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Sarafand al-Ammar

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Sarafand al-Ammar
Photographie de la prise du village (on voit un second photographe qui s’éloigne), datée du 20 mai 1948.
Géographie
Pays
Sous-district
Altitude
50 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Carte topographique de Sarafand al-Amar au 1:20 000 (1929).
Démographie
Population
1 950 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Fonctionnement
Statut
Histoire
Événements clés
Carte

Sarafand al-Ammar (صرفند العمار) est un village palestinien qui était situé dans la plaine côtière palestinienne, à environ cinq kilomètres au nord-ouest de Ramla. Sa population était de 1 950 habitants en 1945, Arabes principalement musulmans mais aussi chrétiens[1].

En décembre 1918, la population masculine adulte du village a été massacrée par les troupes néozélandaises après la fin de la campagne du Sinaï et de la Palestine, dans des représailles non-autorisées pour le meurtre d’un soldat néo-zélandais. Le village a été entièrement dépeuplé durant la guerre de Palestine de 1948[2].

Le territoire de Sarafand fait aujourd’hui partie de Tzrifin.

Sarafand ou Sarafend (Ṣarafand / صرفند) est l‘interprétation arabe du toponyme phénicien *Ṣrpt. Al-Ammar, signifiant « la construite, le [lieu] habité »[3]. En 1881, Palmer estimait que le nom du village venait d’un nom de personne[4].

Le village est aussi appelé Sarafand al-Kubra (Sarafand-le-Grand) pour le différencier du village voisin Sarafand al-Kharab, surnommé Sarafand al-Sughra (Sarafand-le-Petit)[5].

Géographie

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Le village de Sarafand al-Amar était construit dans la plaine côtière palestinienne, à l’ouest de la grande route reliant Jérusalem et Jaffa par Ramla[5]

Les villages voisins de Sarafand al-Amar étaient As-Safiriyya (en) au nord, la ville de Lydda à l’est, Abu al-Fadl (en) au sud et la ville sioniste de Rishon LeZion à l‘ouest, fondée comme village agricole en 1882[5]

En 1945, la superficie totale des terres du village était de 13 267 dounams (13,3 km2), dont la propriété se répartissait entre 761 dounams (76 hectares) de terres appartenant à des Juifs, 3283 dounams (328 hectares) de terres publiques et le reste, 9223 dounams (922 hectares) appartenant à des Arabes[5]. Sur ce total, les terres incultes représentaient 602 dounams (60 hectares)[5] ; les terres arables étaient utilisées pour 3059 dounams (306 hectares) aux plantations d‘agrumes et de bananes, pour 4012 dounams aux céréales ; 1655 dounams étaient classés comme terres irrigables ou vergers[6].

Des trouvailles archéologiques suggèrent que le site était habité sous les Empires romain et byzantin[5].

Empire ottoman

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La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

Selon le defter (registre fiscal) de 1596, Sarafand al-Kubra relevait de la nahié (sous-district) de Ramla et de la liwa de Gaza. Ce document recensait 48 foyers et 17 célibataires, soit environ 360 habitants, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 25 % sur leurs productions agricoles, blé, orge, sésame, fruits, vergers, ruches et chèvres, pour un total de 14 000 akçe. Tous les impôts payés par le village allaient à un waqf (fondation pieuse)[7].

Le soufi et voyageur égyptien Moustafa al-Dumyuti al-Luqaymi (mort en 1764) signale avoir visité le tombeau de Luqman le fabuliste à Sarafand[2]. Le village apparaît sans être nommé sur la carte réalisé par Pierre Jacotin à partir de notes relevées lors de la campagne d'Égypte et de Palestine du général Napoléon Bonaparte[8].

En 1838, Edward Robinson signale les deux villages appelés Sarafand, l‘un habité par des musulmans et l’autre en ruines. Cela peut expliquer que Sarafand al-Kubra (le Grand) soit devenu "Sarafand al-Amar", de l‘arabe 'amara signifiant « construit, habité »[9]. Les deux Sarafand relevaient du district d’Ibn Humar[10].

En 1863, Victor Guérin visite Sarfend, qui compte alors une trentaine de maisons. Il y trouve des pierres taillées appartenant à d‘anciens bâtiments, deux citernes apparemment antiques. Il pense que le site est probablement la cité antique de Sariphaia, mentionnée comme siège d‘un évêché, dont l’un des évêques, Stéphanos, a participé au concile de Jérusalem de 536[11].

Une liste de villages ottomanes de 1870 indique 60 maisons et une population masculine de 205 à Sarfend el Ammar, les femmes n’étant pas recensées dans ce document[12],[13].

En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit Sarafand al-Ajar comme un village construit en adobe et sur un terrain en pente, avec quelques oliviers dispersés autour du villae[14].

Mandat britannique

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Awni Abd al-Hadi (à gauche), cheikh Sabri Abdine (au centre) et Izzat Darwaza (à droite) pendant leur emprisonnement à Sarafand par les Britanniques (1936).
Camp de l‘armée britannique à Sarafand (1947).
Maisons abandonnées du camp britannique en 2026.
Carte de la région de Sarafand al-Amar au 1:250 000 (1945).

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Sarafand est conquise fin 1917, lors de l’offensive qui mène à la conquête de Jérusalem. La région est ensuite administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

En décembre 1918, après la fin de la Première Guerre mondiale mais avant l’établissement du Mandat pour la Palestine, un camp de l’armée de l‘Empire britannique est installée à Sarafand. La division montée de l'ANZAC, composée de la brigade néo-zélandaise de fusiliers montés et des 1re (en) et 2re brigades de cavalerie légère (en) australiennes. À cause du meurtre d’un soldat néo-zélandais non-élucidé, les soldats décident d’investir le village et en massacrent les habitants à l’arme blanche, faisant entre 40 et 137 morts[15]. De nombreuses maisons sont complètement incendiées[16]. Aucun soldat ne fut poursuivi pour ce massacre, mais une indemnité de 2060.11.3d livres (soit environ 80 000 £ en 2025) est versée par les autorités de Palestine pour la reconstruction du village, dont un tiers par par le gouvernement britannique, à cause de la participation de soldats écossais. Le gouvernement britannique demanda ensuite à ses dominions australien et néo-zélandais de verser les deux tiers restants. L‘Australie versa rapidement 515.2.9d £ au Royaume-Uni. La Nouvelle-Zélande protesta avant de verser £858.11.5d en mai 1921[17],[16].

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Sarafand al-Amar a une population de 862 habitants, tous musulmans sauf un juif[18], qui augmente au increasing in the recensement de 1931 à 1183 habitants, 1164 musulmans et 19 chrétiens, dans 265 maisons[19]. À cette période, le village prend la forme d‘un rectangle et ses maisons sont toujours construites d’adobe[2]. L‘école primaire disposait de 14 dounams (1,4 hectare) pour les cours d’agriculture[5].

Durant leur colonisation de la Palestine, les Britanniques installèrent une base de l’armée britannique à Sarafand al-Amar, la plus importante du Moyen-Orient (couvrant 200 hectares[5]). Le village s’agrandit considérablement. L’armée électrifia le camp auprès de la Palestine Electric Corporation. Le camp est alimenté par une ligne à haute-tension à partir de 1925, mais le village n‘est pas raccordé au réseau[20]. Une prison est aussi construite à Sarafand pour l‘internement des militants nationalistes palestiniens[2]. Un embranchement ferroviaire reliait la base à la ligne Jaffa–Jérusalem (en) des chemins de fer de Palestine.

Sarafand al-Amar abritait un tombeau populaire, celui de Luqman al-Hakim, parfois assimilé à saint Luc, l'évangéliste. Le village avait deux écoles primairs, une pour les filles et l‘autre pour les garçons. L’école de garçons est fondée en 1921 et obtient des niveaux d’enseignement suivant le primaire en 1946–47, avec 292 élèves inscrits. L‘école de filles est créée en 1947, avec 50 élèves inscrites. À proximité du village se trouvait l’orphelinat al-Raja (« l'Espoir »), destiné aux enfants dont les parents avaient été tués lors de la grande révolte arabe (1936-1939). Sarafand avait aussi un hôpital public et une station agricole[2].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population est estimée à 1910 musulmans et 40 chrétiens[2],[21],[1]. L’agriculture était la principale activité économique, les agrumes étant la principale culture. Les vergers étaient irrigués à partir de puits artésiens, qui fournissaient aussi l‘eau potable[2].

Guerre de 1948

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Camp de détention israélien pour civils, novembre 1948.

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Sarafand al-Amar est attribué à l’État arabe, mais une partie de ses terres, à l’ouest, sont attribuées à l’État juif[22].

Le matin du 2 janvier 1948, des travailleurs arabes au camp britannique de Sarafand al-Amar découvrent 12 charges explosives avec minuteurs réglées pour exploser à midi, au moment où il est prévu qu‘ils fassent la queue pour recevoir leurs salaires. Le journal palestinien Filastin note qu’aucun des travailleurs juifs du camp n’était présent ce jour-là, ce qui implique que les groupes sionistes les avaient prévenu de l‘attentat[23].

Le 15 avril 1948, une unité de sapeurs de la Haganah mène un raid contre village. Selon le New York Times, les attaquants sont « entrés profondément en territoire ennemi » et ont démoli un immeuble de trois étages. Seize personnes sont tuées et 12 blessées selon les Britanniques. La Haganah affirme que le bâtiment était utilisé par le Jaych al-Jihad al-Mouqaddas (« l‘armée de la guerre sainte ») d’Hassan Salameh, commandant palestinien du secteur de Jaffa. Elle revendique 39 tués[2].

L‘armée britannique évacuant la Palestine le 15 mai, elle autorise les Arabes à prendre le contrôle de la base à partir du 14[24], bien que Moshe Sharett ait affirmé que les autorités juives avaient acheté la base[5]. Selon la Haganah, une petite unité semi-régulière d‘Arabes était en position. Le 19 mai, elle mène deux attaques du nord et du sud-est pour les en chasser. L‘unité ne s’était préparée qu’à une attaque venant de Rishon LeZion, à l’ouest. Le combat n’occasionne pas de pertes dans les rangs de la Haganah. Le deuxième bataillon de la brigade Guivati s‘empare de Sarafand al-Amar les 19–20 mai pendant l’opération Barak. Les habitants ont probablement fui ou ont été expulsés à ce moment-là[24],[5]. Après la prise de la base, les autorités israéliennes se félicitent unanimement de ce succès qui leur économise 2,5 millions de dollars, le prix qu‘ils avaient offert mais pas payé pour acheter la base, qui peut leur permettre de loger 20 000 immigrants juifs[5] Selon Benny Morris, la date d‘abandon du village par ses habitants est inconnue[25].

Après la guerre, le village est annexé par Israël.

Période israélienne

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Lors de la guerre de 1948, Israël installe le camp no 793 à Sarafand. Il est destiné à emprisonner les prisonniers palestiniens, combattants et non-combattants (il n‘ont pas le statut de prisonniers de guerre). Ils sont soumis au travail forcé. Son directeur l‘appelle un « enclos à bétail »[26]. Ces prisonniers, au nombre de 744, font une grève de la faim contre la décision d’Israël de les expulser vers la Jordanie (qui refuse de les accueillir)[27].

L’armée israélienne installe la base de Tzrifin sur les ruines de Sarafand al-Amar et de la base britannique en 1949. C’est la plus vaste base de l’armée israélienne à ce moment ; la Prison Quatre (en), la plus grande prison israélienne, fait partie du complexe. La ville de Nir Tzvi est construite sur les terres du village en 1954. En 1992, Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste du village : « le site, qui héberge ce qui doit être la plus grande base militaire israélienne ainsi qu‘une base aérienne. Il ne reste pas plus de six maisons ; la plupart sont abandonnées, mais une ou deux sont habitées par des Israéliens. L’école est aussi abandonnée »[24].

Bibliographie complémentaire

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Articles connexes

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Liens externes

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  1. 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 68.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Khalidi, 1992, p. 411.
  3. (en) Roy Marom et Ran Zadok, « Early-Ottoman Palestinian Toponymy: A Linguistic Analysis of the (Micro-)Toponyms in Haseki Sultan’s Endowment Deed (1552) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 139, no 2, (lire en ligne)
  4. Palmer, 1881, p. 219.
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Sarafand al-'Amar — صَرَفَنْد العَمار », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 22 mai 2026.
  6. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 117.
  7. Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 152, cité par Khalidi, 1992, p. 411.
  8. Karmon, 1960, p. 171 « https://web.archive.org/web/20171201182028/http://jchp.ucla.edu/Bibliography/Karmon,_Y_1960_Jacotin_Map_(IEJ_10).pdf »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?),
  9. Robinson, Smith, 1841, vol. 3. p. 45, cité par Khalidi, 1992, p. 411.
  10. Robinson, Smith, 1841, vol. 3. Second appendix, p. 121.
  11. Guérin, 1868, p. 33-34.
  12. Socin, 1879, p. 160.
  13. Hartmann, 1883, p. 138.
  14. Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 254.
  15. Paul Daley, Beersheba: travels through a forgotten Australian victory
  16. 1 2 Elliott, Tim: Massacre that stained the Light Horse, The Age, 24 July 2009.
  17. Paul Daley, Beersheba, Carlton, Victoria, Australia, Melbourne University Press, , 252–272, 273–276, 295–297, 300–304 (ISBN 9780522855999)
  18. Barron, 1923, Table VII, Sub-district of Ramleh, p. 21.
  19. Mills, 1932, p. 23.
  20. Shamir, 2013, p. 116-118.
  21. Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 30
  22. Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  23. Filastin, 3 janvier 1948, cité par Khalidi, 1992, p. 411.
  24. 1 2 3 Khalidi, 1992, p. 412.
  25. Morris, 2004, p. xix, village #225. Morris gives both cause and date of depopulation as "not known".
  26. (en) Shai Gortler, Umar al-Ghubari, Remembering the Prisoners of War Camps, Zochrot, 2024, [https://www.jewishvoiceforlabour.org.uk/app/uploads/2024/04/Remembering-the-Prisoners-of-War-Camps-eng.pdf p. 56. La pagination est en ordre inverse, probablement car l'article est extrait d'une publication en hébreu/arabe.
  27. Gortler, al-Ghubari, p. 45.

Bibliographie

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