tournées par Promio montrent les animaux (lions, tigres, pélicans) du jardin zoologique de Regent's Park, ainsi que des danseurs et lutteurs javanais dans le parc du Crystal Palace.
- Vues tournées en Grande-Bretagne
- Enfants pêchant des crevettes – vue no 45.
- Piccadilly Circus – vue no 255
« À Londres, les projections se faisaient à l'Empire Theater. On projetait huit bandes, qui étaient annoncées et commentées par un speaker. Le succès fut inouï ; la salle regorgeait de monde et, pour un spectacle qui durait tout au plus 12 minutes, l'exploitant du cinématographe Lumière touchait 300 livres sterling par semaine. »
— Alexandre Promio, Carnet de route, cité par Coissac, p.196
Alexandre Promio aux États-Unis (1896)
[modifier | modifier le code]Alexandre Promio se rend ensuite aux États-Unis où il arrive en . De New York à Chicago en passant par Boston et les chutes du Niagara (Les Chutes, Les Rapides), il réalise une vingtaine de films dont Descente des voyageurs du pont de Brooklyn, Défilé de policemen, Market Street. Selon Jean-Claude Seguin, ces vues tournées en Amérique démontrent « la fascination exercée par le nouveau monde » sur un Européen. Elles témoignent du développement de l'écriture cinématographique de Promio, et montrent son regard d'anthropologue qui souligne le grouillement urbain et les signes du progrès industriel[7].
- Vues tournées aux États-Unis
- New York, Broadway – vue no 319.
- New York, Arrivée d’un train à Battery Place – vue no 320.
- Chicago, Grande roue – vue no 338.
Peu après, en novembre 1896, Alexandre Promio se rend en Italie où il tourne deux de ses vues les plus célèbres, Panorama du Grand Canal pris d'un bateau et Panorama de la place Saint-Marc pris d'un bateau. Contrairement à ce qui est généralement admis[8], Alexandre Promio n'est pas le premier à réaliser ce que les frères Lumière baptisent un panorama Lumière (qui est appelé aujourd'hui un travelling). En effet, Constant Girel, à Cologne, en , avait déjà utilisé un bateau descendant le cours du Rhin pour ajouter au catalogue Lumière le fameux Panorama pris d'un bateau. Mais Constant Girel effectue ce panorama par désinvolture et paresse — il est d'ailleurs renvoyé la même année pour cette raison par Louis Lumière — en revanche, Promio devine ce que peut apporter au cinéma un tel procédé : il en est ainsi le divulgateur et le premier théoricien[9]. Promio écrit à propos de ces prises de vues dans son Carnet de route :
« C'est en Italie que j'eus pour la première fois l'idée des vues panoramiques. Arrivé à Venise et me rendant en bateau de la gare à mon hôtel, sur le grand canal, je regardais les rives fuir devant l'esquif et je pensais alors que si le cinéma immobile permet de reproduire des objets mobiles, on pourrait peut-être retourner la proposition et essayer de reproduire à l'aide du cinéma mobile des objets immobiles. Je fis de suite une bande que j'envoyai à Lyon avec prière de me dire ce que M. Louis Lumière pensait de cet essai. La réponse fut favorable. »
— Alexandre Promio, Carnet de route, cité par Coissac, p.197
Promio consacre plusieurs mois à parcourir la Méditerranée où il continue à nourrir le catalogue Lumière : Alger en (Prière du muezzin, Ânes...), la Palestine en (La Voie douloureuse et Entrée du Saint-Sépulcre, Départ de Jérusalem en chemin de fer...), l'Égypte (Bourricots sous les palmiers, Les Pyramides (vue générale), la série de 8 vues Panorama des rives du Nil...). À propos de ce voyage, Promio écrit :
« J'ai peu à dire de mon voyage en Turquie, si ce n'est la très grande difficulté que j'eus pour introduire mon appareil de prise de vues. A cette époque, dans la Turquie d'Abdul-Hamid, tout instrument muni d'une manivelle était suspect; il fallut faire intervenir l'ambassade de France et puis aussi quelques pièces de monnaie adroitement oubliées dans la main de quelque fonctionnaire, pour obtenir libre entrée. Je pus enfin opérer à Constantinople, Smyrne, Jaffa, Jérusalem, etc. »
— Alexandre Promio, Carnet de route, cité par Coissac, p.197
- Alexandre Promio au Moyen-Orient (mars-avril 1897)
- Les Pyramides (vue générale) – vue no 381, mars-avril 1897.
- Caravane de chameaux – vue no 407, avril 1897.
- Porte de Jaffa : côté est – vue no 401, avril 1897.
- Départ de Jérusalem en chemin de fer (panorama) – vue no 408, avril 1897.
- Panorama des rives du Bosphore – vue no 417, avril 1897.
De mai à , Alexandre Promio, outre les vues générales (Boulevard Anspach à Bruxelles), réalise ses premiers grands reportages. Il couvre ainsi pour les Lumière l'Exposition des Arts et de l'Industrie (mai-, Stockholm), le Jubilé de la reine Victoria (22-), le voyage du président Félix Faure en Russie () et tourne (septembre-) une série de vues industrielles de l'Irlande et de l'Angleterre.
Les bandes composées (1897-1898)
[modifier | modifier le code]Installé à Paris, Alexandre Promio se lance dans le tournage de « bandes composées ». Grâce au décorateur Marcel Jambon (1848-1908) et au "metteur en scène" Georges Hatot (1876-1959), il oriente la production Lumière vers les tableaux animés, sous la pression commerciale d'un concurrent talentueux, Georges Méliès. Il tourne ainsi, en , L'Assassinat du duc de Guise, Les Dernières Cartouches (d'après la toile homonyme d'Alphonse de Neuville de 1873), Néron essayant des poisons sur des esclaves, La Mort de Marat... Il s'agit de vues très souvent inspirées de la peinture académique du XIXe siècle et de la peinture de salon. La série la plus connue et la plus divulguée est sans nul doute La Vie et la Passion de Jésus-Christ (septembre-), un nouveau succès public que présentent aussi les firmes concurrentes, notamment Gaumont (avec Alice Guy, première réalisatrice du cinéma et initiatrice du genre que l'on nommera plus tard : péplum).
Activités diverses (1898-1902)
[modifier | modifier le code]Après ses années d'intense activité, Alexandre Promio retrouve un rythme de vie plus en accord avec celle d'un bourgeois au tournant du siècle. Il consacre son temps à rédiger une sorte de traité photographique, publié à Lyon dans Le Progrès illustré, qui n'apporte guère de nouveautés sur cet art. Par ailleurs, toujours représentant du champagne Mercier, il obtient les Palmes académiques (1898). Ses activités cinématographiques vont essentiellement se limiter à l'Europe dont la série de vues tournées à l'occasion des Funérailles de la reine Victoria () qu'il filme « au moyen de deux appareils placés côte à côte et qu'un aide approvisionnait de bande vierge pendant qu'[il tournait] le second instrument »[10].
Le photorama (1902-1907)
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Grâce au périphote, appareil permettant de prendre des vues à 360º, les photographies sont ensuite projetées dans le photorama (breveté par les frères Lumière en 1900) installé, à partir de 1902, au 18, rue de Clichy (Paris). Après deux années d'exploitation, Alexandre Promio, croyant sans doute à l'avenir de cette nouvelle invention, constitue la Société du Périphote et du Photorama afin d'exploiter le panorama. Les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs soulevés et c'est dans l'indifférence générale que la salle ferme en 1907.
La Compagnie Théophile Pathé (1907-1910)
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Malgré l'échec du photorama, Alexandre Promio croit en l'avenir de l'image animée et, en homme d'affaires, il se lance dans la direction de nouvelles sociétés. Après une brève expérience, avec La Publicité animée (1908-1909), il s'intéresse de près à la Compagnie Théophile Pathé (fondée en 1906), la rivale de Pathé Frères. Profitant de la mauvaise gestion du fondateur, Promio est nommé directeur grâce à son expérience de cinématographiste. Sous sa direction, de nombreux films, documentaires ou fictions, sont tournés dans les années 1908-1909. Toutefois, la situation financière devient de plus en plus critique et Alexandre Promio doit renoncer à diriger la société dont la dissolution n'intervient qu'en 1913.

L'Algérie (1911-1924)
[modifier | modifier le code]Alexandre Promio, entre échec professionnel et nouvelle vie privée, s'installe en Algérie pour y rester presque jusqu'à la fin de ses jours. Sans doute déçu, il revient à sa vocation de chanteur grâce à sa nouvelle compagne, Fernande Canu. Après les années de guerre, au cours desquelles il semble avoir eu une activité photographique pour le compte de la Compagnie aérienne française, il profite de la réorganisation administrative de l'Algérie pour se faire nommer directeur du Service photo-cinématographique. C'est à ce titre qu'il déploie une intense activité de propagande dont témoigne le catalogue publié en 1924 où figurent près de 3 000 photographies et 38 films documentaires et l'ouvrage L'Algérie.
Les dernières années (1924-1926)
[modifier | modifier le code]Malade, Alexandre Promio rentre en France et s'installe près de Paris. Sa dernière apparition publique connue date du à l'occasion du discours de Louis Lumière à l'Académie des Sciences. Il semble s'être occupé de la Société Fiot dans les derniers temps. Il meurt à son domicile, le , mais la presse spécialisée n'annonce sa mort que quatre mois plus tard.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Les prénoms que l'on trouve parfois comme "Albert", "Eugène" ou "Georges" sont parfaitement fantaisistes. Voir notamment Bernard Chardère, Le roman des Lumière, Gallimard, Paris, 1995, p. 391..
- ↑ Frédéric Zarch, Catalogue des films projetés à Saint-Étienne avant la première guerre mondiale, Université de Saint-Etienne, , 474 p. (ISBN 978-2-86272-182-8, présentation en ligne), p. 13.
- ↑ Georges-Michel Coissac, Histoire du cinématographe de ses origines à nos jours, Éditions du Cinéopse Gauthier-Villars, (lire en ligne)
- ↑ Seguin 1999, p. 61-62.
- ↑ Guillaume-Michel Coissac a recueilli dans son Histoire du cinématographe les mémoires d'Alexandre Promio (p. 195-199).
- ↑ Seguin 1999, p. 48-51.
- ↑ Seguin 1999, p. 72.
- ↑ Georges Sadoul, Louis Lumière, Paris, Seghers, , p. 69.
- ↑ Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, coll. « Cinéma », , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 44.
- ↑ Voir l'ouvrage de Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- L'Algérie, Paris, Devambez, 1922, 298 p.
- Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe : de ses origines à nos jours, Paris, Éditions du Cinéopse, , 604 p. (lire en ligne).
- Jean-Claude Seguin-Vergara, « La légende Promio (1868-1926) », 1895, revue d'histoire du cinéma, no 11, , p. 94-100 (lire en ligne)
- Michelle Aubert (dir.) et Jean-Claude Seguin (dir.), La Production cinématographique des Frères Lumière, Paris, Bibliothèque du film, , 557 p. (ISBN 2-9509048-1-5)
- Jean-Claude Seguin, Alexandre Promio, ou les énigmes de la lumière, L'Harmattan, , 304 p. (ISBN 2-7384-7470-5)
- (es) Jean-Claude Seguin, Alexandre Promio y las películas españolas Lumière, Alicante : Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, 2000.
- Article « Alexandre Promio », in Antoine de Baecque (dir.), Philippe Chevallier (dir.) et al., Dictionnaire de la pensée du cinéma, Paris, Presses universitaires de France - PUF, coll. « Quadrige dicos poche », , 788 p. (ISBN 978-2-13-058018-8)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Alexandre Promio sur le site Catalogue-lumiere.com
- (en) Who's Who of Victorian Cinema
- Les premiers aventuriers du cinéma #1 : Alexandre Promio sur Balises, magazine de la Bibliothèque publique d'information
- Alexandre Promio sur le.grimh.org
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative aux beaux-arts :
