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Bouriates

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Bouriates
Description de l'image Selenginskie buryaty.jpg.
Populations importantes par région
Drapeau de la république de Bouriatie Bouriatie 286 839 (2010)
Drapeau de la Russie Russie 96 883
Drapeau de l'oblast d'Irkoutsk Oblast d'Irkoutsk 77 667 (2010)[1]
Drapeau de la Mongolie Mongolie 45 087 (2010)
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 8 000 (2006)[2]
Population totale 515 000 (2010)
Autres
Régions d’origine mongole
Langues Bouriate
Religions Bouddhisme tibétain, christianisme orthodoxe, Chamanisme Islam et Bourkhanisme
Ethnies liées Mongols
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de répartition.

Les Bouriates (mongol : ᠪᠣᠷᠢᠶᠠᠳ, translittération cyrillique : буриад, trans. latine : buriad ou buryaad), dont la population s'élève actuellement à 515 000 individus, sont le plus important groupe ethnique minoritaire de Sibérie. Ils constituent la branche la plus septentrionale des peuples mongols.

Établis en Sibérie méridionale de part et d'autre du lac Baïkal, ils passent sous le contrôle de l'Empire russe dès le XVIIe siècle. Au début du XXe siècle, ils semblent en mesure de s'imposer comme les leaders du monde mongol. Cependant, l'avènement d'un régime soviétique brise cette dynamique. Il faut attendre les années 1980 pour assister à un réveil culturel bouriate, après une longue période de russification intense.

Ils vivent principalement dans leur région d'origine, la république de Bouriatie, mais il y a également des populations bouriates importantes dans le Nord de la Mongolie, ainsi qu'une petite minorité en Chine, dans la région autonome de Mongolie-Intérieure. Aujourd'hui, la majorité des Bouriates vivent à et autour d'Oulan-Oude, la capitale de la république, bien qu'ils soient encore nombreux à vivre plus traditionnellement dans la steppe. Ils parlent la langue bouriate.

Démographie, mode de vie et identité

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À la fin de la période soviétique, en 1989, la population bouriate s'élève à 421 000 individus. La majorité réside dans la République de Bouriatie, tandis que le reste de la population se répartit principalement dans deux districts autonomes non contigus, Aga et Oust-Orda. Si les Bouriates ne sont majoritaires que dans le district d'Aga, ils demeurent historiquement un peuple profondément rural dans ces zones périphériques, où l'immense majorité vit dans des villages de moins de 15 000 habitants. Bien que désormais sédentarisés dans des maisons en bois d'architecture russe, certains éleveurs continuent d'utiliser la yourte traditionnelle lors des transhumances vers les pâturages lointains. En République de Bouriatie, le taux d'urbanisation est plus élevé, ce qui accélère la perte de la langue maternelle. L'intégration et la recherche de succès au sein de la société russe ont considérablement affaibli la transmission linguistique, au point que seul un faible pourcentage d'adultes urbains parle encore le bouriate avec leurs enfants. Sur le plan socio-professionnel, les Bouriates, à l'instar des Mongols de Chine, occupent massivement les postes liés à l'éducation, à la culture et à l'administration civile, mais restent très minoritaires parmi les spécialistes techniques et les ouvriers industriels[3].

L'identité bouriate s'avère particulièrement complexe. Historiquement, ils se distinguent des Mongols proprement d'après leur dialecte, une forte structure clanique, l'absence d'aristocratie gengiskhanide et un ancrage persistant du chamanisme. Cette classification comporte toutefois des zones grises, puisque certaines populations de la vallée de la Selenge partagent les traits des Mongols, tandis que d'autres clans de Mongolie-Intérieure présentent des affinités bouriates. Au fil du temps, le terme a fini par désigner l'ensemble des sujets mongols du tsar en Sibérie, incitant ces derniers à revendiquer une double identité bouriate-mongole au début du XXe siècle. D'abord tolérée par les autorités soviétiques, cette double désignation est officiellement supprimée par Moscou en 1958. Le processus de construction nationale mené à l'ère soviétique a profondément remodelé l'identité moderne, les Bouriates se percevant aujourd'hui comme une nationalité politique et sociale distincte au sein de la Fédération de Russie, malgré la renaissance contemporaine de leurs liens culturels avec la Mongolie[3].

Origine et histoire ancienne

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Les historiens lient les origines des Bouriates aux tribus Bayirqu et Quriqan, mentionnés entre le VIIe et le IXe siècle. Les premiers sont associés aux Bargas vivant à l'est du lac Baïkal, tandis que les seconds occupent la rive occidentale. Les vallées de l'Angara et de la Léna constituent alors des zones d'implantation majeures des empires turcs, ainsi qu'en témoignent les inscriptions runiques découvertes dans le territoire d'Oust-Orda. Lors de l'unification des tribus par Gengis Khan aux XIIe et XIIIe siècles, les ancêtres des Bouriates occupent la vallée de l'Angara, tandis que les Bargas se partagent entre l'ouest du lac et la vallée de Bargouzine, réputée pour être la terre la plus froide de l'Empire mongol. Ces populations forestières sont des chasseurs et skieurs, respectant les cultes chamaniques et vivant de la traque de la zibeline[3].

En 1207, Djotchi soumet ces « peuples des forêts » à l'ouest du lac Baïkal, leur imposant un tribut de fourrures. Seuls les clans Bargas de Bargouzine s'intègrent activement à l'effort militaire de l'Empire en fournissant des commandants de haut rang. Après l'effondrement de la dynastie Yuan, les Bouriates et les Bargas s'allient à la confédération des Oïrats contre les grands khans de Mongolie, provoquant des migrations vers le sud. Lorsque les cosaques russes atteignent la vallée de l'Ienisseï en 1609, les Bouriates occupent un vaste territoire s'étendant à l'ouest jusqu'à Nijneoudinsk et au nord jusqu'à Bratsk. Ils forment alors une confédération unie par des mariages et structurée autour de deux grands ensembles alliés partageant le mythe d'un ancrage céleste commun via le Seigneur Taureau (Buha Nojon)[3].

Sous l'Empire Russe

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À partir de 1628, l'avancée russe progresse le long des fleuves sibériens. Utilisant leurs armes à feu, les cosaques extorquent le iasak, l'impôt en fourrures, aux populations locales. Les lignes de fortification russes finissent par verrouiller le territoire jusqu'à la frontière mongole actuelle, exacerbant les tensions entre les Bouriates des steppes et les Évenks des forêts[3].

La résistance face à l'oppression cosaque est vive. Bien qu'initialement locale, elle prend une dimension collective en 1644 lorsque les tribus Ekhired et Bulagad s'unissent pour assiéger Verkholensk avec 2 000 hommes. Malgré leur défaite, les insurrections se succèdent jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Les khans mongols Khalkhas lancent également des raids massifs contre les forts russes pour contester leur présence en Transbaïkalie. Cependant, face à la menace des Khalkhas, certains clans comme les Khori choisissent de prêter allégeance au tsar dès 1647 pour obtenir sa protection. L'invasion de la Mongolie par le khan oïrat Galdan Boshogtu en 1688 brise définitivement la résistance des Khalkhas et pousse de nombreux réfugiés mongols à chercher asile auprès des garnisons russes. En 1703, l'empereur scelle cette soumission en accordant aux chefs Khori un brevet impérial garantissant la fin des exactions cosaques[3].

Administration

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L'administration impériale divise la gestion des terres bouriates en deux entités séparées par le lac Baïkal : la Cisbaïkalie sous l'autorité directe d'Irkoutsk, et la Transbaïkalie sous la direction de Verkhneoudinsk. La pression démographique et administrative s'avère bien plus lourde à l'ouest du lac, accentuant les divergences culturelles entre les deux groupes. Sur le plan politique interne, le pouvoir bouriate repose plutôt sur une organisation de clans exogames dont les chefs se disputent l'influence. Le mode de vie varie selon la géographie : les Bouriates de l'ouest pratiquent une économie agro-pastorale semi-nomade, vivant dans des cabanes en bois ou des yourtes en planches, tandis que les Bouriates de Transbaïkalie demeurent profondément nomades, élevant de vastes troupeaux et logeant dans des yourtes en feutre. À la fin du XIXe siècle, les élites bouriates adoptent des innovations russes, introduisant des machines agricoles, sélectionnant des races équines performantes et équipant les foyers de poêles en métal pour évacuer la fumée toxique des habitations[3].

Pour gouverner ces populations, la Russie s'appuie sur les structures traditionnelles en confiant des responsabilités aux chefs de clans héréditaires, désignés sous les titres de shülengge, zaisang ou taisha. En 1822, le réformateur Mikhaïl Speranski codifie cette administration en créant douze « doumas des steppes », des assemblées de chefs de clans chargées de répartir les impôts, de recenser la population et de rendre la justice selon le droit coutumier local. En marge de cette administration civile, l'Empire lève dès les années 1760 des unités de cosaques bouriates pour surveiller les frontières de la Selenge. Intégrées en 1851 à l'armée des cosaques de Transbaïkalie, ces troupes adoptent un mode de vie fortement russifié et bénéficient d'écoles bilingues[3].

Évolutions sociétales

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Les XVIIIe et XIXe siècles sont marqués par la conversion massive des Bouriates de Transbaïkalie au bouddhisme tibétain. Les premières communautés s'organisent dès le début du XVIIIe siècle, et l'impératrice Élisabeth officialise cette structure en 1741 en autorisant la création de onze monastères (datsangs). En 1764, l'instauration de la charge de Pandita Khambo-Lama consacre l'autonomie spirituelle des bouddhistes bouriates. Les monastères deviennent rapidement des centres de diffusion culturelle majeurs. Face à cette expansion bouddhique, l'Église orthodoxe russe intensifie ses missions en Cisbaïkalie. Malgré la liberté religieuse théoriquement garantie par la législation coloniale, la coercition et la corruption politique sont fréquemment employées pour obtenir des conversions massives au christianisme parmi les élites chamanistes de l'ouest[3].

L'enseignement est dispensé au sein des monastères en langue tibétaine et en écriture mongole traditionnelle. Les imprimeries des grands monastères publient de nombreux ouvrages de littérature bouddhique, des chroniques historiques et des récits de pèlerinages. À l'inverse, l'éducation en Cisbaïkalie se fait exclusivement en russe, l'usage de l'écriture mongole y étant inexistant. Malgré un accès restreint aux hautes études, plusieurs érudits bouriates mènent de précieuses recherches académiques sur le folklore et les traditions locales. C'est dans ce contexte que naissent les premières chroniques historiques bouriates[3].

Le premier recensement de l'Empire russe en 1897 met en lumière la fracture socio-culturelle majeure séparant les deux blocs : à l'ouest, les Bouriates de Cisbaïkalie sont devenus à plus de 90 % des agriculteurs sédentaires, répartis sur le plan religieux entre chamanisme et orthodoxie, avec un taux d'alphabétisation exclusivement basé sur la langue russe. À l'est, les Bouriates de Transbaïkalie demeurent à près de 80 % des éleveurs nomades, bouddhistes à plus de 91 %, et alphabétisés en mongol ou en tibétain. Seul leur caractère presque exclusivement rural unit encore ces deux visages du peuple bouriate à l'aube du XXe siècle[3].

Révolutions et période soviétique

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Bouleversements révolutionnaires

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À partir des années 1890, le gouvernement impérial russe durcit sa politique à l'encontre des minorités en engageant une russification agressive du territoire bouriate. Les terres collectives des communautés de Cisbaïkalie et de Transbaïkalie sont confisquées au profit des colons russes, dont l'afflux est considérablement stimulé par l'achèvement de la ligne ferroviaire du Transsibérien au tournant du siècle. En 1901, l'autonomie relative est définitivement abolie. Cette dépossession s'accentue lors de la Première Guerre mondiale, durant laquelle douze mille Bouriates sont mobilisés de force dans des bataillons de travail. Cette politique coloniale suscite une vive opposition au sein d'une nouvelle intelligentsia bouriate, formée dans un réseau d'écoles séculières en pleine expansion. Profitant de l'affaiblissement du pouvoir tsariste lors de la révolution de 1905, ce mouvement intellectuel s'accompagne d'un réveil spirituel, marqué par la résurgence du chamanisme à l'ouest et du bouddhisme à l'est, ainsi que par des défections massives parmi les autochtones autrefois convertis de force à l'orthodoxie[3].

L'abdication du tsar en mars 1917 précipite l'organisation politique des nationalistes. Réunis en congrès à Tchita, ils fondent le Comité national bouriate (Burnatskom), qui entreprend de réformer l'administration territoriale en adoptant la terminologie mongole des somons, khoshuuns et aimags. La guerre civile russe plonge la région dans le chaos. Le Burnatskom parvient à s'imposer comme la deuxième force politique de la région lors des élections de la fin d'année 1917, mais il se heurte à la violence des paysans russes, majoritairement favorables aux socialistes-révolutionnaires, et à la montée en puissance des bolcheviks. Lorsque ces derniers s'emparent de la région du Baïkal au début de l'année 1918 avec l'appui de cosaques mutinés, ils encouragent l'expropriation brutale des terres bouriates sous couvert de « socialisation du sol ». Face à ces violences et aux rumeurs d'un conflit apocalyptique interethnique, des vagues de réfugiés bouriates fuient vers la Mongolie et la Mandchourie. Dans la vallée de la Khoudoun, un mouvement messianique dirigé par le lama charismatique Samtan Tsydenov tente même d'instaurer un royaume théocratique indépendant, rejeté à la fois par le clergé régulier et par les nationalistes séculiers[3].

L'effondrement temporaire du pouvoir bolchevik face aux Armées blanches permet l'émergence éphémère d'une Douma nationale bouriate à Tchita, sous la tutelle de l'ataman cosaque Grigori Semenov. Ce projet s'intègre un temps dans un mouvement pan-mongoliste plus vaste englobant la Mandchourie, mais il sombre dès l'automne 1919 dans la terreur militaire ; les chefs blancs font incarcérer Tsydenov et exécuter les dirigeants modérés du Burnatskom. L'avancée définitive de l'Armée rouge au printemps 1920 rétablit le pouvoir soviétique. Pour ménager les susceptibilités de l'Empire du Japon, Moscou maintient jusqu'en 1922 un État tampon, la République d'Extrême-Orient, dans la zone de Transbaïkalie. Les conflits, les dégradations économiques et l'émigration massive se révèlent catastrophiques : entre 1897 et 1926, la population de langue bouriate chute de plus de cinquante mille individus[3].

Transformations soviétiques

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Lénine et Staline imposent la création de structures autonomes pour des impératifs de politique étrangère. Pour le pouvoir soviétique, la Bouriatie doit devenir la vitrine du communisme face aux peuples bouddhistes d'Asie orientale, notamment les Mongols et les Tibétains. Durant cette décennie, la gouvernance bolchévike applique scrupuleusement la directive de la korenizatsiia (indigénisation), visant à promouvoir les cadres autochtones dans l'appareil d'État et à développer la culture nationale. Cette politique se traduit par la fondation d'un premier journal en écriture mongole en 1921, la création d'un Comité académique en 1922, l'ouverture d'une école normale en 1924 et le lancement d'émissions de radio en langue bouriate au début des années 1930. Ces mesures incitent une partie de la population à s'installer dans les centres urbains. Cette émancipation culturelle favorise une intense production littéraire et théâtrale, initiée dès l'époque révolutionnaire par des étudiants d'Irkoutsk. Le savant Bazar Baradiin fonde une imprimerie à Tchita où il édite ses propres tragédies historiques[3].

Le tournant radical imposé par Staline à partir de 1928 brise définitivement cet élan culturel. Redoutant le développement d'un pan-mongolisme pro-japonais en Sibérie, les autorités de Moscou lancent dès 1929 des vagues d'épuration contre l'ancienne intelligentsia du Burnatskom, exilée vers les grands centres russes, et ordonnent la fermeture du Comité académique. En 1931, l'introduction forcée d'un alphabet bouriate latinisé rompt la continuité de l'alphabétisation traditionnelle et affaiblit les publications en langue vernaculaire. L'impact le plus dévastateur de cette période réside dans la collectivisation agraire et la sédentarisation forcée des pasteurs nomades à partir de 1929. Entre 1929 et 1932, le cheptel de la république s'effondre de plus de 62 %[3].

Parallèlement, le pouvoir soviétique orchestre l'anéantissement du bouddhisme tibétain. Les monastères font l'objet d'attaques administratives et fiscales répétées. En 1938, les structures religieuses organisées de Bouriatie cessent d'exister. Cette entreprise de destruction s'achève par l'élimination physique de ses propres exécuteurs lors de la Grande Terreur stalinienne de 1937. L'élite bouriate est condamnée à la peine de mort. Les districts historiques sont démembrés pour former les districts autonomes d'Aga et d'Oust-Orda, isolés administrativement de la république d'origine. Le recensement soviétique de 1939 formalise les conséquences de cette décennie de violences et de famines, révélant une nouvelle baisse de la population ethnique bouriate, qui repasse sous la barre des 225 000 individus[3].

Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs soldats bouriates accèdent à la distinction de Héros de l'Union soviétique, à l'image du général Ilya Baldynov et du colonel Vladimir Borsoev, tandis que trois autres atteignent le grade de général après le conflit. En reconnaissance de cette loyauté indéfectible, les autorités de Moscou confient à nouveau la direction de la république autonome à des dirigeants locaux au début des années 1950, brisant temporairement la méfiance issue des purges. Le conflit mondial entraîne également un assouplissement inattendu de la politique religieuse. Face au traumatisme des pertes humaines, le culte des morts (syncrétisme chrétien-bouddhique) connaît un vif regain. Avant leur départ pour le front, de nombreux conscrits organisent de grands tailgans, des sacrifices rituels dédiés aux esprits protecteurs. En 1946, le régime autorise la réouverture des monastères d'Ivolginsk et d'Aga[3].

Fin des ambitions russes

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La période de l'après-guerre marque l'abandon définitif des ambitions géopolitiques de Moscou, qui n'envisage plus la Bouriatie comme un modèle pour séduire la Mongolie extérieure et la Mongolie-Intérieure. La population bouriate connaît une croissance démographique soutenue, augmentant de près de 40 % entre 1959 et 1979. L'urbanisation progresse rapidement à la suite du transfert de nombreuses industries vers Oulan-Oudé durant la guerre. Grâce à des politiques d'accès préférentiel à l'emploi et à l'éducation, les Bouriates s'orientent massivement vers les professions intellectuelles, culturelles et administratives. Dès 1970, ils affichent un taux de spécialistes par habitant supérieur à la quasi-totalité des autres nationalités soviétiques. L'intégration des intellectuels bouriates à l'élite soviétique accélère la russification. En 1970, l'instruction en langue bouriate est totalement supprimée des programmes scolaires[3].

En marge de ce déclin linguistique, les pratiques culturelles traditionnelles résistent au sein des campagnes. Les fêtes calendaires du Sagaalgan et du Sur-Kharbaan demeurent très populaires. Les rituels autour des oboos restent fréquents. Le chamanisme survit également, bien que les praticiens de cette époque soient perçus comme ayant perdu la puissance spirituelle de leurs ancêtres[3].

Indépendance

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Face à l'effondrement de l'Union soviétique en 1990-1991, les dirigeants de la république proclament leur souveraineté, adoptent un nouveau drapeau et décrètent le statut officiel à égalité pour les langues bouriate et russe, des principes entérinés par la constitution de 1992. La liberté d'expression retrouvée permet de débattre ouvertement des questions mémorielles et identitaires. Les contacts renouvelés avec les communautés bouriates de Chine mettent en évidence, par contraste, le degré avancé de russification des Bouriates de Sibérie, poussant les historiens locaux à s'interroger publiquement sur les fondements de leur identité. En conséquence, de nombreux monastères bouddhistes sont reestaurés. Les chamanes s'organisent également en créant une association officielle en 1993, parrainant de grands sacrifices collectifs sur l'île d'Olkhon[3].

Face à ces divisions religieuses et dialectales, la figure mythologique du héros Geser s'impose comme le symbole le plus consensuel de l'unité nationale. En 1990, le Parlement bouriate décrète la célébration du millénaire de l'épopée, donnant lieu à de grands rassemblements populaires dans les hauts lieux de la tradition orale. Sur le plan politique, bien que l'assemblée régionale ait déclaré illégal le démembrement territorial de 1937, les obstacles administratifs rendent impossible la réunification avec les districts d'Aga et d'Oust-Orda. Les organisations culturelles et politiques tentent de renforcer la cohésion nationale par des voies associatives, mais le pan-mongolisme politique ne rencontre aucun succès concret sur le terrain, et l'engouement pour la figure de Gengis Khan reste superficiel en comparaison de la ferveur observée en Mongolie[3].

Musiciens bouriates contemporains :

Autres :

  • Khusugtun est un groupe de Mongolie non bouriate, interprète de certains morceaux traditionnels bouriates.

Notes et références

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  1. (ru) « Население по национальности и владению русским языком по субъектам Российской Федерации », Service fédéral des statistiques russe (consulté le ), p. 111–113
  2. (zh) « 女房东想到北京看奥运 », cri.cn, 22 aoüt 2008 (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3, lire en ligne), p. 60-72

Bibliographie

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  • (en) Konagaya Yuki (dir.), A people divided : Buriyat Mongols in Russia, Mongolia and China, International Society for the Study of the Culture and Economy of the Ordos Mongols, Cologne, 2002, 126 p. (ISBN 978-4-9900719-4-3)
  • Tilman Musch, Espaces nomades, paroles et regards bouriates : l'éleveur face à ses environnements à partir des sources orales, Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, 2007, 3 vol., 535 p. + pl. (thèse d'Ethnologie)
  • (en) Ippei Shimamura, The Roots Seekers : Shamanism and Ethnicity among the Mongol Buryats, Shumpusha Publishing, Kanagawa, 2014, 576 p. (ISBN 978-4-86110-397-1)

Discographie

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  • Buryat songs, enreg. et éd. par Tilman Musch, Budapest, 2008, 1 CD + 1 brochure

Articles connexes

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Liens externes

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