Duché de Bretagne
(br) Dugelezh Vreizh
(gallo) Duchë de Bertaèyn
(Drapeau) |
(Armoiries) |
| Devise | A ma vie |
|---|
| Statut | Duché, État monarchique |
|---|---|
| Capitale | Vannes, Rennes, Nantes |
| Langue(s) |
Officielle : français, latin Vernaculaire : breton, gallo |
| Religion | Christianisme (catholicisme) |
| Monnaie | double denier |
| Population |
500 000 (XIe siècle) 600 000 (XIIe siècle) 850 000 (XIIIe siècle) 1 000 000 (XIVe siècle) 750 000 (XVe siècle) |
|---|
| Superficie | Environ 35 000 km2 |
|---|
| 936-939 | Guerre contre les Vikings par Alain Barbetorte mettant fin à l’occupation scandinave de la Bretagne. |
|---|---|
| 1138 | Mariage entre Berthe de Bretagne et Alain le Noir, octroyant le comté de Richemont aux ducs jusqu'à 1399. |
| Février-mars 1214 | Mariage entre la duchesse Alix de Bretagne et Pierre de Dreux, faisant de la Bretagne une principauté capétienne jusqu'au XVIe siècle. |
| 1341-1365 | Guerre de succession |
| 1465-1491 | Guerre Franco-Bretonne |
| Août- | Édit d'union à la France |
| Avènement d'Henri II de France |
| (1er) 938 - 952 | Alain Barbetorte |
|---|---|
| (Der) 1536 - 1547 | Henri |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
Le duché de Bretagne est un duché féodal qui exista de 938 à 1547. Son territoire, partie de celui de l'ancienne Armorique, correspond à la région Bretagne actuelle avec une grande partie du département de la Loire-Atlantique où se trouvent la ville de Nantes et l'ancien pays de Retz.
Le duché s'est successivement trouvé sous l'influence de puissances voisines. D'abord dominé par les ducs de Normandie, le duché de Bretagne subit les influences politiques respectives du royaume de France et du royaume d'Angleterre, malgré cela il garde son caractère d'entité politique strictement distincte de ces deux dernières. Le royaume d'Angleterre exerce une influence très importante sur le duché de Bretagne à partir du XIIe siècle, ce qui fut la cause de guerres civiles en Bretagne.
Succédant au royaume de Bretagne, le duché naît en 938, encore pour partie occupé par les troupes vikings du chef Incon. Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi de Bretagne Alain Ier Le Grand, libère le pays du joug normand et devient alors le premier duc de Bretagne. Pendant près de trois siècles, du Xe au XIIe siècle, les grandes maisons comtales bretonnes (Nantes, Rennes, Cornouaille) se disputent ardemment le pays breton et dirigent le duché les unes après les autres.
Au milieu du XIIe siècle, le duché devient un véritable enjeu géostratégique pour les deux grandes puissances européennes que sont la France et l'Angleterre. La dynastie des Plantagenêts et la maison de France placent leurs ducs à la tête du duché afin de le contrôler. Les ducs imposés par les deux puissances rivales n'auront de cesse que de prendre leur indépendance vis-à-vis des puissances convoitant le duché, au point que les ducs d'origine française réussissent, du début du XIIIe à la fin du XVe siècle, et même en pleine guerre de Cent Ans, à affirmer la puissance de l'État breton toujours indépendant.
Les maisons héritières de Bretagne se sont plusieurs fois alliées à des branches de la maison capétienne. Après près de soixante ans de lutte, autant militaire que diplomatique, notamment l'invasion du duché par l'armée française à la fin du XVe siècle, le royaume de France réussit à effectuer un premier rapprochement, avec le mariage de trois rois de France successifs avec les duchesses Anne de Bretagne et sa fille Claude. En 1532, l'union du duché de Bretagne et du royaume de France est proclamée, celle-ci sera effective en 1547 lors de l’accession au trône de France du dernier duc, Henri II. La nouvelle province française gardera cependant une grande autonomie, son propre parlement provincial, ses états provinciaux et ses privilèges jusqu'à la Révolution française de 1789, qui l'en dépossédera.
Histoire
[modifier | modifier le code]De l'Armorique à la Bretagne (Ve – Xe siècle)
[modifier | modifier le code]Les origines
[modifier | modifier le code]Les relations entre Bretons et Francs commencent à se tendre à partir de la mort de Childebert Ier en 558. De l'autre côté de la Manche, les Bretons insulaires enregistrent une série de défaites face aux royaumes anglo-saxons. Privés de ces appuis insulaires, les Bretons continentaux ne sont plus vus comme dangereux par le pouvoir franc[1]. Conomor, l'un des comtes des Bretons, s'allie avec le prince Chramn contre son père Clotaire Ier. Les troupes de ce dernier envahissent la Bretagne et tuent Conomor[2]. Plus tard, c'est le chef des Bretons du Vannetais, Waroch, qui reprend l'offensive sur la frontière orientale de la Bretagne. Les régions de Rennes et de Nantes sont régulièrement prises pour cible par des raids de Waroch[1]. Malgré plusieurs traités de paix, Waroch poursuit ces opérations dans la région, et tient tête aux troupes mérovingiennes[2]. Dans les années 580, le roi Franc Gontran doit nommer Beppolène Dux pour assurer la défense des villes de Rennes, Nantes, et Angers, préfigurant ainsi la création des marches de Bretagne, mise en place plus tard par la dynastie franque suivante. Faute de sources, les suites du conflit sont mal connues[3].
Le royaume de Bretagne
[modifier | modifier le code]Le premier véritable royaume de Bretagne atteint son expansion territoriale maximale sous le règne d'Erispoë (851-857), fils de Nominoë, missus imperatoris carolingien ayant arraché l'indépendance. Le territoire s'étend brièvement sur le Cotentin, l'Avranchin ainsi qu'une partie du Maine[4].
Le royaume de Bretagne connaît son extension maximale sous le règne du roi Salomon[5]. Arrivé au pouvoir en 857 en assassinant son prédécesseur et cousin Erispoë, il hérite d'un royaume dans lequel les Vikings se sont implantés[6].
Naissance du duché
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Le royaume devint duché en 938. La période fut marquée par un effacement politique des rois de Francie occidentale, qui ne profita que partiellement à la Bretagne. Alain Barbetorte prit le pouvoir en 938, et devint le premier duc de Bretagne lorsqu'il refusa de prendre le titre de roi, s'intitula princeps (premier des seigneurs) et prêta hommage au roi Louis IV en 942[7],[8].
En 1064[9], Guillaume II de Normandie mena une expédition contre la Bretagne, à laquelle participa activement Harold Godwinson, qui sera ensuite son adversaire à la bataille d'Hastings. La tapisserie de Bayeux relate les prises successives des forteresses de Dol-de-Bretagne, Rennes et Dinan.
Le règne long et stable d’Alain Fergent permit une première extension des possessions bretonnes, dont la confirmation de l'attribution de l'honneur de Richmond (il avait été accordé à Alain le Roux par Guillaume le Conquérant et transmis par héritage aux ducs de Bretagne). Sa femme, Ermengarde d'Anjou, assura la régence du duché pendant cinq années durant son absence lors la première croisade. Elle participa à la fondation de l'abbaye de Fontevraud et entretint de nombreux échanges avec le moine Bernard de Clairvaux. Son fils Conan III le Gros continua son œuvre de rétablissement de l’autorité centrale bretonne. Le petit-fils de celui-ci, le duc Conan IV, se trouva dépendant des rois d'Angleterre. À sa mort, une crise de succession s'ouvrit et le duché passa sous la tutelle du roi d'Angleterre Henri II. Entre 1166 et 1186, Henri II réunit de facto la Bretagne à ses possessions continentales[4],[10].
Le royaume passa sous la domination capétienne en 1213. Pierre de Dreux, dit aussi "Pierre Mauclerc", devint duc de Bretagne en épousant Alix de Thouars, et reconnut l'hommage lige au roi de France. L'affirmation de l'autorité royale sous Louis VI et Louis VII, puis l'expansion du domaine royal sous le règne de Philippe II Auguste, expliquent les raisons qui conduisirent en 1199 à l'hommage devant Philippe II Auguste, mais aussi le développement des institutions ducales[11].
Pendant la période de domination de la maison de Rennes qui s'étend de 988 à 1066[12], la région est marquée par une période de luttes incessantes entre pouvoir ducal d'un côté et pouvoirs seigneuriaux de l'autre. Le domaine ducal qui s'étend sur les pays de Rennes, de Vannes et de Nantes est alors le plus important de la région. Les comtés de Tréguier, de Léon, de Cornouaille, Porhoët (ce dernier contrôlé par les Rohans), sont en dehors du domaine ducal[13]. Le comté de Penthièvre passe en 1035 sous le contrôle d'une branche cadette de la maison ducale et devient à partir de cette date un nouveau foyer de dissidence au sein du duché[14].
La maison de Cornouaille s'impose à la tête du duché de 1066 à 1166[12]. Alain IV, qui règne de 1084 à 1112, est le dernier duc bretonnant et son fils, Conan III, s'illustre par une lutte menée contre les grands seigneurs de la péninsule[13]. Pendant toute cette dernière période, ainsi que les précédentes, les ducs bretons n'entretiennent que peu de relations avec le royaume de France, mais sont par contre dépendants des Normands puis des Plantagenêts. Les chevaliers bretons participent ainsi à la conquête de l'Angleterre à partir de 1066 par Guillaume le Conquérant, représentant jusqu'au tiers de son armée[13], et recevant en retour des fiefs représentant environ un vingtième du pays (comme Alain le Roux qui récupère le comté de Richmond)[15]. Des chevaliers participent aussi à la première croisade à partir de 1096, à commencer par le duc Alain IV[16].
La Bretagne capétienne
[modifier | modifier le code]Lorsque Guy de Thouars accède au rang de baillistre de Bretagne en 1203, il tente dans un premier temps d'affirmer l'indépendance du duché, mais dès 1206 le roi français Philippe Auguste rentre dans la région avec une armée pour affirmer son autorité. Il contraint l'héritière ducale Alix de Thouars à un mariage avec un prince capétien Pierre de Dreux[17]. Ce dernier reste fidèle au roi français, participant à plusieurs opérations militaires lors des années suivantes comme la croisade des albigeois. Les relations commencent à se détériorer lors de la régence de Blanche de Castille, et Pierre de Dreux participe à quatre révoltes contre elle entre 1227 et 1234[18]. En , la rupture est consommée, lorsque Pierre de Dreux fait hommage pour le duché de Bretagne au roi Henri III d'Angleterre à Portsmouth. Le roi d'Angleterre intervient en France à partir du lorsqu'il débarque à Saint-Malo[19] afin de recouvrer ses provinces perdues[20]. L'accession de Jean Ier de Bretagne à la tête du duché en 1237, date à laquelle il prend personnellement le gouvernement du duché, ouvre pour la Bretagne une période de paix, par une soumission sans faille au royaume de France, qui s'étend jusqu'à sa mort en 1286[21] ; cette politique est par la suite continuée par ses successeurs jusqu'au duc Jean III qui meurt en 1341[22].
Dès la fin du XIIIe siècle et bien avant l'ordonnance de Villers-Cotterêts, l'administration ducale abandonna le latin au profit du français, sans passer par le breton. Jusqu'au XIIIe siècle, les actes administratifs et juridiques sont rédigés en latin, puis le français concurrence le latin dans les actes de la chancellerie[N 1],[23].
La guerre de Succession de Bretagne
[modifier | modifier le code]Le duché de Bretagne se trouve engagé dans la Guerre de Cent Ans lorsque le duc Jean III meurt sans héritier en 1341[24]. Deux prétendants s'opposent alors pour lui succéder : le demi-frère du défunt, Jean de Montfort, et sa nièce, Jeanne de Penthièvre. Le camp des Montfort obtient le soutien du roi Édouard III d'Angleterre, alors que celui des Penthièvre obtient celui du roi Philippe VI de France[25], les deux rois étant en conflit ouvert depuis 1337[26]. Le duché représente alors une région stratégique dans les premières années de la Guerre de Cent Ans. Le camp français y voit une occasion de récupérer des ressources en hommes, en navires et en ravitaillement, là où le camp anglais y voit la possibilité de sécuriser la route maritime vers ses possessions de Bordeaux et de Gascogne[27]. La guerre civile qui s'ouvre ravive une vieille opposition politique, culturelle et linguistique, la basse-Bretagne soutenant globalement le camp des Montfort, là où la haute-Bretagne prend parti pour les Penthièvre (et avec eux, pour les blésistes, via le mari de Jeanne de Penthièvre)[28].
La fin du duché
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La guerre avec la France reprend dès [29], mais le duché peut cette fois compter sur l'aide militaire de ses alliés : des renforts allemands débarquent à Roscoff, des Anglais à Morlaix et des troupes du comte de Salinas reprennent quelques places fortes tenues par les Français. Une nouvelle trêve est ainsi obtenue, signée en juillet de la même année à Francfort entre Charles VIII et Maximilien d'Autriche[30]. La duchesse Anne conclut avec ce dernier un mariage en 1490 de façon à renforcer l'alliance contre la France[31] ; ceci se traduit par une nouvelle incursion française qui débouche cette fois sur un nouveau mariage (le précédent n'ayant pas été consommé) entre Anne et Charles VIII, conclu en [32]. La duchesse cède alors à son mari tous droits sur le duché[33]. Celui-ci reconduit les privilèges dont bénéficient les Bretons en 1492[34], mais supprime plusieurs administrations propres au duché afin de pousser son intégration au royaume[35]. La mort de Charles VIII en 1498 met cependant fin à ce processus et Anne recouvre certains de ses droits sur le duché[36]. Son remariage avec le nouveau roi de France Louis XII intervient en 1499, mais cette fois les clauses du mariage préservent l'indépendance du duché[37].
S'ensuit le mariage de Claude de France, la fille héritière d'Anne de Bretagne, avec le futur roi de France François Ier[38]. Contrairement à son prédécesseur Charles VIII, François Ier intègre le duché au domaine royal. François Ier conserve les institutions du duché de Bretagne[39], mais place peu à peu des hommes de confiance lors de vacances d'office. Il se ménage aussi la fidélité de la noblesse locale[40], permettant l'intégration progressive du duché au sein du domaine royal[41].
L'année 1532 voit l'aboutissement de ce processus d'intégration[42]. Les États de Bretagne réunis à Vannes adoptent le un vœu reconnaissant le dauphin comme duc, ce qui aboutit à la promulgation de l'édit d'Union le à Nantes, réunissant les deux entités, tout en garantissant les droits et privilèges de l'ancien duché « sans rien y changer ni innover »[43]. L'édit du Plessis-Macé signé en délimite les libertés fiscales, judiciaires et ecclésiastiques de la province[44].
La Bretagne intégrée au domaine royal
[modifier | modifier le code]La Bretagne devient une province[45].
Le duc de Mercœur, un des chefs de la Ligue catholique, gouverneur de Bretagne depuis 1582, revendique les droits de son fils mineur, descendant en ligne directe de la duchesse Jeanne de Penthièvre. Il organise en 1588 un gouvernement à Nantes, soutenu par l’Espagne[46].
Emblèmes et symboles
[modifier | modifier le code]Héraldique
[modifier | modifier le code]De 1213 à 1316
[modifier | modifier le code]Le premier duc de la maison de Dreux, Pierre Mauclerc, a choisi de briser les armes de son père, Robert II de Dreux, un échiqueté d'or et d'azur à la bordure de geules, par un franc-quartier d'hermine brochant, brisure destinée à faire date en introduisant l'hermine en Bretagne. Elles seront les armes du duc et du duché de Bretagne jusqu'au , date à laquelle le descendant de Pierre, Jean III, change pour des hermines plaines[47].
| Blasonnement :
Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules, au franc-quartier d'hermine brochant. |
À partir de 1316
[modifier | modifier le code]Le , Jean III opte donc pour des armes aux hermines plaines. Il y a plusieurs hypothèses à ce changement: le fait que l'azur et l'or ne sont plus considérés comme "royaux", le fait que l'échiqueté est passé de mode, remplacé par le semé[48], désormais associé au pouvoir, mais il faut surtout y voir le résultat du conflit entre Jean III et sa belle-mère Yolande de Dreux, en rompant avec les armes des Dreux[49],[50].
| Blasonnement :
d’hermine plain |
L'hermine naturelle
[modifier | modifier le code]L'hermine, dite "naturelle", est l'animal proprement dit. Mammifère de l'hémisphère nord, elle se caractérise par une fourrure noire pendant la période estivale et une fourrure blanche l'hiver. La rareté de cette fourrure fit qu'elle fut l'apanage des plus puissants, qui s'en servaient pour signifier leur pouvoir et leur autorité, en la portant en manteau de cérémonie lors d'un sacre par exemple[51].
Elle est devenue le symbole de la Bretagne car, selon une légende, au cours d’une chasse d’Anne de Bretagne avec sa cour, une hermine parvint à échapper à se faire tuer par les chasseurs, mais, acculé par un chemin marécageux, l’animal aima mieux mourir que se salir. La duchesse Anne, impressionnée par son attitude, recueillit l'hermine et défendit qu'on y touchât. Elle devint l'emblème de la Bretagne pour son courage et donna naissance à la devise Potius mori quam foedari (« Plutôt mourir que se souiller », en breton kentoc'h mervel eget bezañ saotre)[52]. Selon les légendes, le personnage cité peut aussi bien être Konan Meriadeg, le roi Nominoë ou Barbe-Torte[53].
Devise
[modifier | modifier le code]La devise, ou mot, des ducs de Bretagne est "A ma vie". Cette formule a été utilisée par les ducs dès avant Jean IV. La tradition rapporte aussi le mot Potius mori quam foedari : « Plutôt mourir que déshonorer », ou « Plutôt la mort que la souillure » (en breton : « Kentoc'h mervel eget bezañ saotret »). Il n'apparait qu'une seule fois dans un livre d'heures dédié à Anne de Bretagne et semble être un ajout du XVIIe siècle[54].
Titulature
[modifier | modifier le code]Jusqu'en 1385, les ducs s'intitulaient simplement ducs de Bretagne, mais à partir de 1385, ils s'intitulent ducs de Bretagne par la grâce de Dieu, pour revendiquer leur indépendance[49]. Cependant le titre de duc n'est pas reconnu par le royaume de France jusqu'en 1297, qui ne leur reconnait que le titre de comte de Bretagne, titre utilisé par les autres souverains, et qu'ils utilisent eux-mêmes pour écrire au roi jusqu'en 1256, mais qu'utilisent alors les comtes de Penthièvre, leurs vassaux, descendants d'Eudes de Penthièvre, fils cadet de Geoffroi Ier. En , Philippe le Bel érige la Bretagne en duché-pairie et lève donc toutes ambiguïtés[47].
Institutions ducales
[modifier | modifier le code]Capitales
[modifier | modifier le code]La condition de capitale, entre le XVe et le XVIIe siècle, ne correspond pas à un statut institutionnel. Les capitales pouvaient être des villes qui luttent pour imposer ce statut, en imposant leur primauté, mais la capitale désignait aussi la ville qui hébergeait certaines institutions. Dans les deux cas, une certaine crédibilité était nécessaire. En Bretagne quelques villes sont concernées. À la fin du XVe siècle, lorsque François II était duc de Bretagne, les fonctions politiques furent partagées entre trois villes : Rennes, Nantes et Vannes. Chacune d'entre elles était aussi dotée d'une sénéchaussée et d'un évêché. Concernant les États de Bretagne, leurs sessions n'étaient liées à aucune ville[55].
Nantes devint la nécropole ducale depuis Pierre II. La ville devint la résidence principale de la cour ducale sous François II. Le duc fit réaliser d'importants travaux pour le château. La ville abrita également les services du conseil et de la chancellerie de Bretagne, ainsi que, à partir de 1460, une université[55].
Vannes accueillit la chambre des comptes de Bretagne, puis à partir de 1485, le siège d’un Parlement sédentarisé, chargé des appels judiciaires, et qui s’y réunit pour une session annuelle de deux mois, abritant ainsi un pouvoir financier et judiciaire[55].
Rennes était la ville du couronnement ducal, lequel se célébrait dans la cathédrale Saint-Pierre. Il s'agissait d'une fonction ancienne, et avant tout prestigieuse[55].
Entre 1490 et 1540, la fin de l'indépendance est marquée par certaines transformations. L’université de Nantes poursuit son existence, mais sans le soutien ducal. La chambre des comptes est déplacée à Nantes, au détriment de Vannes. Les sessions du parlement ne sont plus sédentaires, mais partagées entre Nantes, Rennes et Vannes : les lettres du roi qui le convoquent indiquent chaque année le lieu où il se tiendra. Le conseil et chancellerie de Bretagne siège exclusivement à Rennes, au détriment de Nantes. Le rôle de Vannes en tant que ville capitale décline progressivement à partir de la première moitié du XVIe siècle[55].
Office
[modifier | modifier le code]- Chancelier de Bretagne, il avait des fonctions semblables à celles d'un premier ministre, avec des pouvoirs moindres. Il assistait le duc dans ses décisions. Le chancelier breton le plus célèbre fut Guillaume Chauvin : il occupa cette fonction sous le duc François II, avant d'être emprisonné pour ses opinions politiques par Pierre Landais, trésorier de la cour, à qui il s'était opposé. La chancellerie de Bretagne fut abolie par Charles VIII de France en 1494 par lettres-patentes.
- Connétable de Bretagne
- Maréchal de Bretagne
- Amiral de Bretagne
- Chambellan de Bretagne
- Sénéchal de Bretagne
Subdivisions
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La Bretagne est historiquement subdivisée en neuf provinces correspondant grosso modo aux neuf évêchés bretons :
- Bro Leon : Pays de Léon - Saint-Pol-de-Léon ;
- Bro Gernev ou Kernev : Cornouaille - Quimper ;
- Bro Dreger ou Bro Treger : Trégor - Tréguier ;
- Bro St Brieg : Pays de Saint-Brieuc - Saint-Brieuc ;
- Bro St Maloù : Pays de Saint-Malo - Saint-Malo ;
- Bro Zol : Pays de Dol - Dol-de-Bretagne ;
- Bro Roazhon : Pays de Rennes - Rennes ;
- Bro Naoned : Pays de Nantes - Nantes ;
- Bro Waroch : Broerec ou Pays de Vannes - Vannes.
Comtés
[modifier | modifier le code]- Comté de Rennes (intégré au duché sous Pierre Mauclerc) (comtes)
- Comté de Nantes (intégré au duché au cours du XIIIe siècle) (comtes)
- Comté de Vannes (intégré au duché sous Conan Ier) (comtes)
- Comté de Cornouaille (comtes)
- Comté de Penthièvre (comtes)
- Comté de Goëlo (comtes)
- Comté de Guingamp (comtes)
- Comté de Léon
- Comté de Porhoët (comtes)
Vicomtés
[modifier | modifier le code]- Vicomté de Léon (vicomtes)
- Vicomté de Rohan (1104) (vicomtes)
- Vicomté de Donges (vicomtes)
- Vicomté de Rennes (vicomtes)
- Vicomté du Faou (1019)
Baronnies
[modifier | modifier le code]- Baronnie d'Avaugour (1480) (barons)
- Baronnie de Léon (barons)
- Baronnie de Vitré (barons)
- Baronnie de Fougères (barons)
- Baronnie de Châteaubriant (barons)
- Baronnie d'Ancenis (barons)
- Baronnie de La Roche-Bernard (barons)
- Baronnie de Lanvaux (1485) (barons)
- Baronnie de Derval (1451) (barons)
- Baronnie de La Hunaudaye (1487) (barons)
- Baronnie du Pont-l'Abbé (1492) (barons)
- Baronnie de Coëtmen (1487) (barons)
- Baronnie de Quintin (1451) (barons)
- Baronnie de Malestroit (1451) (barons)
- Baronnie de Pontchâteau (barons)
- Baronnie de Retz (1338) puis duché de Retz (1581) (barons et ducs)
Bailliages et sénéchaussées
[modifier | modifier le code]- Sénéchaussée du Brouërec
- Sénéchaussée de Cornouaille et de Poher
- Sénéchaussée de Lamballe
- Sénéchaussée de Léon
- Sénéchaussée de Moncontour
- Sénéchaussée de Nantes
- Sénéchaussée de Penthièvre
- Sénéchaussée de Ploërmel
- Sénéchaussée de Rennes
- Sénéchaussée de Tréguier ou/et de Guingamp
Divisions ecclésiastiques
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Un seul passage rédigé en vieux breton a été relevé parmi les textes anciens, dans un acte du cartulaire de Redon, les contractants fixent les clauses du contrat en latin mais détaillent les limites du bien-fonds en breton .
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Monnier et Cassard 2012, p. 113.
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- ↑ Cornette 2008, p. 150.
- 1 2 Jean Kerhervé, Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Quadrige/PUF, , 1548 p. (ISBN 978-2-13-054339-8), p. 193-194.
- ↑ Cornette 2008, p. 203.
- ↑ Cornette 2008, p. 202.
- ↑ John T. Koch. Celtic culture : a historical encyclopedia. ABC Clio Eds (2006) p. 34.
- ↑ Joëlle Quaghebeur, La Cornouaille du IXe au XIIe siècle : Mémoire, pouvoirs, noblesse, Société archéologique du Finistère, 2001, p. 83.
- ↑ Stéphane William Gondoin, « Les châteaux forts au temps de Guillaume le Conquérant », Patrimoine normand, no 94, juillet-août-septembre 2015, p. 41 (ISSN 1271-6006).
- ↑ Julies Claustre, La fin du Moyen Âge (1180-1515), Paris, Hachette Supérieur, , 255 p. (ISBN 978-2-01-270921-8).
- ↑ Claude Gauvard, Le temps des Capétiens : Xe – XIVe siècle, Paris, PUF, , 193 p. (ISBN 978-2-13-060825-7).
- 1 2 Monnier et Cassard 2012, p. 164.
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- ↑ Cornette 2008, p. 238.
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- ↑ Monnier et Cassard 2012, p. 170.
- ↑ Auguste Dupouy Histoire de Bretagne Ancienne Librairie Furne Boivin & Cie éditeurs p. 96-97.
- ↑ Roger Jouet et Claude Quétel, Histoire de la Normandie, des origines à nos jours, Nonant, Éditions OREP, , 311 p. (ISBN 978-2-8151-0771-6), p. 75.
- ↑ Cornette 2008, p. 248.
- ↑ Cornette 2008, p. 251.
- ↑ Hervé Abalain, Histoire de la langue bretonne, 2000, éditions Jean-Paul Gisserot, p. 26.
- ↑ Cornette 2008, p. 256.
- ↑ Monnier et Cassard 2012, p. 177.
- ↑ Cornette 2008, p. 255.
- ↑ Cornette 2008, p. 258.
- ↑ Cornette 2008, p. 259.
- ↑ Cornette 2008, p. 385.
- ↑ Cornette 2008, p. 386.
- ↑ Cornette 2008, p. 388.
- ↑ Cornette 2008, p. 390.
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- ↑ Cornette 2008, p. 393.
- ↑ Cornette 2008, p. 394.
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- ↑ Cornette 2008, p. 412.
- ↑ Cornette 2008, p. 414.
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- ↑ Cornette 2008, p. 425.
- ↑ « 1532 : La Bretagne devient française », sur lhistoire.fr (consulté le ).
- ↑ Nicolas Le Roux, « Un prince « obligé de droit divin ». Les engagements du duc de Mercœur sous le règne d’Henri III », dans Le duc de Mercœur, Presses universitaires de Rennes, , 27–74 p. (ISBN 978-2-7535-6648-4, DOI 10.4000/books.pur.98567., lire en ligne)
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- ↑ « Semé » [archive du ], sur blason-armoiries.org (consulté le )
- 1 2 « Jean Kerhervé: Et le roi de France «épousa» la Bretagne », sur lexpress.fr.
- ↑ Yves Coativy, Aux origines de l'État breton. Servir le duc aux 13e et 14e siècle, Rennes, PUR, , 342 p. (ISBN 978-2-7535-7828-9), p. 26.
- ↑ Michel Froger, L'héraldique. Le blason pour tous., Rennes, Ouest-France, , 32 p. (ISBN 978-2-7373-7833-1), p. 8
- ↑ Mentionné par Gwenc'hlan Le Scouëzec dans son Guide de la Bretagne, p. 40 (éditions Coop Breizh, Spézet, 1987, (ISBN 2-84346-026-3). Figure dans Le Journal de la Bretagne des origines à nos jours, page 106, (dir. Jacques Marseille - éditions Larousse, Paris, 2001, (ISBN 2-03-575097-0)), où il est précisé qu'« il existe de multiples versions dans la culture populaire bretonne ».
- ↑ Jean-Yves Paumier, La Bretagne pour les nuls, Éditions First-Gründ, , p. 87.
- ↑ Jacques BREJON DE LAVERGNEE, « L'Emblématique d'Anne de Bretagne d'après les manuscrits à peintures. (XVe – XVIe siècles). », Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, vol. 45, , p. 83-95
- 1 2 3 4 5 Philippe Hamon 2011.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Sources primaires
[modifier | modifier le code]- Michael Jones, Le premier inventaire du Trésor des chartes des ducs de Bretagne (1395), Rennes, Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, , 320 p. (présentation en ligne)
- Michael Jones et Philippe Charon, Comptes du duché de Bretagne: les comptes, inventaires et exécution des testaments ducaux, 1262-1352, Presses universitaires de Rennes Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, coll. « Sources médiévales de l'histoire de Bretagne », (ISBN 978-2-7535-5138-1)
Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Arthur Le Moyne de La Borderie, Essai sur la géographie féodale de la Bretagne, avec la carte des fiefs et seigneuries de cette province, 1889, VIII-195 p., lire en ligne.
- Arthur Le Moyne de La Borderie, Étude historique sur les neuf barons de Bretagne, Plihon et Hervé, Rennes, 1895. Consultable sur la bibliothèque numérique de l'Université Rennes 2
- Jean-Christophe Cassard, La Guerre de succession de Bretagne : dix-huit études, Spézet, Coop Breizh, , 348 p. (ISBN 978-2-84346-297-9).
- André Chédeville et Noël-Yves Tonnerre, La Bretagne féodale : XIe – XIIIe siècle, Rennes, éditions Ouest-France, coll. « Université », , 440 p. (ISBN 2-7373-0014-2).
- René Cintré, Les marches de Bretagne au Moyen Âge : économie, guerre et société en pays de frontière, XIVe et XVe siècles, Pornichet, Éditions Jean-Marie Pierre, , 238 p. (ISBN 2-903999-11-2).
- Yves Coativy, La monnaie des ducs de Bretagne : de l'an mil à 1499, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , III-453 p. (ISBN 2-7535-0288-9, présentation en ligne, lire en ligne).
- Yves Coativy, Aux origines de l'État breton : servir le duc de Bretagne aux XIIIe et XIVe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 342 p. (ISBN 978-2-7535-7828-9, présentation en ligne).
- Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, t. 1 : Des âges obscurs au règne de Louis XIV, Le Seuil, , 733 p. (ISBN 978-2-7578-0995-2 et 2-7578-0995-4).

- Joël Cornette, « 1488-1532. Du duché de Bretagne à une province du royaume : union forcée ou servitude volontaire ? », dans Jacques Berlioz et Olivier Poncet (dir.), Se donner à la France ? Les rattachements pacifiques de territoires à la France (XIVe – XIXe siècle), Paris, Publications de l'École nationale des chartes, coll. « Études et rencontres » (no 39), , 148 p. (ISBN 978-2-35723-031-6, lire en ligne), p. 31-54.
- Philippe Hamon, « Quelle(s) capitale(s) pour la Bretagne (XVe – XVIIe siècle) ? », dans Jean-Marie Le Gall (dir.), Les capitales de la Renaissance, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 192 p. (ISBN 978-2-7535-1389-1, lire en ligne), p. 71-84.
- Michael Jones (trad. de l'anglais par Nicole Genet et Jean-Philippe Genet), La Bretagne ducale : Jean IV de Montfort (1364-1399) entre la France et l'Angleterre [« Ducal Brittany, 1364-1399. Relations with England and France during the reign of Duke John IV »], Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 268 p. (ISBN 2-86847-297-4, présentation en ligne).
- Michael Jones, « Malo et Bretagne, rois d'armes de Bretagne », Revue du Nord, nos 366-367 « Le héraut, figure européenne (XIVe-XVIe siècle) », , p. 597-615 (lire en ligne).
- Jean Kerhervé, L'État breton aux XIVe et XVe siècles : les ducs, l'argent et les hommes, vol. 1 et 2, Paris, Éditions Maloine, , 1078 p. (ISBN 2-224-01703-0 et 2-224-01704-9, présentation en ligne).
- Jean Kerhervé (dir.) et Tanguy Daniel (dir.), 1491. La Bretagne terre d'Europe : Actes du colloque international de Brest (1991), Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, , 523 p. (ISBN 2-906790-02-8).
- Vincent Launay, Le roi en son duché : L’aristocratie de Bretagne et la construction de l’État royal (1270-1328), Rennes, PUR, , 356 p. (lire en ligne)
- Jean-Pierre Leguay, Un réseau urbain au Moyen Âge : les villes du duché de Bretagne aux XIVe et XVe siècles, Paris, Maloine, , 406 p.
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- Frédéric Morvan, La chevalerie bretonne au temps de Bertrand du Guesclin (1341-1381) : les hommes d'armes bretons dans la première phase de la guerre de Cent ans, Vannes, Institut culturel de Bretagne, , 758 p. (ISBN 978-2-86822-115-5).
- Barthélémy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé (préf. Jean Kerhervé), Les papes et les ducs de Bretagne : essai sur les rapports du Saint-Siège avec un État, Spézet, Coop Breizh, coll. « Histoire », (1re éd. 1928, Éditions de Boccard), XVI-698 p. (ISBN 2-84346-077-8, présentation en ligne).
- Brice Rabot, Les structures seigneuriales rurales : Bretagne méridionale (XIVe-XVIe), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 413 p. (ISBN 978-2-7535-5387-3, lire en ligne).
- Marc Russon, « Le duché de Bretagne, la mer et la guerre (XIVe – XVe siècles) », dans Gérard Le Bouëdec (dir.), L'Amirauté en Bretagne : des origines à la fin du XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 487 p. (ISBN 978-2-7535-1854-4, lire en ligne), p. 17-32.
- Jean-Jacques Monnier et Jean-Christophe Cassard (dir.), Toute l'Histoire de Bretagne : Des origines à nos jours, Morlaix, Skol Vreizh, , 864 p. (ISBN 978-2-915623-79-6, présentation en ligne)

Liens externes
[modifier | modifier le code]- Conseil général de Loire-Atlantique, Registres de la chancellerie du Duché de Bretagne (1407-1586)

