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Industrie minière au Cambodge

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Carte
  • Mines en activités
  • Mines fermées
  • Réserves non exploitées
  • Sites archéologiques miniers

L'industrie minière au Cambodge repose principalement sur l'exploitation de l'or, des pierres précieuses (rubis, saphirs, zircons) et du minerai de fer, ainsi que sur l'exploration de gisements de bauxite et de pétrole non exploités. Bien que l'activité métallurgique soit attestée dès l'âge du fer avec des preuves de production locale de fer et de bronze, et qu'elle se soit poursuivie durant l'Empire khmer (IXe-XVe siècle) pour soutenir les grands programmes de construction d'Angkor, le secteur minier cambodgien demeure historiquement modeste à l'échelle régionale.

Durant la période coloniale française de 1863 à 1953, l'exploitation se concentre principalement sur les pierres précieuses de Pailin, les phosphates de Battambang et, dans une moindre mesure, le minerai de fer de Phnom Dek. Après l'indépendance, l'extraction de gemmes à Pailin est instrumentalisée par les Khmers rouges durant leur guérilla pour financer l'achat d'armes, puis alimente une économie parallèle contrôlée par d'anciens commandants. Au début du XXIe siècle, une ruée vers les ressources minérales s'enclenche à partir de 2006, avec l'octroi de plus de 100 licences d'exploration et d'exploitation, principalement pour l'or, la bauxite et le fer.

En 2024, le secteur génère près de 100 millions de dollars de recettes non fiscales, marquant une croissance de 80 % par rapport à 2023, portée notamment par la mine d'or d'Okvau. Le gouvernement cambodgien considère désormais l'industrie minière comme un élément central de sa stratégie de diversification économique. Toutefois, le secteur fait face à des contraintes structurelles majeures, notamment des infrastructures sous-développées, une opacité administrative et des préoccupations environnementales et sociales. Le Cambodge se classe parmi les industries extractives les moins transparentes au monde selon le Natural Resource Governance Institute (en), avec des cas documentés de corruption, d'accaparement de terres et d'exploitation non réglementée dans les zones protégées.

Époque ancienne

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(Note : La connaissance de l'histoire industrielle et culturelle du Cambodge est compromise par le pillage intensif des sites. L'extraction illégale d'artefacts, motivée par la valeur marchande des métaux et des antiquités, entraîne la destruction irrémédiable des contextes archéologiques. Des sites majeurs comme Prohear (en), Bit Meas, Phum Snay (en) ou le Village 10.8 subissent des fouilles clandestines systématiques, souvent réalisées par des villageois locaux pour le compte de réseaux de trafic d'antiquités. On estime qu'environ 90 % des objets nouvellement découverts, incluant des tambours de bronze Heger-I et des parures en or, disparaissent dans ces circuits illicites, effaçant des pans entiers du récit historique de la technologie minière cambodgienne[1],[2][3].)

À Prei Khmeng (en) dans la province de Siem Reap ont été découverts de nombreux objets en fer et en bronze qui témoignent d'un artisanat métallurgique développé.

Plusieurs sites du nord-ouest et du centre-ouest du Cambodge, datant de l'âge du fer (environ 87 à 526 apr. J.-C.[4]), fournissent des preuves matérielles directes d'une activité métallurgique active. À Phum Sophy (en), les fouilles ont révélé des résidus de fusion, notamment des pièces de scorie de fer dans différentes unités stratigraphiques, ainsi que des amas d'argile cuite interprétés comme des fragments de fours ou des zones de cuisson industrielle[5]. Le site de Prei Khmeng (en) confirme cette tendance avec la découverte, dans les couches domestiques, d'une masse de fer (iron bloom) et de gâteaux de scories (slag cakes), démontrant un processus de production sur place ou à proximité immédiate[6]. L'outillage lithique associé, comprenant des pilons en grès[7] et une meule[8], suggère également des activités liées à l'exploitation ou à la transformation de matériaux bruts.

Le site de Prohear (en) dans la province de Prey Veng, riche en objets en or et argent (bijoux), a permis de mieux comprendre les marqueurs de stratification sociale du Cambodge ancien.

L'activité métallurgique alimente une consommation locale variée, visible dans les contextes funéraires[9]. Le fer est transformé en outils agricoles (faucilles[10],[11], instruments de creusage[12]), en armes (lances[11], pointes de projectile[13]) et en objets divers. Le bronze et le cuivre sont privilégiés pour l'ornementation, sous forme de bracelets[14], d'anneaux d'orteils et de mains[15],[16], ainsi que de cloches[11]. Parallèlement à la métallurgie, l'exploitation et le commerce de matériaux minéraux non-métalliques jouent un rôle central dans l'économie. Les sépultures de l'âge du fer recèlent une grande quantité de perles en verre, en agate et en cornaline[17],[18]. La présence de ces matériaux, souvent d'origine exogène (Inde ou Chine)[19], ainsi que l'analyse de leur composition (verre sodo-aluminique), témoignent de l'insertion des communautés cambodgiennes dans des réseaux commerciaux à longue distance[20],[21]. L'accumulation de ces biens, particulièrement visible sur le site de Prohear (en) où abondent l'or et l'argent[22], sert de marqueur de stratification sociale, distinguant des niveaux de richesse relative au sein de la population[23].

Il était établi par certains travaux, s'appuyant sur des découvertes de l'âge des métaux précoce, qu'il y avait un manque de ressources locales au Cambodge pour la production de métaux. Selon cette perspective, le moulage de bronze local était très rare et les communautés dépendaient de sources extérieures, important des produits finis depuis la Thaïlande ou le Vietnam, ou faisant appel à des artisans itinérants[24]. À l'opposé, des recherches initiées en 2021 dans la région de Chhaep (province de Preah Vihear) documentent l'existence d'un vaste complexe minier et métallurgique local qui atteste d'une tradition d'extraction et de production primaire de cuivre et de fer s'étendant sur deux millénaires, contredisant ainsi l'hypothèse d'une absence totale de ressources cuprifères rentables ou d'une dépendance exclusive aux importations. Ce complexe comprend une quinzaine de sites associés à l'extraction et au traitement du minerai. Deux sites principaux permettent de caractériser la chaîne opératoire de la production de cuivre : Phnom Chroap Phdau (PCP) et Trapeang Choan Sanlong (TCS). Le site de PCP présente une ancienne fosse d'extraction de minerai de cuivre d'un volume estimé à 300 000 m³, entourée de vastes haldes (amoncellement de déchets miniers). Le site de TCS, quant à lui, témoigne des opérations de réduction avec des amas de scories répartis sur dix hectares et des fours de réduction identifiés par les fouilles. Les analyses physico-chimiques indiquent que si les scories écoulées sont homogènes, les scories plates présentent une composition variée suggérant des opérations distinctes de préparation ou de transformation secondaire. Cette activité s'étend chronologiquement de la fin du IVe siècle au début du XIVe siècle[25],[26].

Empire khmer et âge sombre

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La construction de villes-temples sous l'Empire khmer, telles Angkor, a nécessité des masses considérables de matériaux en latérite et grès, provenant notamment du massif du Phnom Kulen, mais également en fer, cuivre et étain, ce qui a structuré tout le système d'extraction et de production métallurgique.

Durant la période de l'Empire khmer (IXe siècle-XVe siècle), l'exécution de l'immense programme conçu par les rois-bâtisseurs d'Angkor exige des opérations d'extraction et de transport massives. D'une part, la latérite, une roche volcanique qui affiche une couleur brun rougeâtre et un aspect granulé, s'impose pour les parties des édifices nécessitant une taille particulièrement soignée. Les gisements de cette latérite constituent d'ailleurs le sous-sol même d'Angkor. D'autre part, le grès joue un rôle essentiel dans les parties des structures destinées à recevoir des sculptures. Cependant, ce grès ne se trouve pas à proximité de la capitale. Cette absence oblige les bâtisseurs à creuser de vastes carrières au pied des collines voisines pour garantir l'approvisionnement en roche. Les blocs qui émanent de ces carrières affichent une couleur gris-jaune ou légèrement rosée, ils offrent une taille facile et durcissent rapidement à l'air[27]. Le massif du Phnom Kulen, situé à proximité, se compose par exemple d'un grès calcaire très tendre[28], il s'effrite et s'émiette lorsqu'il subit l'exposition au vent et à la pluie (ce qui fait qu'il n'existe plus de temple dont les sculptures ne soient pas plus ou moins altérées par l'action du climat tropical). Le transport des blocs débités sur place soulève un problème important pour les ingénieurs de l'époque et on a recours à l'usage d'éléphants pour assurer le déplacement des charges[27].

Des études archéométallurgiques révèlent également que l'industrie du bronze constitue un élément important du pouvoir royal dès le XIe siècle, principalement en raison de sa ressemblance avec l'or et de sa fonction en tant que matériau de choix non accessible au commun des mortels. L'étain pour sa fabrication était sans doute importé du Laos ou de la péninsule malaise. La fonderie du palais royal d'Angkor constitue la seule fonderie de cette époque connue au Cambodge. Sa proximité immédiate avec le palais royal renforce l'idée d'une mainmise du pouvoir sur cette production. Elle fonctionne pendant environ cent ans avant que l'activité bronzière ne s'arrête vers la fin du XIe siècle. Elle produit principalement de la grande statuaire en bronze, des images des divinités hindoues et bouddhiques et peut-être aussi des statues portraits de dignitaires, parfois recouvertes d'or et ornées d'incrustations de pierres précieuses, destinée à des sanctuaires majeurs, des sites religieux et de pèlerinage, comme Preah Khan[29].

Les statues en bronze d'Angkor ont également nécessité une industrie métallurgique développée ainsi que des réseaux d'échange structurés car l'étain devait être importé de l'étranger, le territoire khmer en étant dépourvu.

L'activité minière est intimement liée à l'expansion territoriale, aux besoins agricoles et à la puissance militaire de l'État angkorien[30]. Les recherches récentes, notamment le projet IRANGKOR, ont mis en lumière l'importance cruciale des réseaux d'échange pour pallier l'absence de ressources métalliques à proximité immédiate de la capitale, Angkor[31]. L'exploitation s'est concentrée principalement sur le fer[32], le cuivre[29], et, dans une mesure différente, sur l'or[33].

Le fer constitue une ressource stratégique indispensable à la fabrication d'outils agricoles, aux vastes programmes de construction et à l'armement nécessaire à l'expansion de l'Empire[30]. Les archéologues observent une forte augmentation de la production de fer entre le XIe siècle et le XIIIe siècle, période qui correspond à une période d'expansion de l'empire angkorien[29]. Le centre névralgique de cette production se situait dans la province de Preah Vihear, autour du complexe urbain de Preah Khan et du gisement voisin de Phnom Dek, dont le nom signifie littéralement « Montagne de fer ». Les enquêtes archéologiques ont révélé l'existence d'un vaste « paysage industriel » s'étendant sur 400 à 600 km2 autour de ce dernier site[32]. Le complexe de Preah Khan, relié à Angkor par la Voie royale, servait probablement de « temple d'étape » et de centre de collecte et de distribution. Au sein même de l'enceinte du temple, notamment entre les troisième et quatrième murs, 18 sites de métallurgie témoignent d'une activité intense[34]. Il existe cependant des divergences dans les données chronologiques concernant la période d'activité maximale. Tandis que certaines datations au radiocarbone sur le site de Preah Khan situent la production de fer principalement entre le milieu du XIIIe siècle et le début du XVIIe siècle (phase terminale et post-angkorienne)[32], d'autres analyses suggèrent une occupation dès le XIe siècle avec une intensification industrielle au XIVe siècle[30]. Par ailleurs, les sites d'extraction près de Phnom Dek montrent une activité beaucoup plus ancienne, s'étendant du IXe siècle jusqu'au XXe siècle[32]. Le minerai de Phnom Dek est décrit dans les rapports coloniaux du XIXe siècle comme étant d'une très bonne qualité[35]. Il s'agit d'une hématite de grande pureté, pouvant atteindre une teneur en peroxyde de fer supérieure à 96 %, exempte de soufre et de phosphore[36]. Les ingénieurs français de l'époque ont noté que le fer produit à partir de ce minerai possédait une élasticité[35] et une dureté supérieures aux standards européens, le comparant à l'alliage des cloches au niveau de la sonorité[37]. Les réserves théoriques de ce gisement étaient estimées à environ 90 millions de tonnes[35].

La production du fer dans la région de Phnom Dek est historiquement attribuée à l'ethnie Kuy (en). Selon le modèle du « Kuay angkorien », les ancêtres de cette minorité seraient responsables de la métallurgie durant la période impériale. Cette tradition s'est perpétuée jusqu'au milieu du XXe siècle, avant d'être interrompue vers 1950 par l'instabilité politique régionale. Les récits ethnohistoriques et coloniaux décrivent les Kuys (parfois appelés « Kuay-Dek » ou « Kuay-de-Fer ») comme des agriculteurs dont l'économie reposait sur la vente du fer, lequel servait de monnaie d'échange jusqu'en Cochinchine et au Siam[32]. Leur procédé technique, qualifié de « méthode catalane » par les observateurs français[38], impliquait la construction de fourneaux en argile sur une armature de bambou. La réduction du minerai nécessitant une ventilation constante, elle était assurée par des soufflets actionnés par des hommes durant une quinzaine d'heures. Le fer obtenu, une fois débarrassé de ses scories et martelé, était commercialisé sous forme de barres ou d'outils[32]. Les conditions d'exploitation étaient particulièrement difficiles, les zones minières étant propices à la « fièvre des bois » (probablement le paludisme), ce qui limitait les tentatives d'exploitation industrielle par les puissances coloniales[39].

Le site minier de Chhaep, situé à 190 kilomètres à l'est d'Angkor, émerge comme un véritable complexe métallurgique englobant l'extraction du cuivre jusqu'au raffinage du minerai, opérationnel jusqu'à la fin de la période angkorienne. Pour séparer le cuivre des autres éléments, comme le silicium, il est possible que les métallurgistes aient utilisé du manganèse, dont une mine a été découverte non loin, ce qui est assez rare dans ce type de processus. Le métal brut arrivait à Angkor sous forme de barres et de plaques et, selon les hypothèses, était stocké dans le trésor royal puis redistribué aux artisans[29].

L'usage de l'or au Cambodge est attesté dès la protohistoire et s'est poursuivi durant la période du Fou-nan et l'ère angkorienne pour la fabrication de bijoux, de vaisselle et d'éléments architecturaux. L'or servait de valeur de référence dans une économie non monétisée. Cependant, l'origine de ce métal fait l'objet d'informations contradictoires dans les sources historiques. Une stèle du Xe siècle mentionne explicitement de la « poudre d'or » versée en tribut au souverain khmer Isanavarman II, suggérant une production locale. À l'inverse, à la fin du XIIIe siècle, le diplomate chinois Zhou Daguan affirmait que le pays ne produisait ni or ni argent. Les récits des explorateurs ibériques des XVIe siècle et XVIIe siècle présentent la même dichotomie : certains (comme Gaspard de Santa-Cruz ou Gabriel Quiroga de San Antonio (es)) décrivent la présence de métaux précieux, tandis que d'autres (notamment Antonio de Morga) affirment l'absence totale de mines d'or, une contradiction qui pourrait découler d'une volonté politique de susciter ou non une intervention coloniale. Les études géologiques modernes ont toutefois confirmé la présence de ressources aurifères, principalement sous forme alluvionnaire. L'exploitation traditionnelle par orpaillage (lavage des alluvions à la batée) est documentée le long des affluents du Mékong, notamment la Sékong (en) et la Sésane, ainsi que dans diverses provinces comme Battambang ou Kompong Thom. Les populations locales, parfois décrites comme des groupes ethniques tributaires, utilisaient des techniques simples de lavage et de purification par le souffle pour extraire la poudre d'or, qui était ensuite stockée dans des tuyaux en plumes d'oiseaux avant d'intégrer les circuits d'échange[33].

Période coloniale française (1863-1953)

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Durant la période coloniale française de 1863 à 1953, l'industrie minière du territoire cambodgien se concentre principalement autour de l'exploitation des pierres précieuses[40], du phosphate de chaux[41] et, dans une moindre mesure, du minerai de fer, bien que la mise en valeur de ce dernier ait été entravée par des difficultés logistiques[42]. Les recherches minières ont également porté sur l'or, un gîte étant identifié au lieu-dit Bar, à 50 km au nord de Sisophon[43].

Carte française de l'Indochine datant de 1869 peu après l'établissement du protectorat sur le Cambodge en 1863.

Les dépôts de corindon dans la région frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande sont bien connus des populations locales depuis des centaines d'années. Ils deviennent populaires en Occident à la fin du XIXe siècle, à la suite de la publication du livre Five Years in Siam par le Britannique Herbert Warington Smyth (en) en 1898. La majorité se situent dans le nord-ouest, avec Pailin comme lieu de concentration[44]. Un droit minier spécial y ait imposé et la majorité des pierres s'exporte vers Bangkok via Chanthaburi avant d'être vendue en Europe sous le nom de « pierres du Siam »[40]. Après s'être emparé de Pailin à la fin des années 1910, la France tente d'y développer d'autres secteurs économiques (élevage, produits forestiers, extraction de pierre, cultures), mais sans succès. La prospérité de la région, qui s'est maintenue jusqu'aux années 1940 grâce aux gemmes, démontre l'échec du régime colonial français à la libérer de sa dépendance à l'extraction de pierres précieuses[45]. Le Cambodge détient une histoire particulière dans le traitement des gemmes, ayant commercialisé le traitement des pierres précieuses avant qu'il ne soit transmis aux Thaïlandais. Les pierres de Pailin seraient prétendument les premières à avoir été traitées thermiquement pour améliorer leurs couleurs. L'invention du processus est attribuée au professeur et à Madame Bron de la Compagnie Grasset & Bron à Genève. La méthode aurait été transmise aux négociants locaux par deux visiteurs cambodgiens de l'élite[46].

Sur cette carte du Service des Travaux Publics du Cambodge datant de 1922, Phnom Dek (partie supérieure, au milieu) est noté « Minerai de fer ». Les Français ont envisagé d'exploiter ce gisement à une échelle industrielle, mais les difficultés d'accès ont finalement fait échouer le projet.

La Société minière du Cambodge (S.M.C.), une filiale du groupe Fommervault, est fondée en 1926 pour l'exploitation des gisements de phosphates. Son fondateur et administrateur délégué est Gaston de Fommervault, également administrateur délégué de la Société des charbonnages d'Along[47]. Le capital social initial est indiqué à 300 000 piastres (en actions de 10 piastres) ou 3 600 000 francs (en actions de 100 francs). La Société civile des phosphates du Cambodge, qui avait préalablement mené les études et fait apport des gisements, reçoit 5 000 actions et 2 000 des 4 000 parts de fondateur créées. L'objet social de la société anonyme nouvelle est très large, couvrant l'exploitation de toutes mines et carrières, mais se spécialise dans les carrières de phosphates du Cambodge, le traitement du minerai et son commerce. Le siège social se trouve initialement à Saïgon (16, rue Colombert)[48], avant d'être transféré à Paris (150, boulevard Haussmann) le [49]. La S.M.C. obtient la concession des mines « Phnom-Neang-Ansey-Sok » et « Phnom-Krapen », situées dans la région de Battambang et comportant de nombreux amas de phosphorite dont les teneurs en acide phosphorique varient de 12 à 35%, certaines dépassant 30% de pentoxyde de phosphore[50]. Le minerai est extrait à ciel ouvert[51] et une usine de broyage et moulage de phosphates est construite sur place, mise en marche en . Idéalement située sur la route de Pailin, à proximité immédiate du chemin de fer en construction entre Phnom Penh et Battambang, elle dispose d'un quai d'embarquement sur la Sangker. Sa capacité est de 24 000 tonnes par an mais son exploitation est rapidement confrontée à des difficultés en raison de la faible consommation de phosphates au Cambodge et en Cochinchine (environ 10 000 tonnes annuellement)[50] et des problèmes financiers momentanés qui contraignent à arrêter l'usine quelques mois après sa mise en service[51]. L'année 1930 marque l'inauguration de la production effective de phosphates bruts au Cambodge avec 1,1 millier de tonnes, le pays ayant enregistré une production nulle entre 1924 et 1929[40].

Le gisement de minerai de fer de Phnom Dek dans la province de Kampong Thom, une colline d'une centaine de mètres de hauteur exploitée depuis des siècles à échelle très réduite, est inclus dans les concessions minières d'Hangouart et Charles, acquises par la Société des hauts fourneaux de Denain et d'Anzin. L'exploitation par les Kuys (en) aurait cessé en 1926. Une société nouvelle, la Société des mines de fer du Cambodge, est créée sous les auspices de Denain-Anzin (en) et de Mokta El Hadid. Son capital initial est de 150 000 piastres, avec des projets d'augmentation ultérieure à 3, 8 ou même 20 millions de piastres. La mise en exploitation moderne nécessitait la construction d'un chemin de fer de 60 km jusqu'à Kampong Thom, puis une expédition par voie d'eau (260 km jusqu'à Phnom Penh, 650 km jusqu'à Saïgon). La situation excentrique du gisement est jugée peu propice à sa mise en valeur par rapport aux gisements du Tonkin et du Nord-Annam, plus proches de la mer. Le Japon, en quête de minerai de fer, s'intéresse cependant à ce gisement, réputé de bonne qualité. Une mission japonaise de la société Mitsubishi vient étudier la question, mais ses ingénieurs ne trouvent pas les gisements suffisamment étendus ou les moyens de communication assez faciles à établir. Les Fonderies et Aciéries gouvernementales de Yawata auraient abandonné les négociations. Cependant, une autre source indique que les négociations auraient été reprises par la société Mitsui, qui visait une livraison annuelle de 200 000 tonnes de minerai pendant 10 ans, et projetait de participer au capital de la Société des mines de fer du Cambodge pour un quart de la somme, se rendant acquéreur de toute la production future[52].

Depuis l'indépendance

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Après leur éviction du pouvoir en 1979 et durant les années de guérilla, Pailin reste un bastion des Khmers rouges, et l'exploitation minière des pierres précieuses y est instrumentalisée pour générer des revenus substantiels destinés à l'achat d'armes[46]. Les Khmers rouges gagnent alors des dizaines de milliers de dollars par semaine en vendant des laissez-passer aux prospecteurs. Pour environ 40 dollars chacune (1 000 bahts thaïlandais), plusieurs milliers de personnes, originaires du Cambodge, de la Thaïlande, de la Birmanie et du Laos, obtiennent une permission d'une semaine pour creuser sur des sites comme Phnom Pech (« montagne de diamant »). Une estimation suggère que même avec seulement 2 000 mineurs, les Khmers rouges peuvent amasser 80 000 dollars par semaine. Ces revenus, couplés à d'autres activités, assurent la capacité de la faction à maintenir son approvisionnement en armes chinoises, même en cas de cessation de l'aide internationale. L'activité minière dans cette zone est extrêmement dangereuse. Le chemin d'accès depuis la Thaïlande est semé de mines terrestres, forçant les mineurs à une prudence extrême. Le contrôle des Khmers rouges sur l'activité est relativement strict, avec des postes de contrôle pour vérifier les laissez-passer. Cependant, des informations contradictoires existent concernant la discipline des soldats. D'une part, des réfugiés rapportent que les rebelles ne tentent jamais de voler leurs rubis et qu'ils ont l'interdiction de creuser eux-mêmes. D'autre part, il est noté que certains soldats creusent néanmoins et que la discipline peut s'effondrer, certains mineurs étant obligés de payer deux fois[53].

Les Khmers rouges (reconstitution de 2019) occuperont Pailin jusqu'à la fin des années 1990 où ils tireront profit des ressources en rubis et saphirs pour s'acheter de l'armement. Ils permettront également à des compagnies minières thaïlandaises de « nettoyer » la région de ses gemmes avec de la machinerie lourde, ce qui laisse aujourd'hui la prospection très difficile.

Après la fin de la guérilla, les anciens Khmers rouges se sont lancés dans le trafic de rubis en toute impunité, ce qui a permis à certains de vivre une retraite dorée et d'échapper à la justice internationale. L'argent issu de ce commerce illicite a notamment servi à « acheter la paix » avec Phnom Penh et à financer la construction de casinos et d'hôtels luxueux. Un ancien commandant militaire khmer rouge, proche de Pol Pot, Ee Chhean, est ainsi devenu gouverneur de la ville et propriétaire de ces établissements[54]. Ce système se caractérise par l'institutionnalisation d'une gouvernance parallèle et néo-patrimoniale : les élites militaires locales, jouissant d'une autonomie de fait vis-à-vis de l'État central, ont opéré un transfert de capitaux de la sphère idéologique vers la prédation économique, légitimant leur hégémonie par le développement d'infrastructures locales. Cette enclave territoriale perpétue ainsi un état d'exception juridique où l'impératif de stabilité régionale est instrumentalisé pour soustraire les acteurs de ce système aux mécanismes de la justice transitionnelle internationale[55]. La région, y compris la zone à usage multiple de Samlaut (en) au nord du massif des Cardamomes, subit encore d'intenses activités minières, malgré la dangerosité des opérations, et les sommets des montagnes où les entreprises thaïlandaises opéraient révèlent une érosion des sols généralisée[46].

L'activité minière du pays s'est déplacée vers l'est, où l'orpaillage à petite échelle est répandu. En 2004, une évaluation menée par Oxfam en collaboration avec le gouvernement cambodgien estime qu'entre 5 000 et 6 000 personnes travaillent dans le secteur minier à petite échelle pendant la haute saison (novembre à mai). Bien que les mineurs reçoivent des salaires relativement bas, la possibilité de découvrir une pépite majeure offre un potentiel de gain plus important, similaire au secteur des pierres précieuses. Cependant, l'épuisement des gisements d'or conduit à des techniques plus dangereuses, nécessitant des tranchées plus profondes et l'utilisation de produits chimiques toxiques. L'utilisation de mercure et de cyanure pose des défis environnementaux majeurs. Le mercure, une neurotoxine, s'accumule dans les poissons, qui sont une source essentielle de nourriture pour la population. Le cyanure, bien que se dégradant relativement vite, présente un risque de mortalité massive de poissons et de contamination des réserves d'eau en cas de déversement. La régulation de ce secteur est difficile en raison de son profil d'emploi saisonnier et sporadique, ainsi que de l'éloignement des sites d'extraction. La formalisation du secteur par des coopératives et la fourniture de technologies propres sont considérées comme cruciales pour maintenir le potentiel de subsistance de cette petite exploitation[56].

Le siège du ministère cambodgien des Mines et de l'Énergie (en) à Phnom Penh, en charge de toute l'industrie extractive du pays.

Tandis qu'aucun projet minier majeur ne démarre au milieu des années 1990, une ruée vers les ressources minérales s'enclenche clairement dès 2006, année où le Conseil pour le développement du Cambodge (CDC) approuve 403 millions de dollars d'investissement dans ce secteur, soulevant la possibilité que le secteur minier puisse surpasser le pétrole en termes de contribution à l'économie nationale. Néanmoins, en raison du manque de données sur les réserves minérales et du stade précoce de l'exploration sur de nombreux sites, il est impossible de quantifier précisément les revenus générés[57]. L'établissement du cadre légal et réglementaire souffre de lacunes et d'une mise en œuvre déficiente. La Loi de 2001 sur la gestion et l'exploitation des ressources minérales confère au ministère des Mines et de l'Énergie (en) la responsabilité de l'allocation des licences d'exploration ou d'exploitation[58], attribuées pour plus de 100 sites différents[59], dont 21 dans la seule année 2008[60]. L'élite dirigeante ou ses proches s'emparent discrètement des licences d'exploration, tout site minier enquêté par Global Witness en 2008 étant sous le contrôle ou la propriété de membres de l'élite politique ou militaire[61]. Les entreprises doivent verser à l'État des frais (enregistrement, location annuelle, etc.), mais les détails de ces paiements demeurent inconnus, et les taux pour les redevances et taxes ne sont pas finalisés[62]. L'engagement des forces armées est manifeste et étendu, des membres de l'armée royale cambodgienne assurant la garde des sites miniers[63]. Le gouvernement priorise l'activité minière sur la protection environnementale, conduisant à une activité d'exploration minière étendue dans au moins six des 23 zones protégées du Cambodge. Sur le plan social, les compagnies s'emparent des terres locales, des cas d'intimidation sont signalés, et aucune forme de consentement libre, préalable et éclairé de la population locale n'existe dans ces cas[61].

Le secteur minier cambodgien, bien qu'historiquement modeste, est maintenant au cœur de la stratégie de diversification économique du gouvernement visant à réduire la dépendance à l'agriculture, au textile et au tourisme, en exploitant un potentiel minéral largement inexploré. Cette nouvelle orientation politique entraîne une forte croissance, le secteur générant près de 100 millions de dollars américains de recettes non fiscales en 2024, marquant une augmentation de 80 % par rapport à 2023. L'or est le principal moteur de cette performance, avec une production dépassant les 13 tonnes au cours des dix premiers mois de 2024, notamment grâce à la mine d'Okvau, et un potentiel d'exportation accru par des projections de prix de l'or records pour les années à venir. D'autres ressources importantes, telles que 350 millions de tonnes de réserves prouvées de bauxite dans le sud-ouest (avec un projet d'investissement de 800 millions de dollars américains en cours d'examen) et des gisements de minerai de fer, attirent également les investissements internationaux. Néanmoins, le secteur est confronté à des contraintes structurelles majeures, notamment des infrastructures sous-développées, avec des tarifs d'électricité industrielle élevés, des problèmes de transport critiques dus aux routes rurales non revêtues et une capacité limitée du port de Sihanoukville. De plus, malgré un régime fiscal compétitif, les investisseurs se plaignent de l'opacité et de la lenteur des procédures de délivrance des licences. Malgré ces défis et une taille encore modeste par rapport à ses voisins comme l'Indonésie, le potentiel de « découverte » (greenfield land (en)) et le succès émergent de ses opérations positionnent le secteur minier cambodgien pour une croissance accélérée, jouant un rôle central dans l'atteinte des objectifs nationaux de croissance économique et de réduction de la pauvreté d'ici 2030[64].

Minerais et ressources

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L'extraction d'or au Cambodge est principalement concentrée sur la mine d'Okvau, située dans la province de Mondol Kiri et exploitée par Renaissance Minerals, une filiale de la société australienne Emerald Resources[65]. Ayant démarré sa production commerciale en [66], elle est la première mine d'or commerciale à grande échelle du pays[67] et contribue de manière significative aux revenus miniers nationaux. Les ventes d'or ont totalisé 100 600 onces (2,8 tonnes) à un prix moyen réalisé de 2 770 dollars américains par once[68], générant des revenus de 430 millions de dollars américains, exporté en totalité vers une raffinerie en Australie[69]. Renaissance Minerals représente à elle seule 12,5 tonnes sur les 13 tonnes brutes produites au Cambodge durant les dix premiers mois de 2024[70].

Les réserves prouvées et probables d'or à Okvau s'élèvent à 650 000 onces (18,4 tonnes) en , avec des ressources minérales totales estimées à 960 000 onces (27 tonnes), incluant une composante souterraine de 310 000 onces (8,8 tonnes) à haute teneur[71]. Des expansions sont en cours, notamment une prolongation de la licence minière industrielle pour Okvau et de nouveaux accords signés en avec le ministère des Mines et de l'Énergie (en) pour développer des projets supplémentaires dans la province de Mondol kiri[67], dont le projet Memot (en)[72]. Pour l'exercice 2025, les royalties et taxes versées au gouvernement cambodgien par Emerald Resources se sont élevées à 52,3 millions de dollars américains[73].

Dix entreprises détiennent des licences d'exploitation aurifère au Cambodge, dont trois seulement ne sont pas d'origine chinoise[70]. Ces sociétés opèrent principalement dans les provinces de Mondol Kiri, Preah Vihear, Kratie, Kampong Thom, Battambang et Rotanah Kiri[74]. Le ministère des mines et de l'énergie a lancé en 2024 une campagne de répression contre l'extraction illégale d'or et a fermé trois exploitations dans le district de Memot (en)[75]. Des préoccupations environnementales ont également été soulevées concernant certaines opérations minières, notamment dans la réserve naturelle de Prey Lang (en), où des entreprises auraient causé des dommages à la forêt protégée[76].

Parallèlement, le Cambodge importe également de l'or, principalement de Thaïlande pour un montant de 106 milliards de bahts (environ 3,04 milliards de dollars américains) en 2024, faisant du Cambodge le deuxième marché d'exportation d'or de la Thaïlande après la Suisse, avec une augmentation de 744 % par rapport à l'année précédente[77]. Durant les sept premiers mois de 2025, la Thaïlande a déjà exporté pour 71,3 milliards de bahts (environ 2,25 milliards de dollars américains) d'or vers le Cambodge, soit une hausse de 19 % par rapport à la même période de l'année précédente[78]. Ces importations massives d'or sont attribuées par certains analystes à un manque de confiance dans la monnaie nationale cambodgienne, le riel, incitant les citoyens à acquérir de l'or comme valeur refuge[79].

Corindons bruts de Pailin.

L'exploitation de gemmes au Cambodge demeure essentiellement artisanale et de petite échelle[80], sans qu'aucune donnée fiable de production ne soit disponible[81]. Le pays produit une large gamme de pierres précieuses et semi-précieuses, dont les plus recherchées sont les rubis et les saphirs, ainsi que le péridot, l'aigue-marine, l'améthyste, la citrine, la topaze, l'agate, le grenat et le zircon[82]. La province de Pailin, située à la frontière thaïlandaise, constitue historiquement la principale zone d'extraction de rubis et de saphirs du pays. L'exploitation intensive menée depuis les années 1970 par les Khmers rouges a conduit à l'épuisement progressif des gisements, rendant aujourd'hui rares les découvertes de pierres de grande taille[83]. Les rubis et saphirs de Pailin partagent des caractéristiques géologiques similaires avec ceux de la région frontalière de Chanthaburi en Thaïlande, tous deux issus de dépôts associés à des basaltes alcalins et présentant une forte teneur en fer[84]. La province de Rotanah Kiri, dont le nom se traduit par « montagne de gemmes » en khmer, est réputée pour ses zircons bleus, uniques au monde, obtenus après traitement thermique de cristaux bruns naturels selon des techniques traditionnelles maîtrisées par les populations locales[85].

Le secteur des gemmes cambodgien se caractérise par l'absence d'exploitation minière industrielle de grande échelle. La loi de 2001 sur la gestion et l'exploitation des ressources minérales prévoit six types de licences d'exploitation, dont une licence spécifique pour l'extraction de gemmes, mais l'exploitation sans permis demeure très répandue[86]. Les estimations du nombre de personnes impliquées dans l'exploitation artisanale varient de 5 000 à 10 000, la plupart étant des agriculteurs qui complètent leurs revenus de manière saisonnière[80]. La première licence d'exploitation minière artisanale communautaire a été délivrée dans la province de Mondol Kiri en , marquant une initiative gouvernementale visant à régulariser le secteur[87].

Le commerce des gemmes cambodgiennes s'effectue majoritairement de manière informelle, la plupart des pierres étant vendues à des acheteurs thaïlandais ou vietnamiens[88]. Le marché de Bangkok et la province de Chanthaburi en Thaïlande attirent les marchands de pierres brutes provenant notamment du Cambodge, où les pierres sont taillées, traitées et commercialisées vers les marchés internationaux[89]. En 2020, le Cambodge a exporté des bijoux et pierres précieuses d'une valeur de 1,3 milliard de dollars américains au cours du premier semestre, soit une augmentation significative par rapport aux 415 millions de dollars enregistrés pour l'ensemble de l'année 2019, bien que ces chiffres incluent également des produits manufacturés et des importations transformées[90]. L'activité minière artisanale (en) génère des préoccupations environnementales et sociales. La pollution des cours d'eau par les sédiments issus des exploitations, la déforestation et l'érosion des sols constituent les principaux impacts écologiques, tandis que les conditions de travail précaires et la pauvreté des mineurs, dont certains sont des enfants, soulèvent des questions sociales importantes[80].

Le Cambodge possède d'importantes réserves de bauxite concentrées principalement dans le sud-ouest du pays, mais le secteur demeure à un stade exclusivement exploratoire sans production commerciale établie. Les travaux d'exploration menés par Aluminum Development Cambodia ont confirmé l'existence d'environ 350 millions de tonnes de réserves prouvées de bauxite. Un projet d'exploitation à grande échelle d'une capacité de 16 millions de tonnes par an est actuellement à l'étude, soutenu par un capital d'environ 800 millions de dollars américains, avec des plans pour des installations de traitement dédiées et des infrastructures d'accompagnement[64].

Entre 1994 et 2006, le ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie a octroyé deux licences d'exploration de bauxite parmi les 19 licences d'exploration minière accordées à des entreprises locales et étrangères[91]. En 2010, le groupe vietnamien Vinacomin a lancé un programme d'exploration de bauxite prévu sur deux ans[92]. La société Aluminum Development Cambodia a achevé ses travaux d'exploration fin 2018, avec des gisements situés dans l'est du Cambodge produisant principalement de la bauxite trihydratée avec une teneur minimale en alumine de 50% (ratio Al/Si de 9,0), et prévoyait de commencer la construction minière fin 2019 avec des plans d'exportation vers la Chine[93].

L'absence de production commerciale au Cambodge contraste avec les pays voisins d'Asie du Sud-Est où la bauxite est activement exploitée, notamment le Vietnam et l'Indonésie qui possèdent d'abondants minerais de bauxite[94],[95]. Selon un rapport de l'International Institute for Sustainable Development (en), aucun investisseur chinois n'était présent dans le secteur de la bauxite cambodgien, contrairement au Laos et au Vietnam où les entreprises chinoises dominent les investissements miniers ou participent à la construction d'usines d'alumine[96]. Le développement du secteur de la bauxite cambodgien se heurte à plusieurs contraintes infrastructurelles. Bien que l'électrification nationale atteigne désormais 99,2% des foyers en 2025, la fiabilité de l'alimentation électrique dans les provinces reculées comme Mondol Kiri demeure problématique, et les tarifs électriques industriels oscillent entre 0,18 et 0,21 dollar américain par kilowatt-heure, soit des niveaux élevés par rapport aux normes régionales. Les limitations des infrastructures de transport sont encore plus sévères, les régions riches en minéraux dépendant de routes rurales non revêtues vulnérables aux dommages de la mousson, tandis que l'accès ferroviaire aux ports reste limité[64].

L'exploitation du minerai de fer au Cambodge reste modeste, bien que plusieurs gisements aient été identifiés dans le nord du pays, notamment près de Phnom Dek dans la province de Preah Vihear. Selon des estimations publiées par le Département général des mines, les réserves de la zone de Phnom Dek sont évaluées entre 5 et 6 millions de tonnes de minerai de bonne qualité[64].

En 2023, le Cambodge a exporté pour 55,2 millions de dollars américains de minerai de fer, se classant au 37e rang mondial des exportateurs. Les principales destinations de ces exportations sont la Chine (27,9 millions de dollars) et le Vietnam (27,2 millions de dollars)[97]. Depuis 2023, la société Global Green (Cambodia) Energy Development figure parmi les opérateurs les plus actifs dans l'extraction du minerai de fer. Cette entreprise a obtenu environ 28 000 hectares de concessions minières pour l'exploitation du fer, dont une partie est située à l'intérieur de la réserve naturelle de Prey Lang (en) de la province de Preah Vihear. Le minerai extrait est acheminé par camion sur environ 150 kilomètres jusqu'à un port fluvial situé sur les rives du Tonlé Sap dans la province de Kampong Chhnang[98].

Le développement du secteur reste entravé par d'importantes contraintes d'infrastructures. Les zones d'extraction dépendent principalement de routes rurales non revêtues, vulnérables aux dégradations pendant la saison des moussons, tandis que les routes asphaltées du district de Rovieng (en) ont été fortement détériorées par le passage répété des camions de transport[99]. En , le ministère des Mines et de l'Énergie a demandé au Premier ministre de ne pas prolonger les activités minières ni d'accorder de nouvelles licences à l'intérieur de la réserve de Prey Lang, une mesure qui ne concerne toutefois pas les concessions déjà délivrées[100].

Pétrole et gaz

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Le Cambodge ne dispose actuellement d'aucune production commerciale de pétrole ou de gaz naturel, depuis l'arrêt de l'exploitation du bloc A en 2021. Le pays dépend entièrement des importations pour couvrir ses besoins énergétiques : en 2024, les dépenses d'importation d'hydrocarbures ont atteint 2,69 milliards de dollars américains, soit une hausse de 12 % par rapport à l'année précédente. Le ministère des Mines et de l'Énergie projette que la demande en produits pétroliers pourrait atteindre 4,8 millions de tonnes en 2030, contre 2,8 millions de tonnes en 2020[101].

Le territoire cambodgien est divisé en six blocs offshore (A à F) et dix-neuf blocs onshore (I à XIX) pour l'exploration et la production d'hydrocarbures[102]. La société américaine Chevron avait confirmé dès 2004 la présence de pétrole dans le bloc A offshore, situé dans le golfe de Thaïlande au large de la province de Preah Sihanouk. Après l'échec de négociations avec le gouvernement cambodgien sur le partage des revenus, Chevron a cédé ses intérêts en 2014 à la compagnie singapourienne KrisEnergy pour 65 millions de dollars[103]. En , un accord de production a été signé entre KrisEnergy et le gouvernement cambodgien, la société détenant 95 % des parts et l'État cambodgien 5 %. Le gisement d'Apsara (en) dans le bloc A était estimé à environ 30 millions de barils récupérables selon les estimations alors communiquées[104]

Le , KrisEnergy a extrait le premier pétrole cambodgien depuis les eaux du golfe de Thaïlande[105], faisant du Cambodge le huitième producteur de pétrole de l'ASEAN[106]. La production de la phase 1A devait atteindre 7 500 barils par jour selon les projections initiales[105]. Cependant, la production réelle s'est révélée nettement inférieure aux prévisions, avec seulement environ 2 493 barils par jour, ce qui a accentué les difficultés financières de l'entreprise[107]. En , KrisEnergy a déposé une demande de liquidation[108]. En , le Premier ministre Hun Sen a annoncé publiquement l'échec du projet à la suite de la faillite de la société, entraînant l'arrêt complet de la production pétrolière[109]. Depuis la faillite de KrisEnergy, aucun nouvel investissement n'a été réalisé dans le champ pétrolier d'Apsara du bloc A. En , le ministère des Mines et de l'Énergie a annoncé que quatre compagnies avaient officiellement soumis des propositions pour redévelopper le bloc A, avec l'objectif de sélectionner un investisseur approprié d'ici 2025. Cinq autres sociétés ont exprimé leur intérêt mais n'ont pas encore déposé de candidature formelle[110].

Parallèlement, le gouvernement cambodgien et la Thaïlande ont relancé en 2024 des négociations concernant une zone contestée riche en ressources énergétiques dans le golfe de Thaïlande. Cette zone de 26 000 kilomètres carrés contiendrait environ 10 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel et 300 millions de barils de pétrole brut, pour une valeur estimée à au moins 300 milliards de dollars américains. Les deux pays se disputent cette zone depuis les années 1970, et les discussions récentes portent sur l'exploitation conjointe des ressources énergétiques plutôt que sur la résolution du différend frontalier maritime[111]. Pour l'exploration terrestre, la société canadienne Angkor Resources, via sa filiale EnerCam Resources, a obtenu en 2025 l'approbation finale pour procéder à un projet de développement de pétrole et de gaz dans le bloc VIII onshore, situé dans la province de Preah Sihanouk et couvrant environ 7 300 kilomètres carrés. Le projet débute par une évaluation environnementale, suivie de l'acquisition de 350 kilomètres linéaires de données sismiques 2D[112].

Kleptocratie

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Selon le Natural Resource Governance Institute (en), le Cambodge se classe 79e sur 89 dans l'évaluation sectorielle par pays du Resource Governance Index, faisant du secteur minier du royaume l'une des industries extractives les moins transparentes au monde. La gestion des ressources naturelles du pays demeure profondément opaque, avec des restrictions croissantes de l'espace civique qui limitent les opportunités pour les communautés et les organisations de la société civile de dialoguer avec le gouvernement ou les entreprises sur des questions critiques[113].

Le processus d'octroi des licences minières présente des vulnérabilités structurelles importantes favorisant la corruption. Depuis l'attribution de sa première licence commerciale d'exploitation aurifère en 2016, le Cambodge a accordé plus de 50 licences d'exploration et 20 licences d'exploitation selon le ministère des Mines et de l'Énergie (en). Aucun contrat relatif à ces licences n'a été rendu public, et le processus d'octroi obtient un score de 10 sur 100 dans le Resource Governance Index en raison d'un manque sévère d'informations accessibles au public[113]. En 2017, une évaluation commandée par Transparency International Cambodia a identifié 24 lacunes pouvant potentiellement conduire à des risques de corruption et de malversation dans le processus d'octroi des licences d'exploration minière. Parmi ces risques figurait notamment le fait que le comité d'évaluation des demandes ne comprenait que des fonctionnaires du ministère des Mines et de l'Énergie, sans obligation de déclarer d'éventuels conflits d'intérêts avec les entreprises candidates. À la suite de réformes gouvernementales, 14 de ces 24 risques ont été éliminés[114].

Un exemple de la kleptocratie gangrenant le secteur minier du Cambodge : le général Pol Saroeun, commandant en chef de l'armée royale cambodgienne, possédait personnellement jusqu'en 2008 la mine de fer de Rattanak Stone.

Des rumeurs dans les médias nationaux évoquent des liens non divulgués entre certains des proches de l'ancien Premier ministre Hun Sen et de l'armée cambodgienne avec au moins une mine d'or, alimentant la méfiance publique générale à l'égard de la gouvernance du secteur[113]. Des opérations minières ont été liées à des magnats influents, comme Try Pheap, un magnat sanctionné par le département du Trésor américain en pour corruption liée à l'extraction des ressources naturelles. Malgré ces sanctions, des concessions minières ont continué d'être accordées à des entreprises liées à ce magnat[98]. En 2017, un cas emblématique a mis en lumière la corruption au sein de l'administration minière : le directeur du Département provincial des Mines et de l'Énergie de Preah Vihear a admis avoir illégalement vendu un terrain gouvernemental pour un profit de 62 400 dollars américains, un terrain appartenant à l'État mais non encore correctement enregistré. Le fonctionnaire a allégué qu'un certain nombre d'autres responsables étaient impliqués dans cette escroquerie, dont un chef de commune local et le gouverneur, qui ont tous nié leur implication[115].

Entre 2007 et 2015, les données des Nations unies sur le commerce des matières premières montrent que Singapour a importé 73,6 millions de tonnes de sable cambodgien, alors que le gouvernement cambodgien n'a déclaré avoir exporté que 2,8 millions de tonnes vers cette destination, créant un écart de près de 70 millions de tonnes[116]. Les données douanières singapouriennes pour la période 2011-2015 confirment les chiffres des Nations unies année après année, montrant par exemple près de 17 millions de tonnes d'importations de sable cambodgien en 2014, alors que le Cambodge n'a déclaré que 32 000 tonnes d'exportations de sable vers Singapour cette année-là[117]. Des écarts similaires ont été révélés en 2017 concernant les exportations de sable siliceux vers Taïwan, avec 1,5 million de tonnes d'une valeur de plus de 32 millions de dollars importées par Taïwan entre 2012 et 2016, contre une déclaration de seulement 28 900 tonnes d'une valeur de 275 606 dollars dans les registres cambodgiens. L'une des deux seules entreprises autorisées à exporter du sable siliceux est possédé par le sénateur Mong Reththy (en), proche du Premier ministre Hun Sen. Ces écarts suggèrent une évasion fiscale systématique et une fraude économique, les exportations non déclarées échappant aux taxes normalement applicables, notamment les redevances sur l'extraction des ressources et un impôt de 20% sur les bénéfices[118].

En 2024, la police fédérale australienne a conclu une enquête concernant OZ Minerals, après que l'entreprise ait auto-signalé que des employés de sa filiale Oxiana Limited auraient versé des pots-de-vin à des fonctionnaires étrangers pour obtenir des droits miniers au Cambodge entre et . Bien qu'aucune poursuite pénale n'ait été engagée, l'entreprise a accepté des ordonnances de confiscation d'une valeur d'au moins 9,3 millions de dollars australiens[119]. Un rapport du Cambodia Daily avait précédemment allégué que l'entreprise minière australienne avait versé plus d'un million de dollars à trois membres du conseil d'administration d'une entreprise locale, Shin Ha Mining, dont les proches occupaient des postes élevés au ministère des Mines et de l'Énergie[120].

Notes et références

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Bibliographie

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Articles connexes

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