Mahu

Un Māhū est, dans les cultures hawaïenne et tahitienne, une personne aux comportements très efféminés qui occupe une place émotionnelle, psychologique et spirituelle entre l'Homme et la Femme (Kāne et Wahīne en 'Ōlelo Hāwaī'i, Tāne et Vahīne en Rēo-Mā'ohi.)[2]
La majorité d'entre-eux sont dotés de talents innés pour l'éducation, la médecine, la cuisine, la sexualité, la mémoire et les beaux-arts (chants, danses, poésies, confections de bijoux et de textiles en fibres végétales.)
Chaque Ari'i et Pōmare (chef, roi et reine) possédaient leurs propres Māhū.
Définitions
[modifier | modifier le code]Dans le Rēo Mā'ohi, la langue traditionnelle tahitienne, Māhū signifie « ceux qui émanent des savoirs purs ». Il est composé de la racine du mot « pureté » avec mā, et « faire sortir » avec hū. Sa définition s'était retrouvé modifiée de l'originale peu de temps après l'arrivée des colons-européens et missionnaires en « homme efféminé » ; ce qui est une erreur de translitération puisque dans la langue tahitienne, le mot « efféminé » n'existait jamais.
Le Mémorial polynésien, un ouvrage de référence, ignore les Māhū et dans son Dictionnaire de la langue maorie, édition 1949, Tepano Jaussen, alors vicaire apostolique de Tahiti, ignore même le sens du terme Māhū en tant qu'« homme efféminé ».
L'identité Māhū, connotée comme traditionnelle et autochtone, est fréquemment opposée en Polynésie à l'identité rae rae, péjorativement associée à la prostitution et au maquillage, ainsi qu'à l'identité trans essentiellement caractérisée à travers la pratique de la transition médicale[3]. Toutefois, selon Serge Tcherkézoff, cette distinction est trop souvent présentée comme une vérité naturellement enracinée dans les cultures autochtones, en ignorant les nuances et surtout le rôle que joue l'histoire coloniale dans l'auto-identification et l'assignation des identités sexuelles.
Selon la kumu hula (professeure de hula) contemporaine Kaua'i Iki[4]:
« Les mahu sont particulièrement respectées en tant qu'enseignantes, généralement de chant et de hula. Dans les temps pré-contact, elles jouaient le rôle des déesses dans les danses hula qui avaient lieu dans des temples interdits aux femmes. Elles ont également été considérées comme les gardiennes des traditions culturelles, telles que la transmission des généalogies. Traditionnellement, les parents demandaient aux mahu de nommer leurs enfants. »
Histoire
[modifier | modifier le code]À l'époque des rois Pōmare, elles étaient surnommées arii oi. L'une d'entre elles fut le conseiller et le confident de la reine Pōmare IV[réf. nécessaire].
Les premiers navigateurs européens à avoir abordé les îles de l'archipel signalaient déjà leur présence[5], comme William Bligh, le capitaine du HMS Bounty ou James Cook. Plus âgés, ils s'occupent du foyer, ils mangent à l'écart des hommes et dansent et chantent avec les femmes. Ils occupent souvent un poste de domestique auprès d'un noble.
Un māhū était un homme aux manières très efféminées qui s’habille en Pare'o et ses postures et ses gestes étaient cependant féminins. Généralement, le māhū ne cherchait pas à réprimer ou à rectifier sa façon d’être.
Plus tard, au XIXe siècle, Paul Gauguin en peint à plusieurs reprises.
Aujourd'hui
[modifier | modifier le code]Le récit de Māhū : Kumu Hina a exprimé son inquiétude face à ce qu'elle a qualifié de récit imposé de l'étranger, généralement un récit LGBTiQ euro-américain. Bien qu'elle n'ait aucun problème avec ce récit en soi, elle a déclaré qu'il comportait une menace d'effacement de son identité.
« Je n'aime pas avoir à imposer systématiquement mon point de vue au détriment de celui de mon peuple. C'est chez moi. Même certains de mes proches pensent que je suis hostile à la culture dominante, mais c'est parce que nous sommes à Hawaï. Je dis aux gens : voici ma culture dominante, et il faut que les gens le comprennent. Ce sont des étrangers qui m'ont fait découvrir la conceptualisation et l'expression de ces expériences de vie qui, pour moi, sont secondaires par rapport à la perspective Kanaka. Pas forcément pour les autres, mais pour moi », a-t-elle affirmé[6]. Les mahus sont respectés dans la culture polynésienne. Ils travaillent principalement dans le domaine du tourisme, de l’accueil et dans d’autres domaines relationnels.
Actuellement, une des plus célèbres māhū est la kumu hula (« enseignante de hula ») Hinaleimoana Kwai Kong Wong-Kalu chanteuse de Cocoa Chandelier[7]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Māhū » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) Mary Zaborskis et Elizabeth Reich, « A Queer Dig: Kanaka Maoli Gendered and Temporal (Archaeo)logics in Kumu Hina », Feminist Formations, vol. 34, no 2, , p. 19–42 (ISSN 2151-7371, DOI 10.1353/ff.2022.0021, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « "Chez nous, à Tahiti, c'est dans les normes" : Abel, Polynésienne, transgenre et fière de l'être », sur Outre-mer la 1ère, (consulté le )
- ↑ Dexter Peters, « Serge Tcherkézoff, Vous avez dit 3e sexe ? Les transgenres polynésiens et le mythe occidental de l’homosexualité », Genre & Histoire, no 30, (ISSN 2102-5886, DOI 10.4000/genrehistoire.7836, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Citée par Andrew Matzner dans « 'Transgender, queens, mahu, whatever': An Oral History from Hawai'i ». Intersections: Gender, History and Culture in the Asian Context, (no) 6, août 2001, [[ lire en ligne]]
- ↑ Laure Troussière et Richard Pak, « EN IMAGES - Les Iles du désir (3/4) : «L’Archipel du Troisième sexe», par le photographe Richard Pak », sur Libération (consulté le )
- ↑ Outrightinternational.org, « the meaning of Māhū »
[txt], sur https://outrightinternational.org/meaning-mahu, - ↑ Hokuleʻa Borofsky, Amelia Rachel, "'Gender Identity Disorder' to Go the Way of Homosexuality", in The Atlantic. Oct 29, 2012. Accessed Dec 7, 2017.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]Tahiti
[modifier | modifier le code]- (en) « The Meaning of Māhū », Outright International, (lire en ligne)
- Julia Pacifico, Trajectoires trans à Tahiti, 'Api Tahiti éditions, (ISBN 978-2-491152-18-5, lire en ligne)
Hawaï
[modifier | modifier le code]- (en) Andrew Matzner, O Au No Keia : Voices from Hawai'i's Mahu and Transgender Communities,
Filmographie
[modifier | modifier le code]- Jean-Michel Corillion, Mahu, l’Efféminé ; Grand prix du festival international du film documentaire océanien de Tahiti, FIFO, 2004, Tahiti (Polynésie française)
- Kumu Hina (en) (2014) ; film documentaire sur Hinaleimoana Wong-Kalu
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Hinaleimoana Wong-Kalu - māhū contemporaine, enseignante de hula, cinéaste, artiste et activiste dans le domaine de la culture hawaïenne
- Bispiritualité, un concept similaire provenant des communautés autochtones nord-américaines
- Minorités sexuelles et de genre en Océanie
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Kumu Hina: A Place in the Middle – un site web dédié aux māhū.
- "Coming Out & Overcoming - A Visit With Hinaleimoana Wong" – entretien avec māhū Hinaleimoana Wong par Ehu Kekahu Cardwell pour le documentaire Voices of Truth de Koani Foundation
- "The Beautiful Way Hawaiian Culture Embraces a Particular Kind of Transgender Identity" – article de la chronique "Queer Voices" sur le thème The Huffington Post
- The Third Sex - Tahiti, documentaire sur Youtube
- https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/kehinde-wiley-a-la-rencontre-des-mahu-la-caste-des-travestis-en-polynesie-20190531
