Mûri pendant treize ans, MARTY sortira le 5 mars 2027. Pour cet album de 14 titres qu’il présente comme son vrai premier disque, Martin Garrix quitte la cabine de DJ pour le micro, chante en solo pour la première fois et invite Madonna, U2, Ed Sheeran et AITANA. À 30 ans, l’enfant prodige révélé par « Animals » y raconte sa vie, chapitre par chapitre.
Sepang. Singapour. Los Angeles. En seulement dix jours, Martin Garrix a enchaîné les trois villes au rythme qui a fait la réputation du DJ et producteur néerlandais. Garrix tourne à l’international depuis ses 16 ans. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il a passé près de la moitié de sa vie sur la route ou entre deux étapes.
Un emploi du temps aussi exigeant forge un savoir-faire éprouvé, en voyage comme sur scène. Comment battre le décalage horaire sur son propre terrain. Où ranger en lieu sûr les clés USB (qui contiennent sa bibliothèque musicale) quand on vit dans une valise. Comment doser un set de 60 minutes dans l’un des festivals de musique électronique les plus importants et les plus influents au monde.
Toute cette expertise ne met pas Garrix à l’abri d’un curieux rite de passage à 30 ans : « Je me rends compte que je ne sais que dalle », confie-t-il à Rolling Stone. « Et c’est une sensation vraiment incroyable. Il y a encore tellement de choses que je peux devenir, tellement de choses que je peux encore apprendre. »
Une partie de cet apprentissage passera par des cours de chant, dans la foulée de ses dates à Mexico, avec Amsterdam en ligne de mire. Après plus d’une décennie de carrière, il s’intéresse de plus en plus à ce que Martin Garrix pourrait être au-delà de la cabine de DJ. Depuis un an, et plus encore ces jours-ci, une grande partie de cette curiosité se concentre dans un projet en gestation depuis des années : son premier album, MARTY. Ce disque de 14 titres, qui porte le nom de son premier pseudonyme de DJ, sortira le 5 mars 2027 chez Darkroom Records et sur son propre label, STMPD RCRDS.
La formule « premier album » oblige à marquer un temps d’arrêt. Sentio avait été présenté comme tel en 2022, mais Garrix, qui le qualifie d’« album de club », n’y voit aucune contradiction. « [MARTY], on dirait le premier album pop : de la pop-dance, en gros », précise-t-il.
Le présenter comme son véritable premier album obéit à une logique claire. L’identité y est pour beaucoup.
L’album est pensé pour être à la fois autobiographique et découpé en époques. Chaque chanson représentant un chapitre différent de sa vie, MARTY offre un regard d’une intimité inédite sur l’un des esprits les plus influents et les plus couronnés de succès de la musique électronique. Son arc narratif (de sa naissance, sur le single phare « Catharina », écrit à propos de sa mère, jusqu’à l’au-delà et la renaissance) éclaire une question que ce que l’on sait de lui laisse largement sans réponse : qu’est devenu l’enfant prodige, désormais adulte, révélé par « Animals » en 2013 ?
D’autres collaborateurs seront annoncés, mais la poignée de noms déjà confirmés devrait suffire à pousser même les non-initiés à tendre l’oreille pour connaître la réponse : Madonna (« Bizarre »), U2 (« Fireflies »), Ed Sheeran (« Rewind Repeat It », conçu il y a plus de dix ans) et AITANA, sur la première chanson de Garrix en espagnol, encore sans titre. (« Bizarre » figure aussi sur Confessions II, l’album de la reine de la pop.)

© Courtesy of Martin Garrix
« J’ai eu la chance de travailler avec des artistes incroyables, légendaires, donc c’est vraiment surréaliste », dit Garrix à propos des invités de MARTY, qui marque aussi sa première collaboration avec un groupe de K-pop. « Même quand Madonna a sorti son album, je me suis dit : “Comment mon nom peut-il se retrouver sur le sien ?” »
On ne fait pas plus inégalable que Madonna, mais Garrix n’en est pas à sa première rencontre avec le gratin de la pop, du rock et du R&B. Les exemples ne manquent pas : « Summer Days » en 2019 avec Macklemore et Patrick Stump de Fall Out Boy, « Scared to Be Lonely » en 2017 avec Dua Lipa, « Don’t Look Down » en 2015 avec Usher.
Cette fois, Garrix s’aventure sur un terrain qu’il a longtemps laissé à ses collaborateurs. Il chante en solo pour la première fois sur quatre titres de l’album : un exercice que peu de producteurs tentent, et que bien moins encore réussissent. Deux sont déjà sortis : « Catharina » et « This Dream Of You ».
« Pour être honnête, si je ne l'[avais] pas fait, c’est parce que j’étais très à l’aise. Je me disais juste : “OK, je vais simplement écrire pour les autres, si ce sont d’autres gens qui chantent” », explique-t-il.
À l’instigation de Bono, Garrix a peu à peu pris l’assurance nécessaire pour passer derrière le micro. Il a appris, « comme une éponge », auprès du chanteur de U2, qui a écouté ses premières démos, l’a guidé dans son interprétation vocale et a contribué à certains textes.
Chanter, c’est « très loin de ma zone de confort », confesse Garrix, qui ajoute qu’il le ressentait comme un impératif créatif. « Il y a des chansons très personnelles sur l’album. Ce serait bizarre que quelqu’un chante une chanson sur ma mère », explique-t-il. Le chant est aussi une puissante manière de se réapproprier à la fois la paternité de son œuvre et son identité.

© Louis van Baar
« Catharina » a été le « lancement en douceur » de Martin Garrix en tant que chanteur solo, un test décisif pour savoir si cette nouvelle approche trouvait un écho « ou si les gens allaient se dire : “Putain, mais qu’est-ce qu’il fout ?” » Elle a trouvé un écho, même si beaucoup ont cru à tort que la chanson parlait d’amour romantique plutôt que d’amour maternel, y compris certains de ses amis proches.
MARTY n’allait jamais se limiter aux moments où l’on lève les bras en l’air (même s’il y en a aussi). Je pose la question : l’image de Garrix, associée de longue date à la pyrotechnie et aux drops telluriques, a-t-elle attiré un public qui attend le spectacle plutôt que le fond ? Ou bien la mauvaise réputation de la musique électronique (celle d’un genre amusant, mais creux et peu sérieux) a-t-elle entaché la version actuelle du genre ?
Garrix ne dit pas le contraire, mais il est convaincu que la profondeur ressortira quand on écoutera MARTY du début à la fin. « J’ai vraiment hâte de montrer aux gens un peu plus que ce qu’ils connaissent », dit-il. « Beaucoup de gens s’imaginent que les DJ et les producteurs arrivent à un concert et passent de la musique depuis une clé USB, mais ça demande beaucoup plus de travail quand on fait vraiment la musique qui est jouée. J’écris tout à la guitare, [je chante] les démos… J’ai hâte d’emmener les gens dans ce voyage. Ça ne veut pas dire que je vais perdre mon ADN, mais je veux grandir. »
Par Rachel Narozniak
Traduit par la rédaction.