Pyramide d'Ounas
| Commanditaire | |||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Autre nom |
Nefer-sout Ounas, Nfr-s.wt Wnjs (« Les places d'Ounas sont parfaites ») ou Set-sout Ounas, S.t-s.wt Wnjs (« Place des places d'Ounas ») | ||||||||||||||||||||||||
| Nom (hiéroglyphes) | ou | ||||||||||||||||||||||||
| Type | |||||||||||||||||||||||||
| Hauteur |
43 m | ||||||||||||||||||||||||
| Base |
57,75 m | ||||||||||||||||||||||||
| Inclinaison |
56° 18′ 35″ | ||||||||||||||||||||||||
| Coordonnées |
La pyramide d'Ounas est une pyramide à faces lisses située à Saqqarah, près du Caire, en Égypte. Elle a été construite par le pharaon Ounas, dernier roi de la Ve dynastie. Elle est la première pyramide dont la chambre funéraire est décorée des textes des pyramides. Son nom antique est « La pyramide qui est la beauté des lieux ».
Sa structure et son complexe funéraire suivent l'architecture des exemples de ses prédécesseurs à Abousir, établissant désormais le plan classique des futurs ensembles qui seront édifiés par les pharaons de la dynastie suivante.
Emplacement
[modifier | modifier le code]La pyramide est située sur le plateau de Saqqarah, sur un axe reliant la complexe funéraire de Sekhemkhet à celle de Menkaouhor[1]. Le site nécessita la construction d'une chaussée exceptionnellement longue pour atteindre un lac voisin, ce qui laisse supposer qu'il revêtait une certaine importance pour Ounas[2].
Exploration du monument
[modifier | modifier le code]La pyramide fut brièvement examinée par John Shae Perring, puis peu après par Karl Richard Lepsius, qui l'inscrivit sous le numéro XXXV sur sa liste pionnière[3]. Les Textes des pyramides de l'édifice furent obtenus pour la première fois par Gaston Maspero, qui examina sa substructure en 1881, qu'il ouvrit le 28 février de cette année-là[3],[4]. Il avait découvert en 1880 et en janvier 1881 les mêmes textes dans les pyramides de Pépi Ier et de Mérenrê Ier[5] et poursuivit sa recherche dans les pyramides de Pépi II et de Téti en avril et mai 1881[4]. Maspero publia par la suite les passages les mieux conservés de ces textes en 1894[6],[note 1],[4]. De 1899 à 1901, l'architecte et égyptologue Alexandre Barsanti mena la première étude systématique du site pyramidal, parvenant à mettre au jour une partie du temple funéraire, ainsi qu'une série de tombes datant de la IIe dynastie et de la Basse Époque[7]. Les fouilles ultérieures de Cecil Mallaby Firth, de 1929 jusqu'à sa mort en 1931, suivies de celles de l'architecte Jean-Philippe Lauer de 1936 à 1939, furent peu fructueuses. Les archéologues Selim Hassan, Muhammad Zakaria Goneim et A. H. Hussein concentrèrent leurs recherches, de 1937 à 1949, sur la chaussée menant à la pyramide. Hussein découvrit deux fosses à bateaux revêtues de calcaire à l'extrémité supérieure de la chaussée. Dans les années 1970, Ahmed Mahmoud Moussa fouilla la moitié inférieure de la chaussée et le temple de la vallée[8]. Moussa et un autre archéologue, Audran Labrousse, menèrent une étude architecturale du temple de la vallée de 1971 à 1981[9]. Les pyramides d'Ounas, de Téti, de Pépi Ier, de Mérenrê Ier et de Pépi II firent l'objet d'un important projet architectural et épigraphique à Saqqarah, dirigé par Audran Labrousse[10],[11]. De 1999 à 2001, le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes mena un important projet de restauration et de reconstruction du temple de la vallée. Les trois entrées et rampes furent ainsi restaurées, et un muret en calcaire fut construit pour délimiter le plan du temple[12].
Complexe funéraire
[modifier | modifier le code]Plan
[modifier | modifier le code]La partie haute du complexe funéraire d'Ounas est situé entre le complexe funéraire de Sekhemkhet et l'angle sud-ouest du complexe funéraire de Djéser, à l'opposé de la pyramide d'Ouserkaf, située à l'angle nord-est, à Saqqarah[13]. Les complexes funéraires de l'Ancien Empire se composent de cinq éléments essentiels : (1) un temple de vallée ; (2) une chaussée ; (3) un temple funéraire ; (4) une pyramide de culte ; et (5) la pyramide principale[14]. Le monument d'Ounas comprend tous ces éléments : la pyramide principale, construite en blocs de calcaire sur six degrés[8] ; un temple de vallée situé dans une crique naturelle à l'embouchure d'un oued[15] ; une chaussée construite en utilisant ce même oued comme chemin[15] ; un temple funéraire dont le plan est similaire à celui de Djedkarê Isési, prédécesseur d'Ounas[16], et une pyramide de culte au sud du temple funéraire[17]. La pyramide, le temple funéraire et la pyramide de culte étaient entourés d'un mur périmétrique de 7 m de haut[18]. Le mur périmétrique du coin nord-est au coin nord-ouest mesure environ 86 m de long et s'étend sur 76 m du nord au sud[19].
- Plan du complexe funéraire.
- Plan du temple d'accueil et du quai.
Temple de la vallée
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(1) Portique à 8 colonnes
(2) Hall d'entrée principal
(3) Hall sud
(4a et b) Portiques secondaires
(5) Salle de culte principale
(6) Magasins
(7) Antichambre
(8) la chaussée.
Le temple de la vallée d'Ounas est situé dans une crique naturelle formée à la confluence d'un oued et du lac naturel nommé Birket Qat' Saqqarah[20]. Ce même oued servait de voie de passage pour la construction de la chaussée[15]. Le plan du temple est intermédiaire entre celui de Niouserrê Ini et celui de Pépi II. Malgré un plan complexe, il ne présentait aucune innovation majeure. Richement décoré – à l'instar de la chaussée et du temple funéraire –, les colonnes de granit à décor palmé qui ornaient l'entrée témoignent d'un savoir-faire exceptionnel[21].

Le temple d'accueil atteint, de face, plus de 45 m. Le temple forme une avancée au milieu de la crique ; deux bassins, un au sud, un au nord, sont séparés par une digue construite dans le prolongement du portique sud, permettant ainsi à une flottille d'accoster. L'entrée principale était le portique à 8 colonnes palmiformes — indiquant ainsi que le visiteur entrait dans un espace solaire —, disposées sur deux rangées et taillées dans du granit d'Assouan[20]. Le portique menait, au travers d'une porte, au hall principal qui était en fait un étroit couloir orienté nord-sud. Deux portiques secondaires, situés de chaque côté au sud et au nord, menaient respectivement au hall sud — également un étroit couloir orienté nord-sud — et au hall principal, les deux halls étant reliés par une porte[22]. Depuis le hall principal, on accédait par une porte à l'ouest à une antichambre, cette dernière menant à la salle de culte à trois niches au sud et à la chaussée au nord-ouest[23]. La salle de culte s'ouvrait vers le sud à trois magasins, lieux de stockage nécessaires pour assurer le culte funéraire du roi défunt[23].
Chaussée
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La chaussée reliant le temple de la vallée au temple funéraire du complexe pyramidal d'Ounas fut construite le long d'un oued naturel[15]. L'égyptologue Iorwerth Eiddon Stephen Edwards estime la hauteur des murs à 4 m et leur épaisseur à 2,04 m. Le passage mesurait environ 2,65 m de large. Son toit était constitué de dalles de 0,45 m d'épaisseur, saillantes de chaque mur vers le centre[24]. Longue de 720 m[18] à 750 m[15], cette chaussée figurait parmi les plus longues construites pour une pyramide, comparable à celle de la pyramide de Khéops[15]. Elle est également la mieux conservée de l'Ancien Empire[25]. La construction de la chaussée fut complexe et nécessita de franchir un terrain accidenté et d'anciens bâtiments démolis, dont les pierres servirent de fondation. La chaussée fut construite en deux virages, et non en ligne droite[18]. Environ 250 m de la chaussée de Djéser furent utilisés pour constituer les remblais de la chaussée d'Ounas et combler les brèches entre celle-ci et l'oued[15],[18]. Au sud du virage le plus haut de la chaussée se trouvaient deux fosses à bateaux de 45 m de long, creusées dans du calcaire blanc, qui abritaient peut-être à l'origine des bateaux en bois à quille incurvée, représentant les embarcations de jour et de nuit de Râ, le dieu soleil[26]. Les bateaux reposaient côte à côte, orientés est-ouest[27].

Les murs intérieurs de la chaussée étaient richement décorés de bas-reliefs peints, mais les témoignages les concernant sont fragmentaires[15],[23]. Les vestiges représentent diverses scènes qu'on retrouve également dans les mastabas des nobles[28],[23], notamment la chasse aux animaux sauvages, les moissons, des scènes de marché, des artisans travaillant le cuivre et l'or, une flotte revenant de Byblos, des bateaux transportant des colonnes d'Assouan jusqu'au chantier de construction, des batailles contre des ennemis et des tribus nomades, le transport de prisonniers, des files de personnes portant des offrandes et une procession de représentants des nomes d'Égypte[15],[18]. Une fente a été pratiquée dans une partie de la toiture de la chaussée, laissant entrer la lumière et illuminant les décorations peintes aux couleurs vives sur les murs[15],[23].
L'égyptologue Miroslav Verner met en lumière une scène particulière de la chaussée représentant des nomades du désert affamés. Cette scène a été utilisée comme « preuve unique » que le niveau de vie des habitants du désert avait décliné sous le règne d'Ounas en raison des changements climatiques du milieu du IIIe millénaire. La découverte d'une peinture en relief similaire sur les blocs de la chaussée de Sahourê remet en question cette hypothèse. Verner soutient que la présence des nomades aurait pu servir à illustrer les difficultés rencontrées par les bâtisseurs de pyramides qui acheminaient des pierres de meilleure qualité depuis des régions montagneuses reculées[18]. Grimal a suggéré que cette scène préfigurait la famine qui semble avoir frappé l'Égypte[note 2] au début de la Première Période intermédiaire[30]. Pour d'autres chercheurs, l'explication la plus communément admise est que cette scène visait à illustrer la générosité du souverain envers les populations affamées[31].
Temple funéraire
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(1) Porte en granit construite par Téti
(2) Hall d'entrée avec (5a et b) magasins au nord et au sud
(3) Cour avec (4) dix-huit colonnes en granit
(6) Couloir transversal
(7) Chapelle avec cinq niches à statues
(8a, b et c) Magasins du temple intérieur
(9) Antichambre carrée avec colonne centrale
(10) Salle des offrandes avec (11) fausse porte portant une inscription protectrice
(12) Pyramide de culte
(13) Cour entourant le complexe pyramidal.
Le temple funéraire du complexe pyramidal d'Ounas présente un plan comparable à celui de son prédécesseur, Djedkarê Isési, à une exception notable près. Une porte en granit rose sépare l'extrémité de la chaussée du vestibule. Elle porte les noms et titres de Téti, successeur d'Ounas, ce qui indique qu'il l'a probablement fait construire après la mort de ce dernier[15],[32]. Le vestibule était doté d'un plafond voûté et d'un sol pavé d'albâtre. Les murs étaient ornés de peintures en relief représentant des offrandes[17]. Le vestibule débouche sur une cour ouverte à colonnes, avec dix-huit colonnes palmiformes en granit rose – deux de plus que dans le complexe de Djedkarê Isési – soutenant le toit d'un déambulatoire[15],[17]. Certaines de ces colonnes ont été réutilisées des siècles plus tard dans des édifices de Tanis, capitale de l'Égypte sous les XXIe et XXIIe dynasties. D'autres sont exposées au British Museum et au Musée du Louvre. Les décors en relief qui ornaient autrefois la cour ont été réutilisés dans des projets ultérieurs, comme en témoigne la présence de reliefs d'Ounas dans le complexe pyramidal d'Amenemhat Ier à Licht[17].
Au nord et au sud du vestibule et de la cour à colonnes se trouvaient des entrepôts[17]. Ces derniers étaient régulièrement approvisionnés en offrandes pour le culte funéraire royal, dont l'influence s'était accrue sous la Ve dynastie[note 3]. Leur disposition irrégulière explique que les entrepôts nord soient deux fois plus nombreux que les entrepôts sud. Ces pièces servaient de sépultures à la Basse Époque, comme en témoigne la présence de grands tombeaux à puits[17]. À l'extrémité de la cour se trouvait un couloir transversal reliant la cour à colonnes à l'est et le temple intérieur à l'ouest, avec une pyramide de culte au sud et une cour plus vaste entourant la pyramide au nord[33].
On accède au temple intérieur par un petit escalier menant à une chapelle en ruine comportant cinq niches à statues[15],[17]. La chapelle et la salle des offrandes étaient entourées de réserves ; comme ailleurs dans le temple, il y avait plus de réserves au nord qu'au sud.[138] L'antichambre carrée séparait la chapelle de la salle des offrandes[17]. La pièce mesure 4,2 m de côté, ce qui en fait la plus petite pièce de ce type de l'Ancien Empire[34], mais elle a été en grande partie détruite[17]. On y accédait à l'origine par une porte située sur son côté est, et elle comportait deux autres portes menant à la salle des offrandes et à la réserve[34]. La pièce contenait une unique colonne en quartzite – dont des fragments ont été retrouvés dans la partie sud-ouest du temple[17] – extraite de la carrière de pierre du Gebel el-Ahmar (en), près d'Héliopolis[15]. Le quartzite, pierre particulièrement dure (7 sur l'échelle de Mohs), était rarement utilisé en architecture, mais employé avec parcimonie comme matériau de construction sur certains sites de l'Ancien Empire à Saqqarah. Cette pierre dure est associée au culte solaire, une association naturelle due à sa coloration solaire[15]. Les vestiges d'une fausse porte en granit, portant une inscription relative aux Âmes de Pé et de Nekhen, témoignent de la préservation de la salle des offrandes. Un bloc de cette porte est exposé au Musée égyptien du Caire[17].
Pyramide de culte
[modifier | modifier le code]La fonction de la pyramide cultuelle demeure incertaine. Elle possédait une chambre funéraire, mais n'était pas utilisée pour les inhumations ; il semble plutôt s'agir d'une structure purement symbolique[35]. Elle aurait pu abriter le ka du roi{{sfn[Lehner|1997|p=18}}, ou une statuette du roi[36]. Elle aurait pu servir lors de cérémonies rituelles liées à l'inhumation et à la résurrection de l'esprit ka pendant la fête-Sed[36].
La pyramide cultuelle du complexe d'Ounas présente des vestiges identifiables, mais a par ailleurs été détruite[37]. Les éléments conservés suggèrent une base de 11,5 m de long, soit un cinquième de celle de la pyramide principale. Les dalles de couverture de la pyramide étaient inclinées à 69°. Cette inclinaison était typique des pyramides cultuelles, dont le rapport de pente était de 2 pour 1, et dont la hauteur était donc égale à la longueur de la base, soit 11,5 m. Un petit canal fut creusé devant l'entrée de la pyramide, probablement pour empêcher les eaux de ruissellement d'y pénétrer[38]. Les premières dalles du couloir descendant présentent une inclinaison de 30,5°. La fosse mesure 5,15 m du nord au sud et 8,15 m d'est en ouest. La chambre funéraire, creusée à 2,03 m de profondeur dans la roche, se situe à 2,12 m sous le dallage et mesure 5 m sur 2,5 m[39].
La « grande enceinte »[i] de la pyramide principale et du temple intérieur présente une anomalie identifiable. À 4 m de la face ouest de la pyramide de culte, le mur bifurque brusquement vers le nord avant de s'éloigner de 12 m vers la pyramide principale. Il s'arrête à 2,6 m de celle-ci et reprend son alignement initial[40]. La seule explication possible est la présence du vaste tombeau d'Hotepsekhemouy, de la premier roi de la IIe dynastie, qui occupe toute la largeur du temple et passe directement sous la niche. Les architectes de la pyramide semblent avoir préféré que le mur d'enceinte recouvre l'entrée du tombeau plutôt que la galerie souterraine. La pyramide de culte possède sa propre enceinte secondaire qui longe sa face nord et la moitié de sa face ouest. Ce mur secondaire mesurait environ 1,04 m d'épaisseur et comportait une double porte de 0,8 m d'épaisseur, construite près de son point de départ[41].
Pyramide
[modifier | modifier le code]Superstructure
[modifier | modifier le code]La pyramide d'Ounas est la plus petite construite durant l'Ancien Empire[3]. Les contraintes de temps ne peuvent expliquer sa petite taille ; il est plus probable que l'accès limité aux ressources ait constitué un facteur limitant le projet[8]. La taille du monument fut également restreinte par l'important travail d'extraction de pierre nécessaire pour agrandir la pyramide. Ounas choisit d'éviter cette contrainte supplémentaire et opta pour une pyramide de petite taille[42].
Le noyau de la pyramide était constitué de six degrés de hauteur, construits avec des blocs de calcaire grossièrement taillés dont la taille diminuait à chaque degré[8]. Idéalement, les matériaux de construction du noyau auraient été d'origine locale[43]. Ce noyau fut ensuite recouvert de blocs de calcaire blanc fin[44] extraits des carrières de Tourah[45]. Une partie du revêtement des degrés inférieurs est restée intacte[16]. La pyramide avait une base de 57,75 m de long convergeant vers le sommet selon un angle d'environ 56°, ce qui lui conférait une hauteur de 43 m à son achèvement[46]. Son volume total était de 47 390 m3. La pyramide présentait des faces lisses[15]. Elle est aujourd'hui en ruines[3], comme toutes les autres pyramides de la Ve dynastie[47], en raison de sa construction et de la piètre qualité des matériaux utilisés[48]. Les pyramides de la Ve dynastie furent par la suite systématiquement démantelées durant le Nouvel Empire afin d'être réutilisées dans la construction de nouveaux tombeaux[49].
Infrastructures
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Code couleur des matériaux :
orange clair = calcaire blanc fin
rouge = granit rouge
blanc = albâtre blanc
gris = grauwacke
Une petite chapelle, appelée « chapelle nord » ou « chapelle d'entrée »[36],[46], était située contre la face nord de la pyramide. Elle se composait d'une seule pièce, avec un autel et une stèle portant le hiéroglyphe signifiant « table d'offrandes ». Seuls quelques vestiges de cette chapelle subsistent[16]. Ces chapelles possédaient une fausse porte et un décor similaire à celui de la salle des offrandes, ce qui, selon l'archéologue Dieter Arnold, indique qu'il s'agissait d'une « chapelle d'offrandes miniature »[36].
L'entrée des appartements funéraires de la pyramide se trouvait sous le dallage de la chapelle[46],[16]. Les infrastructures de la pyramide sont similaires à celles de Djedkarê Isési, prédécesseur d'Ounas[16]. L'entrée donne sur un couloir vertical incliné à 22°, long de 14,35 m, qui mène à un vestibule à sa base[8],[50]. Le vestibule mesure 2,47 m de long et 2,08 m de large[50]. De là, un passage horizontal de 14,10 m de long mène à l'antichambre et est gardé par trois herses en dalles de granit successives[8],[46],[50]. Ce passage débouche sur une antichambre, pièce de 3,75 m sur 3,08 m, située sous l'axe central de la pyramide. À l'est, une porte donne accès à une pièce – appelée serdab – comportant trois niches[46]. Le serdab mesure 6,75 m de large et 2 m de profondeur[50]. À l'ouest se trouvait la chambre funéraire, une pièce de 7,3 m sur 3,08 m, contenant le sarcophage du souverain[16]. Le toit de l'antichambre et de la chambre funéraire était à pignon, à l'instar des pyramides plus anciennes de cette époque[16].
Près du mur ouest de la chambre funéraire se trouvait le cercueil d'Ounas, en grauwacke et non en basalte comme on le supposait initialement[16]. Le cercueil était intact, mais son contenu avait été pillé[51]. Un coffre canope avait été enfoui au pied de l'angle sud-est du cercueil[16]. Les vestiges de la sépulture sont fragmentaires ; il ne reste que des morceaux de momie, notamment son bras droit, son crâne et son tibia, ainsi que les manches en bois de deux couteaux utilisés lors de la cérémonie d'ouverture de la bouche[16]. Les restes de la momie sont exposés au Musée égyptien du Caire[46].
Les murs des chambres funéraires étaient revêtus de calcaire de Tourah,[60] tandis que ceux entourant le sarcophage d'Ounas[46],[52] étaient recouverts d'albâtre blanc incisé et peint pour représenter les portes de la façade du palais royal, en harmonie avec le passage oriental[16]. Considérées comme symboliquement fonctionnelles, ces portes permettaient au roi de quitter le tombeau dans n'importe quelle direction[53]. Les murs semblent contenir des blocs réutilisés d'une des constructions de Khéops, peut-être son complexe pyramidal de Gizeh, car une scène antérieure représentant le roi (identifié par son nom d'Horus, Medjedu) pêchant au harpon a été découverte sous celles sculptées pour Ounas[54].
Le plafond de la chambre funéraire était peint en bleu avec des étoiles dorées pour évoquer le ciel nocturne[46]. Le plafond de l'antichambre et du couloir était peint de la même manière. Alors que les étoiles de l'antichambre et de la chambre funéraire pointaient vers le nord, les étoiles du couloir pointaient vers le zénith[16]. Les murs restants de la chambre funéraire, de l'antichambre et de certaines parties du couloir étaient inscrits d'une série de textes écrits verticalement, ciselés en bas-relief et peints en bleu[16],[46].
Textes des pyramides
[modifier | modifier le code]Les inscriptions, connues sous le nom de Textes des pyramides, constituaient l'innovation majeure de la pyramide d'Ounas, sur les parois souterraines de laquelle elles furent gravées pour la première fois[55]. Les Textes des pyramides représentent le plus ancien corpus important d'écrits religieux connu de l'Égypte antique[56]. Au total, 283 formules magiques, sur au moins 1 000 connues et un nombre indéterminé d'inconnues[57], figurent dans la pyramide d'Ounas[46],[58]. Ces formules magiques constituent le plus petit corpus de Textes des pyramides connu de l'Ancien Empire, mais aussi le mieux conservé[59]. Bien qu'elles soient apparues pour la première fois dans la pyramide d'Ounas, nombre de ces textes sont nettement plus anciens[56]. Ces textes ont ensuite été retrouvés dans les pyramides des rois et reines des VIe à VIIIe dynasties[60], jusqu'à la fin de l'Ancien Empire. À l'exception d'une seule formule, des copies des textes d'Ounas sont apparues dans tout le Moyen Empire et plus tard, y compris une réplique presque complète des textes dans le tombeau de Senousertânkh à Licht[59].
Tombeaux situés sous ou à proximité de la chaussée
[modifier | modifier le code]Les tombes situées sur le tracé de la chaussée furent recouvertes, préservant leurs décorations mais pas leur contenu, ce qui indique qu'elles avaient été pillées avant ou pendant la construction de la chaussée[28]. Deux grands tombeaux royaux, datant de la IIe dynastie, figurent parmi ceux qui se trouvent sous la chaussée[61]. Le tombeau de l'ouest renferme des sceaux portant les noms d'Hotepsekhemouy et de Nebrê, tandis que celui de l'est contient de nombreux sceaux inscrits du nom de Nynetjer, indiquant une probable appartenance à ce roi[61]. Les superstructures des tombeaux furent démolies, permettant ainsi la construction du temple funéraire et de l'extrémité supérieure de la chaussée par-dessus[42].
Un ensemble de tombes a été découvert au nord de la chaussée[62]. La tombe d'Akhethetep, un prêtre d'Horus, a été remise au jour par une équipe dirigée par Christiane Ziegler en 1991[63]. Les autres mastabas appartiennent aux vizirs Ihy, Akhethétep Hemi, Iynéféret, Niânkhba et Mehou[64]. On suppose que les tombeaux appartiennent aux vizirs d'Ounas, à l'exception de celui de Mehou, probable gendre d'Ounas[65]. Un autre tombeau, celui d'Ounasânkh, fils d'Ounas, sépare ceux d'Ihy et d'Iynéféret[66].
Ahmed Moussa a découvert les tombeaux rupestres de Néfer et Kahay – chanteurs de cour sous le règne de Menkaouhor[67] – au sud de la chaussée d'Ounas. Ces tombeaux contenaient neuf sépultures, ainsi qu'une momie extrêmement bien conservée, trouvée dans un cercueil au fond d'un puits sous le mur est de la chapelle[68]. En 1964, Mounir Basta, inspecteur en chef de Saqqarah, découvrit un autre tombeau rupestre juste au sud de la chaussée, fouillé ultérieurement par Ahmed Moussa. Les tombeaux appartenaient à deux fonctionnaires du palais — des manucures[69] — – ayant vécu sous les règnes de Niouserrê Ini et Menkaouhor, nommés Khnoumhotep et Niânkhkhnoum. Une chapelle funéraire richement décorée fut découverte l'année suivante. Cette chapelle était située à l'intérieur d'un unique mastaba en pierre, relié aux tombeaux par une cour ouverte dépourvue de décoration[68].
Ounas abandonna la pratique de la construction de pyramides pour ses épouses[70] ; Khenout et Nebet furent inhumées dans un mastaba double au nord-est de la pyramide principale[71]. Chaque reine disposait de chambres séparées et d'une entrée individuelle, bien que la disposition des tombeaux soit identique. Khenout possédait la moitié ouest et Nebet la moitié est. Leurs chambres étaient richement décorées[72]. La chapelle du mastaba de Nebet comporte quatre niches. L'une d'elles porte un cartouche au nom d'Ounas, indiquant qu'elle abritait peut-être une statue du roi, tandis que les autres contenaient des statues de la reine[73].
Histoire du complexe
[modifier | modifier le code]Des éléments suggèrent que le culte funéraire d'Ounas a perduré durant la Première Période intermédiaire et jusqu'au Moyen Empire[74], ce qui indique qu'Ounas a conservé un prestige durable après sa mort[75]. Deux preuves indépendantes corroborent l'existence de ce culte au Moyen Empire : 1) une stèle datant de la XIIe dynastie portant le nom d'Ounasemsaf et 2) une statue d'un dignitaire memphite, Sermaât, datant de la XIIe ou XIIIe dynastie, avec une inscription mentionnant le nom d'Ounas[76]. L'égyptologue Jaromír Málek soutient que ces preuves ne suggèrent qu'une renaissance théorique du culte, due au fait que le temple de la vallée constituait une voie d'accès pratique à la nécropole de Saqqarah, mais non sa persistance depuis l'Ancien Empire[77]. Malgré le regain d'intérêt pour les souverains de l'Ancien Empire à cette époque, leurs complexes funéraires, dont celui d'Ounas, furent partiellement réutilisés pour la construction des complexes pyramidaux d'Amenemhat Ier et de Sésostris Ier à Licht[78]. Un bloc utilisé dans le complexe d'Amenemhat Ier a été formellement identifié comme provenant du complexe d'Ounas, probablement prélevé sur la chaussée, grâce à des inscriptions mentionnant son nom[79]. L'origine de plusieurs autres blocs est également attribuée, par hypothèse, au complexe d'Ounas[80].
Le plateau de Saqqarah connut une nouvelle ère de construction de tombes au Nouvel Empire. Du règne de Thoutmôsis III, sous la XVIIIe dynastie, et peut-être jusqu'à la XXe dynastie, Saqqarah servit de site pour les sépultures de particuliers[81]. Les plus fortes concentrations de tombes de cette période se trouvent dans une vaste zone au sud de la chaussée d'Ounas[82]. Cette zone connut une importante activité à l'époque de Toutânkhamon[83]. La pyramide d'Ounas fit l'objet de travaux de restauration au Nouvel Empire. Sous la XIXe dynastie[28], Khâemouaset, grand prêtre de Ptah à Memphis et fils de Ramsès II, fit graver une inscription sur un bloc du côté sud de la pyramide pour commémorer ces travaux[46],[16].
Des monuments de la Basse Époque, communément appelés « tombes perses », que l'on pense dater du règne d'Ahmôsis II, furent découverts près de la chaussée. Parmi eux figurent les tombeaux de Tjannehébou, surintendant de la Marine royale ; de Psammétique, médecin en chef ; et de Péteniese, surintendant des documents confidentiels. L'égyptologue John Ray explique que le site fut choisi en raison de sa facilité d'accès depuis Memphis et la vallée du Nil[84]. Des traces de sépultures phéniciennes et araméennes ont été signalées dans la zone située directement au sud de la chaussée d'Ounas[85].
Galerie
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- Chambre funéraire de la pyramide d'Ounas.
- Vestiges du temple de la vallée du complexe funéraire d'Ounas.
- Les colonnes monolithique de granit du temple de la vallée.
- Partie restaurée de la chaussée d'Ounas.
- Chaussée montante reliant les temples d'Ounas.
- Fosses à barques d'Ounas.
- Relief de la chaussée d'Ounas.
- Relief de la chaussée d'Ounas.
- Relief de la chaussée figurant les grandes barges de transport.
- Relief de la chaussée d'Ounas représentant l'escorte des grandes barges de transport.
- Relief bucolique de la chaussée d'Ounas.
- Arrivée de la chaussée devant le temple et la pyramide d'Ounas.
- Vestiges du temple funéraire d'Ounas et de ses environs.
- Montant en granit de la porte axiale du temple funéraire avec la titulature d'Ounas.
- Montant en granit d'une porte du temple funéraire d'Ounas.
- Face sud de la pyramide d'Ounas ayant conservé une partie de son revêtement.
- Face ouest de la pyramide d'Ounas avec une partie de son revêtement.
- Face nord de la pyramide d'Ounas avec l'accès aux appartements funéraires.
- Coin sud-ouest de la pyramide.
- Deux colonnes palmiformes exposées au musée du Louvre - La deuxième provient du temple funéraire d'Ounas.
- Détail du chapiteau palmiforme de la colonne exposée aujourd'hui au musée du Louvre.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Cette édition regroupe en fait en un seul volume le travail qu'il avait publié dans une série d'articles entre 1882 et 1893 dans plusieurs numéros du Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes. Ceux de la pyramide d'Ounas ont été publiés dans les numéros 3 et 4 en 1882 et 1883.
- ↑ La famine et les crises économiques sont une caractéristique marquante de la Première Période Intermédiaire égyptienne. Une série de crues insuffisantes du Nil, dues aux changements climatiques, est souvent tenue pour responsable de l'effondrement de l'Ancien Empire. Les témoignages biographiques, tels que les inscriptions d'Ânkhtyfy dans son tombeau d'El Mo'alla, attestant des famines, sont nombreux mais sujets à caution. Le changement climatique, avec ses saisons plus sèches, semble avoir débuté durant l'Ancien Empire, et les observations archéologiques d'Éléphantine suggèrent que les crues étaient plus favorables, et non plus défavorables, durant la Première Période intermédiaire. Les crises revêtaient une importance sociale considérable et contribuaient à légitimer le pouvoir des souverains. Ces derniers se présentaient comme les protecteurs de l'ensemble de la société, y compris des plus faibles et des plus démunis, garantissant ainsi leur droit à l'autorité et au respect[29].
- ↑ Sous la Ve dynastie, l'institution religieuse s'était imposée comme la force dominante de la société. Une tendance à la croissance de la bureaucratie et du clergé, ainsi qu'à un déclin du pouvoir du pharaon, s'était amorcée sous le règne de Néferirkarê Kakaï et s'était accentuée sous celui d'Ounas. La priorité accordée aux activités cultuelles se traduisit par les vastes complexes de réserves qui devinrent une caractéristique des temples pyramidaux à partir du règne de Sahourê, et dont l'espace augmenta de façon linéaire depuis le règne de Néferirkarê Kakaï.
Références
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