Grève des cigarières d’Yverdon
| Date | Du au . |
|---|---|
| Localisation | Yverdon |
| Participants | Ouvrières cigarières |
|---|---|
| Revendications | Droit de fonder un syndicat dans l'usine. |
| Nombre de participants | Environ 60 |
| Types de manifestations | Grève, manifestations |
| Issue | Licenciement des grévistes, boycott, fondation d'une coopérative de production. |
| Lucie Zingre, Margarethe Faas-Hardegger | Henry Vautier |
La grève des cigarières de 1907 est un mouvement social majeur s'étant déroulé à Yverdon, dans le canton de Vaud, en Suisse. Ce mouvement, porté exclusivement par des femmes, est considéré comme une étape pionnière de l'histoire du syndicalisme féminin et de la lutte pour les droits des travailleuses en Suisse[1],[2].
Contexte et genèse du conflit
[modifier | modifier le code]Au début du XXe siècle, l'industrie du tabac occupe une place centrale dans l'économie yverdonnoise, ville de 8 500 habitants[2],[3]. La manufacture de cigares Vautier emploie alors une main-d'œuvre majoritairement féminine, les « cigarières », soumises à des conditions de travail pénibles : journées de plus de 10 heures dans une atmosphère saturée de poussière de tabac, pour des salaires très bas[1],[4]. Des ouvrières tentent de créer un syndicat[5]. Le , une des ouvrières[5], Lucie Zingre, âgée de 27 ans, rédige un tract manuscrit « L’appel à toutes les ouvrières » appelant les cigarières à se réunir pour dénoncer leurs conditions de travail[1],[6]. En représailles, leur patron, Henry Vautier, licencie sept travailleuses le [7],[8]. En solidarité, une soixantaine de cigarières cessent le travail[3]. C'est le déclenchement de la grève[3].
Extension du mouvement
[modifier | modifier le code]Plusieurs tentatives de conciliation ont lieu, notamment par Adolphe Gavillet, mais le patronat reste inflexible[3]. Plusieurs manifestations sont organisées : le , puis le , qui réunit plus de 1 000 personnes[3],[4]. La grève est marquée par une organisation rigoureuse et une solidarité qui dépasse le cadre de l'usine, dans un contexte syndical et politique explosif en Suisse, qualifié de « Tempête rouge »[1].
Une figure centrale émerge durant ce conflit : Lucie Zingre, oratrice charismatique, qui devient la porte-parole des grévistes et parvient à tenir tête à la direction de l'usine ainsi qu'aux autorités locales[4],[5],[9]. Elle est influencée politiquement à la fois par le militant libertaire François Porchet, dont elle a été la voisine, et par la figure de Margarethe Faas-Hardegger, militante anarchiste et féministe, et secrétaire syndicale de l'USS, qui vient à Yverdon début 1907 pour rencontrer les cigarières[5],[6],[10].
Dénouement
[modifier | modifier le code]Les gendarmes et l'armée sont déployés devant l'usine[3]. Les sept licenciées sont menacées d’emprisonnement et condamnées à une amende de cinq francs. Un ultimatum patronal met fin au conflit le , après huit jours de grève, et 57 ouvrières sont licenciées[3],[5].
Mais les cigarières d'Yverdon gagnent le soutien de la presse syndicale et de gauche, notamment grâce à l'action de Margarethe Faas-Hardegger[11]. Un boycott des produits Vautier est organisé dans tout le pays, qui impacte profondément l'entreprise[9]. Quelques mois plus tard, en , quelque anciennes employées créent une coopérative à Yverdon pour produire et distribuer leur cigarette, « La Syndicale »[3].
Vautier finit par plier et par accepter de signer en 1909 une convention collective contre la promesse de la fin du boycott par la Fédération suisse des ouvriers de l'alimentation et du tabac[5],[12].
Postérité et mémoire
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La grève de 1907 est considérée comme la première grande grève de femmes en Suisse, et marque leur capacité à s'organiser de manière autonome, sans l'aide initiale des syndicats masculins[2],[7]. Elle ouvre la voie aux futures luttes pour l'égalité salariale et le droit de vote des femmes. L'événement a laissé une trace durable dans la mémoire ouvrière suisse. En 2024, la ville d'Yverdon-les-Bains rend hommage à ce mouvement en inaugurant la « Passerelle des Cigarières »[12],[13].
Le conflit fait également l'objet d'une médiatisation culturelle au XXIe siècle avec la publication de la bande dessinée La Révolte des cigarières (Eric Burnand et Fanny Vaucher), qui documente l'héroïsme de ces travailleuses[3],[9].
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 Anne Rey-Mermet, « 1907: Voici la tempête rouge »
, sur 24 heures, (consulté le ) - 1 2 3 Olivier Perrin, « Les cigarières d’Yverdon, pionnières de la grève des femmes en Suisse, en 1907 », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Emmanuel Deshayes, « "La révolte des cigarières" : une BD retrace cette grève entièrement menée par des femmes pour les femmes », sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté, (consulté le )
- 1 2 3 « La grève des cigarières de 1907 », sur site officiel de la commune d'Yverdon (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Éric Burnand et Fanny Vaucher, La révolte des cigarières, Lausanne, Antipodes, , 200 p. (ISBN 978-2-88901-278-7)
- 1 2 Eric Burnand et Fanny Vaucher, « «Appel à toute les ouvrières». Un document inédit qui éclaire la grève des cigarières d'Yverdon (1907) », Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, AÉHMO & Éditions d'en bas, no 41 « Dans les usines, les ateliers et les ménages »,
- 1 2 Sophie Dupont, « En 1907, les cigarières d’Yverdon empoignent la lutte ouvrière », La Liberté, (lire en ligne)
- ↑ Claude Cantini, « Yverdon 1907 : grève des cigarières, répression et cigarette syndicale », Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, no 26, (lire en ligne)
- 1 2 3 Michel Pralong, « Quand les femmes faisaient fulminer les autorités d'Yverdon », Le Matin, (ISSN 1018-3736, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Julien Burri, « Les ouvrières suisses, héroïnes de bande dessinée », Le Temps, (ISSN 1423-3967, lire en ligne
, consulté le ) - ↑ Marianne Enckell, « FAAS-HARDEGGER Margarethe », sur Le Maitron, (consulté le )
- 1 2 Fabien Lapierre, « Qui sont ces cigarières qui donnent leur nom à la passerelle d’Yverdon ? »
, 24 heures, (consulté le ) - ↑ « Retour en images - Inauguration de la Passerelle des Cigarières », sur site officiel de la commune d'Yverdon, (consulté le )